Brésil : arrestations massives après l’assaut contre les institutions gouvernementales, Lula promet que « toute personne impliquée sera punie »

Ce que l’on craignait est en train de se réaliser. Les partisans de l’ex-président brésilien Jair Bolsonaro, qui a dû céder le pouvoir à Luiz Inácio Lula da Silva depuis le 1er janvier, ont pris d’assaut le Congrès national dans la capitale Brasilia. Au moins 400 personnes ont été arrêtées, le bâtiment du Congrès a été mis à sac par les émeutiers.

Dans l’actualité : Des centaines de Brésiliens en colère ont franchi les barrières de sécurité du Congrès national ce dimanche, qui abrite le Parlement et le Sénat.

  • Selon l’agence de presse brésilienne LUSA, une centaine de personnes ont réussi à entrer dans le bâtiment. Un groupe a réussi à franchir les barrières de police devant le bâtiment, puis a escaladé la rampe menant au toit de l’immeuble. Certaines fenêtres du bâtiment ont également été brisées, et des émeutiers s’y sont introduits.
  • Des photos et des vidéos montrent que la plupart des manifestants portent des t-shirts jaunes et verts et le drapeau brésilien. Plusieurs véhicules de police ont été endommagés, et les forces de l’ordre ont déployé des gaz lacrymogènes pour tenter de repousser la foule. Des agents à cheval ont aussi été déployés pour disperser la foule. Au moins un policier a été piégé par la foule en colère et a dû descendre de son cheval.
  • Les assaillants exigent l’intervention de l’armée pour déposer le président élu Lula. Ils considèrent que les élections ont été truquées, et que Bolsonaro est le président légal.
  • Pendant ce temps, Ibaneis Rocha, le gouverneur du district fédéral (la région autour de la capitale), aurait ordonné la démission du ministre de la Sécurité, Anderson Torres. Il était auparavant ministre de la Justice et de la Sécurité publique sous Bolsonaro.

Le Congrès n’est pas le seul à être pris d’assaut.

  • Outre le Congrès, les manifestants ont également envahi le palais du Planalto, la résidence officielle de travail du président sortant. Des vidéos circulant sur les médias sociaux montrent que certains y sont parvenus. Cependant, le président lui-même est actuellement à Sao Paulo.
  • D’autres images montrent des manifestants en colère devant la Cour suprême. La porte du bureau d’Alexandre de Moraes, juge à la Cour suprême, aurait été enfoncée.

L’élément déclencheur : l’élection présidentielle du 30 octobre creuse un fossé entre les bolsonaristes et les autres Brésiliens.

  • La situation est particulièrement instable au Brésil depuis que Bolsonaro a perdu l’élection présidentielle face à Lula le 30 octobre. Ses partisans estiment que les élections n’étaient pas équitables et le considèrent toujours comme le président légitime. Ils campent devant des bâtiments importants de la capitale, notamment le quartier général de l’armée brésilienne.
  • L’ex-président lui-même n’a pas manqué de semer le trouble, affirmant lui-même que les élections avaient été « volées ». Cette affirmation a depuis été démentie par l’armée, mais elle trouve néanmoins de nombreux partisans dans le pays, et au-delà.

Un coup d’État avorté ?

  • Quelques heures après le début des événements, la police fédérale brésilienne est intervenue pour mener une arrestation massive des émeutiers du palais présidentiel. Elle a évoqué 300 interpellations sur Twitter : « 300 personnes arrêtées. L’enquête se poursuit jusqu’à ce que le dernier membre soit identifié. » On évoque aussi l’arrestation d’un poseur de bombe dans l’aéroport de la capitale.
  • Le président légitime Luiz Inácio Lula da Silva s’est rendu sur place une fois le calme revenu. Il a accusé Bolsonaro d’être responsable du chaos et a promis que « toute personne impliquée sera punie ».
  • Au Congrès, les émeutiers ont ravagé les locaux, jetant le mobilier par les fenêtres. Selon des images des lieux qui circulent sur les réseaux sociaux, l’assemblée a été ravagée, avec plusieurs débuts d’incendie.
  • Le juge de la Cour suprême du Brésil Alexander de Moraes a ordonné à l’armée de démanteler tous les camps de partisans de Bolsonaro à travers le pays dans les 24 heures et a demandé à la police d’arrêter tous les manifestants encore dans les rues, selon une ordonnance du tribunal : « Absolument rien ne justifie l’existence de camps complets de terroristes, parrainés par divers financiers et avec la complaisance des autorités civiles et militaires dans la subversion totale du respect nécessaire de la Constitution fédérale. »
  • La Cour suprême a aussi ordonné que le gouverneur du district fédéral, Ibaneis Rocha, soit suspendu pour trois mois. Le renvoi d’Anderson Torres, le responsable de la sécurité du district, a été réclamé, ainsi que celui d’autres hauts fonctionnaires. Détail interpellant : Anderson Torres ne se trouve pas en ce moment au Brésil, mais à Orlando, en Floride (États-Unis), où se trouve également M. Bolsonaro.

Une redite de la prise du Capitole presque exactement deux ans plus tard.

  • Le 6 janvier 2021, une foule en colère prenait d’assaut le Capitole américain, où siègent la Chambre des représentants et le Sénat. L’épisode était assez similaire à celui au Brésil hier soir : le président sortant Donald Trump a affirmé que l’élection avait été truquée, et a refusé de céder le pouvoir au démocrate Joe Biden.
  • Des milliers d’Américains l’ont pris au mot, défilant dans les rues de Washington DC. Lors d’un discours près de la Maison Blanche, M. Trump a répété son affirmation et il a appelé la foule à marcher avec lui jusqu’au Capitole, exhortant le Congrès et le vice-président Mike Pence à faire déclarer l’élection invalide.
  • La foule a répondu en prenant d’assaut le Capitole. Les députés et sénateurs présents ont dû être évacués et se mettre à l’abri, tandis que la foule entrait par les portes et les fenêtres. Au cours de la prise d’assaut, qui a finalement pu être réprimée par l’intervention de la Garde nationale, cinq personnes sont mortes, et des centaines d’autres ont été blessées, dont 138 policiers.
  • L’assaut du Capitole a également conduit à un deuxième procès en destitution contre Donald Trump. Au final, 57 sénateurs sur 100 ont jugé qu’il avait incité la population à l’émeute. Cependant, une majorité des deux tiers est nécessaire pour destituer le président ; Trump a donc été formellement acquitté.

MB

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