Principaux renseignements
- L’Allemagne hésite à poursuivre sa participation au programme FCAS en raison de divergences fondamentales avec la France en matière de besoins militaires.
- Le conflit ne porte pas seulement sur des choix stratégiques, mais aussi sur des tensions industrielles entre les entreprises de défense concernées.
- Un éventuel retrait allemand porterait un coup dur à la coopération européenne en matière de défense et à l’ambition d’autonomie stratégique.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a ouvertement exprimé ses doutes quant à la poursuite de la participation de l’Allemagne au programme commun d’avions de combat avec la France et l’Espagne. Les divergences d’intérêts nationaux font craindre un blocage de la coopération en matière de défense.
L’objectif de ce projet, baptisé Future Combat Air System (FCAS), est de livrer d’ici 2040 une nouvelle génération d’avions de combat et de systèmes de soutien. Mais une fois de plus, le fossé entre la France et l’Allemagne est mis en évidence. Merz estime que les besoins militaires des deux pays sont trop différents. Des désaccords avaient déjà surgi auparavant au sujet des dépenses de défense des deux pays.
Doutes allemands
« Pour la prochaine génération d’avions de combat, les Français ont besoin d’un appareil capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions », a déclaré Merz dans le podcast allemand Machtwechsel. Il a expliqué que l’armée allemande n’en avait actuellement pas besoin.
Ces déclarations illustrent le désaccord entre la France et l’Allemagne. La France considère la dissuasion nucléaire comme un élément essentiel de sa défense. L’Allemagne mise sur le renforcement conventionnel de ses forces armées.
Selon le chancelier fédéral, il existe encore de nombreux désaccords sur les spécifications de l’appareil à développer. Il pose une question fondamentale à l’Europe. A-t-elle la force et la volonté de construire deux avions différents pour deux doctrines militaires divergentes ? Il a averti que l’Allemagne pourrait se retirer du projet si aucune solution n’était trouvée.
Jeu de pouvoir industriel
Les tensions industrielles jouent également un rôle important. Le projet FCAS a été lancé en 2017 sous la direction du président français Emmanuel Macron et de l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel. En 2019, l’Espagne s’est jointe au projet.
Le programme vise à remplacer les anciens modèles d’avions de combat, à savoir le Dassault Rafale français et l’Eurofighter Typhoon allemand et espagnol. Outre les nouveaux avions de combat, le projet comprend également des drones interconnectés et un système cloud numérique. La valeur totale du projet s’élève à environ 100 milliards d’euros.
En raison de tensions entre la société française Dassault Aviation et la société allemande Airbus Defence and Space, le développement du projet s’avère particulièrement difficile. Il existe un désaccord entre les deux parties concernant le contrôle et la répartition des responsabilités au sein du projet.
Conséquences pour la coopération européenne
Ce projet symbolise l’autonomie stratégique européenne et une nouvelle coopération en matière de défense au sein de l’OTAN. Cela est particulièrement vrai à l’heure où la menace russe s’intensifie et où l’incertitude règne quant aux engagements des États-Unis en matière de sécurité.
Le retrait de l’Allemagne ne sera pas seulement un coup dur pour la coopération franco-allemande. Il nuira également à l’objectif plus large d’une industrie européenne de la défense intégrée. Merz a déclaré précédemment que si aucune solution n’était trouvée, d’autres pays étaient prêts à coopérer avec l’Allemagne.
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