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La Chine veut dominer le tiers des ressources mondiales en lithium mais joue avec le feu

La Chine veut dominer le tiers des ressources mondiales en lithium mais joue avec le feu
Un site de construction d’un projet de matériaux pour batteries au lithium dans la province de Guizhou, en Chine. (Getty Images)

Pour s’offrir une part plus importante du gâteau des ressources mondiales en lithium, la Chine mise sur des pays au régime politique instable, où des manifestations ont souvent lieu pour protester contre les projets de mines de lithium.

Pourquoi est-ce important ?

La Chine cherche à s'accaparer le lithium mondial pour alimenter son expansion fulgurante dans les voitures électriques, menacée par les frictions avec les États-Unis et leurs partenaires. Alors que le pays ne possède qu'une faible portion des réserves mondiales, Pékin est déterminé à tout faire pour atteindre son objectif et ne pas rester à la traîne des autres grandes nations du monde, ce qui nuirait à son industrie automobile et technologique.

Zoom : la Chine fait le pari risqué d’investir dans des mines de lithium où la résistance à de tels projets est forte.

  • Les entreprises chinoises sont en tête du domaine du raffinage de lithium, mais les ressources lui manquent. Or, il s’agit de l’un des plus importants enjeux économiques pour les années à venir, le lithium étant essentiel dans les batteries des voitures électriques, alors que les moteurs thermiques sont appelés à disparaître.
  • Pour atteindre ses fins, la Chine injecte des milliards dans des projets dans des pays qui ont un passé de poudrière, de révolte populaire et de protectionnisme, rapporte le Wall Street Journal.
  • Ces projets sont donc souvent confrontés à des manifestations, des blocages administratifs, voire des annulations. Autant d’argent investi qui risque d’être jeté par la fenêtre.
    • Notons qu’il s’agit d’une relation à double sens, ces pays en développement aimant particulièrement s’allier à des entreprises chinoises présentes dans toute la chaîne de valeur du lithium, leur assurant un partenaire stable.

Pourquoi ? Si la Chine investit autant dans « l’or blanc », c’est qu’elle craint de ne plus y avoir accès à cause des tensions croissantes avec les États-Unis et l’Occident.

  • Le Canada et l’Australie, qui détiennent une bonne part du gâteau du lithium mondial, ont récemment fermé la porte à de nouveaux capitaux chinois pour protéger leurs intérêts nationaux.
  • En novembre dernier, le gouvernement canadien a ainsi ordonné à trois entreprises chinoises de se désengager de trois petites sociétés canadiennes de prospection de lithium. Avec une volonté nationaliste et anti-chinoise à peine dissimulée : le ministre de l’Industrie a indiqué que le Canada devait renforcer la résilience stratégique de la chaîne d’approvisionnement nord-américaine en minéraux essentiels avec « des partenaires partageant les mêmes idées au niveau national, en Amérique du Nord et dans le monde entier ». Exit la Chine, donc.
  • De leur côté, les États-Unis ont adopté l’Inflation Reduction Act (IRA), qui injecte des centaines de millions de dollars pour la transition écologique. La plupart des coups de pouce, comme une prime de 7 500 dollars pour les véhicules électriques, sont réservés aux entreprises qui fabriquent en Amérique du Nord ou qui se fournissent chez des pays liés par des traités de libre-échange avec les États-Unis. Ici non plus, la Chine n’est pas invitée à la fête.

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Les enjeux : Si le pari chinois s’avère payant, elle pourrait s’assurer l’accès à un tiers de la capacité de production des mines de lithium au monde d’ici à 2025.

  • Une stratégie également juteuse dans un avenir proche : d’ici à la fin de la décennie, la demande en lithium pourrait dépasser l’offre de quelque 300 000 tonnes, selon le cabinet d’études Benchmark Mineral Intelligence. Cela signifie que le prix de ce métal pourrait encore exploser, de quoi en mettre plein les poches chinoises.
  • Il faut aussi s’interroger sur la véritable marge de manœuvre de la Chine, alors qu’elle ne détient actuellement que 8% des réserves mondiales de lithium. En d’autres termes, les entreprises chinoises sont prêtes à tout mettre en œuvre pour arriver à leurs fins et ne pas traîner les pieds derrière les autres grandes puissances du monde, ce qui compromettrait l’industrie automobile et technologique.
  • Mais cette ruée chaotique sur le lithium n’est pas au goût de Pékin, qui juge que les entreprises concernées devraient davantage réfléchir avant de se précipiter à tout va sur des marchés périlleux.
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