Blockchain pour les nuls : tous les fondamentaux en 12 minutes chrono

Avec ce qu’il se passe sur le marché des cryptomonnaies, la technologie blockchain se retrouve mise à toutes les sauces. Audacieusement, le média local Boukè a tenté de décrypter cet univers parallèle en réunissant ingénieur, développeur, avocat…

Profitons de ce bear market que traversent les cryptos et de la première Brussels Blockchain Week pour cerner un peu mieux les enjeux sociétaux de cette techno. Figurez-vous que c’est une vieille technologie qui existait déjà sur papier au tout début des années ’90. La blockchain ne portait pas encore ce nom mais son concept était déjà bien développé.

Prédisant un monde où tous nos documents seraient numérisés et donc facilement modifiables, deux mathématiciens américains (Habber et Stornetta) ont voulu inventer un moyen d’en certifier la création et de garder une trace de leurs modifications.

Ils ont proposé d’horodater les données, à la chaîne, et ont mis en place des procédures cryptographiques, de chiffrement, pour garantir la confidentialité des documents mais aussi pour empêcher de les falsifier.

Pour l’anecdote, sur base de ces recherches, la première expérimentation pratique au monde d’une blockchain publique a eu lieu en 1996 en Belgique. Eh oui. Il s’agissait d’un projet conjoint à la KULeuven et l’UCLouvain qui a été abandonné deux ans plus tard pour d’obscures raisons.

Les travaux sur les chaînes de données se sont poursuivis dans une certaine discrétion pendant les années qui ont suivi, jusqu’à cette nuit d’Halloween 2008. Un monstre d’ingéniosité a surgi, le Bitcoin, un réseau informatique concrétisant pour la première fois les théories autour de la blockchain.

C’était le début de la crise des subprimes et la promesse technologique du bitcoin était d’offrir un système d’argent électronique, de pair à pair, sans intermédiaire financier comme les banques ou les opérateurs de paiement, sans organe de contrôle, si ce n’est des équations mathématiques…

Quelque chose de révolutionnaire

Révolutionnaire, oui, dans tous les sens du terme. La blockchain découle d’un mouvement de cryptographes particulièrement soucieux des libertés personnelles (les Cypherpunks) qui voulait contrebalancer le pouvoir des autorités. Pouvoir que la digitalisation risquait de renforcer.

La technologie blockchain que le bitcoin a rendue populaire apporte justement une solution inédite à ce problème de confiance. Il s’agit d’un environnement informatique où la participation honnête est récompensée et où tout a été pensé mathématiquement pour garantir transparence, confidentialité et sécurité.

Avant cette technologie blockchain, on n’avait jamais réussi à créer une histoire qui ne peut pas être manipulée, un historique de transactions ou d’enregistrements numériques inaltérables, résistants à la censure. Et on ne parle pas que de monnaie numérique mais aussi de dossiers médicaux, de contrats, d’actes notariés…

En plus, ce registre d’informations est libre d’accès, quiconque avec une connexion Internet peut l’utiliser. Il est décentralisé et distribué entre des millions d’utilisateurs. C’est une prouesse. Mais comme pour tout outil numérique, tout dépendra de la façon dont on l’utilise.

Progrès techniques, avancées sociétales

Le fait de disposer d’un moyen approprié pour nous identifier ou identifier nos biens est fondamental pour le bon fonctionnement de notre société et de notre économie. On le sait, être sans papier, ne pas avoir de documents d’identité, limite notre liberté.

Et pourtant, même en tant que citoyens disposant de formes d’identification officielles, nous ne jouissons pas pleinement de la propriété et du contrôle de notre identité numérique. L’expérience de notre identification en ligne reste fragmentée entre plateformes, prestataires, services administratifs. Et nous perdons souvent, sans le savoir, la valeur que nos données génèrent.

La blockchain permet en théorie de remédier à tout cela et de donc relever le défi sociétal de l’identité numérique. Car, on en a parlé, la technologie offre un stockage et une gestion des données plus sécurisés. Elle propose une infrastructure cohérente, interopérable et inviolable.

La blockchain permet aussi de produire un identifiant décentralisé, un identifiant pseud-oanonyme pour une personne, une entreprise, un objet, etc. Cet identifiant décentralisé est sécurisé par une clé privée dont seul le propriétaire peut prouver qu’il contrôle son identité.

Cet identifiant peut être associé à des attestations telles que l’âge, les diplômes, les fiches de paie fournis par des émetteurs comme la commune, l’école, l’employeur. Ces pièces justificatives sont signées de manière cryptographique par leurs émetteurs.

En pratique, c’est un peu comme avec le Covid Safe Ticket (il ne s’agit pas de l’exemple le plus sexy mais le plus testé par le grand-public), l’utilisateur pourra présenter son identifiant décentralisé sous forme de QR code pour accéder à certains services ou endroits.

Si l’identité blockchainisée existe déjà dans certains pays depuis un certain temps, la technologie est encore au stade d’expérimentation à l’échelle européenne. En Belgique, des entreprises ont déjà des solutions commerciales d’ID décentralisée. Mais notre secrétaire d’État à la Digitalisation, Mathieu Michel, a lui évoqué un vague projet de wallet, de porte-document numérique.

Bref, l’identité numérique est à l’intersection de plusieurs disciplines et nécessite donc un dialogue approfondi entre entreprises privées, instances publiques, informaticiens, juristes…

Pour la petite histoire

Une émission de télé locale pour expliquer la blockchain, financée à l’aide de cryptomonnaies. Ainsi se résume ce projet inattendu de culture numérique mené au pas de charge par Damien Van Achter. Ce journaliste technophile devenu entrepreneur média avait, grâce au soutien de la commu « pour internautes crypto intéressés » La Citadelle, codéveloppé en décembre dernier cette émission de vulgarisation.

Une fois la conduite et le budget ficelés, la team joyeusement improvisée avait récolté en seulement deux heures de stream sur Twitch le montant nécessaire, soit l’équivalent de 15.000 euros en cryptos (pour le détail, essentiellement en USDC.e, la version wrappée du stablecoin). Enregistrée dans la foulée avec Leila Rebbouh (Data Scientist)Laurent Eschenauer (Ingénieur), Florian Ernotte (Avocat) et François Remy (Journaliste), remontée pour les réseaux sociaux au format carré et diffusée ce mardi en télé, cette expérience médiatique n’a pas pris une ride.
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