Pour mener à bien la transition automobile du fossile à l’électrique, il nous faut proposer des modèles de voitures « propres » bon marché, plutôt que des véhicules de luxe. Le problème, c’est que les coûts de la matière première essentielle, le lithium, ne sont pas prêts de baisser. La faute à une demande qui grimpe, mais aussi à des coûts d’exploitation qui suivent la même courbe.
Les pays assis sur une montagne de lithium se frottent les mains : le nouvel or blanc ne peut que leur attirer des dividendes, alors que la demande mondiale explose. Sauf que ce minerai, il faut l’extraire. Et les coûts de l’exploitation ont énormément augmenté en un temps record, parfois du simple au double.
- Il y a deux ans, Liontown Resources LTR a exposé son plan pour une nouvelle mine en Australie, pour un budget de 300 millions de dollars, prend pour exemple le Wall Street Journal. Aujourd’hui, le coût du même projet est estimé à plus de 600 millions de dollars.
- Même son de cloche en Argentine, où la société Rio Tinto a annoncé en juillet dernier qu’elle aurait besoin de 335 millions de dollars pour une usine destinée à sa filière lithium. Mais le grand groupe prospecteur canadien estimait à l’origine ce budget à seulement 140 millions. Encore une fois, plus du double en quelques années.
L’inflation, avec un temps de retard
Qu’est-ce qui fait monter les prix ? Parfois, c’est l’ambition des sociétés, qui revoient à la hausse leurs projets pour profiter pleinement de la ruée vers l’or blanc, concède le quotidien américain. Mais c’est d’abord parce que le secteur minier est confronté aux mêmes pressions que les autres. Tout augmente.
- Une pénurie de main-d’œuvre sévit en Australie dans le secteur minier, et ce depuis la pandémie. Conséquence logique : les salaires augmentent, ce qui se répercute sur le budget.
- Mais c’est surtout l’inflation qui frappe, avec un temps de retard, les grandes entreprises minières. Et chaque augmentation des prix d’une matière première se répercute sur les autres.
- Depuis le début de juin, les prix du charbon utilisé dans la sidérurgie ont augmenté de 45%. Et les tarifs du minerai de fer, de plus de 10%. Le pétrole est aussi en hausse, sans parler des prix de l’énergie. Toutes ces augmentations se répercutent sur les secteurs qui ont besoin de tout ça, comme les autres mines. Or, il va nous falloir de grandes quantités de lithium, mais aussi de cuivre, pour assurer notre transition du plein d’essence vers la batterie.
« Le coût de l’exploitation minière n’est qu’une petite partie du coût global des prix des matières premières, mais tout s’additionne. Surtout lorsque les dépenses militaires accrues et la décarbonisation augmentent la demande de métaux à un moment où l’offre est contrainte par des années de faible investissement dans de nouvelles mines. »
Shane Oliver, économiste en chef chez AMP Capital
Un or blanc qu’il faut bien extraire
Or, ce sont justement sur de nouveaux investissements, tant miniers que pour le raffinage de minerais, que comptent les pays occidentaux pour ne pas se retrouver dépendants de la Chine. Pékin traite en effet une très grande partie de la production mondiale. Les projets de prospection se multiplient, y compris en Europe. Le Portugal et l’Espagne qui se frottent les mains en passant à leurs gisements. Mais ce lithium, il faut l’extraire du sol.
En attendant, ces coûts plus élevés risquent bien de se répercuter en fin de course, sur les prix des batteries et des voitures électriques. Ce qui va encore nourrir l’inflation que les banques centrales tentent d’apaiser. Tout en risquant de retarder une décarbonisation qui s’avère urgente.