Demain, Alexander De Croo (Open Vld), Premier ministre belge, entamera une visite diplomatique express de deux jours en Israël et dans les territoires palestiniens. Le timing choisi par le Premier ministre est, comme à son habitude, impeccable : les parties en conflit sont proches d’un accord d’échange de prisonniers et d’un cessez-le-feu. De Croo souhaite donc renforcer son message de « cessation de la violence » et « d’encouragement au dialogue ». Cette démarche s’inscrit dans une anticipation de la présidence de l’UE, que la Belgique assumera pendant six mois après janvier. Pour ce voyage, il est accompagné par le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, actuellement président de l’UE. Sanchez, un socialiste connu pour ses positions fermes envers Israël, envoie ainsi avec De Croo un message fort de la part de l’UE au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, axé sur « la paix » et « le dialogue ». Il est aussi à noter que le duo se rendra auprès des dirigeants palestiniens en Cisjordanie, ce qui confère à cette visite une double importance symbolique. L’entourage de De Croo qualifie cette visite de « voyage crucial du moment ».
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Détails : Le Premier ministre sait choisir son moment : il se positionne pour être photographié parmi ceux qui ont plaidé pour le « dialogue » sur place, dans l’éventualité d’une pause ou d’un cessez-le-feu temporaire.
- « L’objectif principal est, et cela doit se faire le plus vite possible, peut-être dès demain, de mettre fin à la violence », a déclaré aujourd’hui le Premier ministre De Croo à la radio VRT, en parlant de son voyage imminent.
- Il a expliqué pourquoi il part avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez : « Nous y allons en tant que deux Premiers ministres, actuel et futur présidents de l’Union européenne, avec ce message de ‘stopper la violence, libérer les otages, et surtout, engager le dialogue’. »
- La visite des deux Premiers ministres est décrite comme une « formule inédite » par le Seize. L’un est libéral et l’autre socialiste, mais ils s’entendent bien. L’Espagne assume actuellement la présidence tournante de l’UE, mais dans six semaines, ce sera au tour de la Belgique de prendre les rênes pour six mois. D’où ce duo, selon les explications données.
- Il est à noter que Sanchez et son gouvernement ont par le passé été plus critiques envers le gouvernement israélien, tandis que De Croo s’est surtout efforcé de maintenir l’unité de sa coalition en Belgique, face aux tensions internes liées au conflit. Des ministres tels que Petra De Sutter (Groen) et Caroline Gennez (Vooruit) ont plusieurs fois appelé à un cessez-le-feu complet, alors que De Croo s’est toujours limité à un « cessez-le-feu humanitaire », une nuance subtile, mais significative. Par ailleurs, l’aile gauche envisage des sanctions, tandis que les libéraux restent prudents.
- Les ambitions déjà exprimées pour l’agenda révèlent quelques points clés :
- « Les discussions sur place se concentreront sur la désescalade de la violence », rien d’étonnant.
- « L’accès à l’aide humanitaire, le respect du droit humanitaire international et la quête d’une solution politique durable » constituent néanmoins un message clair adressé au gouvernement israélien.
- Par ailleurs, les deux Premiers ministres « exprimeront leur sympathie aux victimes du terrorisme du Hamas, aux otages et à leurs familles », et également « à la population palestinienne gravement affectée par les opérations militaires à Gaza, ainsi que par l’augmentation de la violence en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ».
- Enfin, il est important de noter que la visite ne se limite pas à Jérusalem, siège politique du gouvernement israélien, mais inclut également Ramallah en Cisjordanie, siège des autorités palestiniennes, ainsi qu’une étape au Caire pour rencontrer le président égyptien Abdel Al Sissi.
- Ainsi, De Croo et Sanchez adoptent une approche différente de celle de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui, depuis le début du conflit, a privilégié un soutien verbal important à Israël.
- La Commission a été critiquée par plusieurs États membres, dont l’Espagne, pour cette position. Ce voyage semble aussi renforcer le message politique interne selon lequel la politique étrangère de l’UE peut et doit être élaborée par les chefs de gouvernement des États membres.
Le tableau d’ensemble : De Croo entame sa campagne électorale en tant que « meneur », une figure de poids sur la scène internationale. La présidence belge de l’UE offre des opportunités à cet égard.
- Il est clair que le Premier ministre souhaite mener sa campagne en continuant à « travailler », une stratégie évidente compte tenu de son poste. Ainsi, De Croo se montre « en action », s’affirmant comme un acteur actif sur la scène mondiale. La présidence de l’UE représente une occasion idéale pour cela, une réalité bien connue au Seize.
- Cependant, un petit dilemme s’est posé par le passé : il se dit depuis longtemps que De Croo aspire à un poste international de haut niveau après son mandat de Premier ministre. D’où l’hésitation du Seize sur la pertinence de mettre en avant son rôle dans la politique européenne ou internationale, car cela pourrait le rendre vulnérable aux critiques.
- Mais cette question semble résolue depuis un moment : l’homme originaire de Flandre orientale est déterminé à pleinement embrasser cette présidence de l’UE et à la valoriser dans une perspective « belge ». Agir autrement serait contraire à sa nature politique. Ce voyage est donc également le lancement officieux de cette présidence de l’UE, la première sortie de De Croo dans ce rôle.
- Et il est frappant de constater le sens aigu du timing politique de De Croo. « Il entreprend ce voyage uniquement parce qu’il perçoit une opportunité, un mouvement, et donc quelque chose à gagner », commente sèchement une source gouvernementale à propos de ce déplacement diplomatique.
- Plus tard ce mois-ci, un livre du Premier ministre sera publié : « Pourquoi le meilleur reste à venir ». Le titre laisse présager une vision positive de l’avenir de la Belgique, pleine d’« opportunités ». Tout cela s’inscrit dans la campagne électorale visant à présenter le Premier ministre comme un « meneur » apporteur d’« espoir » et d’« optimisme ». Ou encore, comme un artisan de « la paix » au Moyen-Orient.
En coulisses (1) : La Vivaldi se prépare à une importante série de nominations d’ambassadeurs, avec Peter Moors, chef de cabinet de De Croo, en première ligne.
- C’est la dernière grande occasion pour l’équipe fédérale de De Croo de procéder à des nominations politiques avant les élections, qui annoncent une longue période de gestion des affaires courantes. Il est donc logique de rapidement combler certains postes vacants. Une importante série de nominations pour les postes d’ambassadeurs les plus prestigieux est imminente, selon Politico.
- Le nom le plus notable dans cette série est celui de Peter Moors, l’actuel chef de cabinet pour la politique étrangère du Premier ministre. Après la présidence de l’UE au printemps 2024, il devrait prendre le poste d’ambassadeur de Belgique auprès de l’UE, un rôle clé dans le jeu diplomatique et politique européen.
- Moors a une longue expérience chez les libéraux : il a été conseiller de Guy Verhofstadt, chef de cabinet de De Croo pour la Coopération au développement dans le gouvernement suédois, et directeur de la Direction générale des Affaires étrangères jusqu’à ce que De Croo devienne Premier ministre.
- Dans l’affaire des visas accordés à des agents iraniens, où la ministre des Affaires étrangères Hadja Lahbib (MR) a rencontré de sérieuses difficultés, Moors semble avoir également donné son « feu vert » à ces visas, contribuant ainsi à sauver Lahbib.
- Cette série de nominations devrait aussi offrir à Christophe de Nijs, actuellement haut conseiller chez Lahbib, un poste au sein de l’UE : ambassadeur auprès du comité PSC, qui gère les questions de politique étrangère et de sécurité de l’UE. Annelies Verstichel, diplomate actuellement conseillère au cabinet de la vice-première ministre écologiste De Sutter, est également envisagée pour ce poste.
- Les nominations libérales sont bien présentes : Frédéric Bernard, l’actuel chef de cabinet de Charles Michel (MR), président du Conseil européen, devrait aussi entrer en lice. Il est pressenti comme le futur ambassadeur de l’UE au Canada, quittant ainsi Michel.
- Enfin, un retour notable chez les libéraux : Tom Meulenbergs, ex-directeur de la communication du Premier ministre De Croo, avait quitté le Seize il y a quelques mois pour BNP Paribas. Il est déjà de retour dans la rue de la Loi, rejoignant le cabinet de Lahbib aux Affaires étrangères en tant que directeur de la communication.
En coulisses (2) : Charles Michel (MR) et Didier Reynders (MR) se présenteront-ils aux prochaines élections ?
- Des spéculations circulent encore aujourd’hui sur l’avenir de Charles Michel, cette fois relayées par Le Soir : envisage-t-il de conduire la liste européenne ou de revenir dans le Brabant wallon ? Il est certain que Michel sera bientôt sans poste, son second mandat de président du Conseil européen se terminant le 30 novembre 2024.
- Au sein du MR, l’idée est que l’ancien Premier ministre pourrait faire son retour se renforce. « La liste européenne est la seule qu’il serait logique pour lui de diriger. Tout autre scénario paraît peu plausible », selon un initié.
- Reste à savoir quel poste il pourrait viser par la suite. La direction de l’OTAN semble hors de portée, y compris pour De Croo, Mark Rutte étant le favori pour cette position. Cependant, il fait face à une sérieuse concurrente en la personne de Kaja Kallas, la dynamique Première ministre estonienne.
- Au sein de la Commission, un seul poste semble envisageable pour Michel après sa présidence : celui de chef de la politique étrangère, actuellement occupé par l’Espagnol Josep Borrell. Mais cela dépendra des décisions politiques prises après les élections européennes de juin 2024.
- De Croo lui-même ne devrait pas être écarté pour ce futur poste. Tout dépendra de la décision d’Ursula von der Leyen de briguer ou non un second mandat à la tête de la Commission. Si elle est réélue, il semble peu probable qu’elle intègre Michel, avec qui elle entretient des relations tendues, dans sa Commission.
- Par ailleurs, Didier Reynders (MR) est également en lice. Actuellement en charge d’un portefeuille attractif de la Justice au sein de la Commission européenne, il souhaite vivement poursuivre son travail. Il entretient de bonnes relations avec von der Leyen. Cependant, un seul poste est disponible. Si Michel renonce à diriger la liste européenne du MR, Reynders pourrait la prendre. Il ne se voit pas non plus revenir à la politique nationale, et encore moins bruxelloise.
- Il ne faut toutefois pas écarter Michel définitivement : il a été rapporté qu’il envisage en silence un retour au niveau belge, mais uniquement pour intervenir en « sauveur » dans la formation du gouvernement belge après des mois d’impasse, avec la perspective de redevenir Premier ministre. La question est de savoir si les autres partis, notamment le PS ou la N-VA, accueilleraient favorablement une telle démarche.
- Le MR est traditionnellement tardif dans la formation de ses listes, attendues pour janvier. Cela crée une situation délicate pour Alexia Bertrand (Open Vld), qui souhaite des garanties rapides sur sa position exacte sur une liste libérale commune MR-Open Vld à Bruxelles pour la Chambre. La famille libérale doit résoudre cette question avant le Nouvel An, faute de quoi deux listes distinctes pourraient voir le jour, entraînant probablement la perte d’un siège.