La Cour des Comptes européenne tape sur les doigts de la Banque centrale européenne (BCE) : il y a des lacunes dans l’évaluation des risques et le contrôle des risques liés aux dettes des banques. Les banques les plus exposées n’ont souvent pas été obligées de constituer des fonds propres proportionnels aux risques, pour encaisser le coup dans le cas de défauts de paiement, par exemple.
Trop indulgente, surtout avec les brebis galeuses : un rapport épingle les manquements de la BCE dans la gestion du risque des banques

Pourquoi est-ce important ?
Ces lacunes remontent à 2021, année où les taux d'intérêt étaient encore très bas. Or, depuis, les taux d'intérêt ont rapidement augmenté, mettant plus de pression sur les banques. Si les lacunes se sont répétées dans ce contexte, cela pourrait avoir des conséquences graves.Dans l’actu : un audit de la Cour des Comptes européenne, sur la gestion du risque des dettes des banques de la part de la BCE. L’année passée au crible est 2021.
- Le titre donne d’emblée le ton : « Surveillance du risque de crédit des banques : la BCE doit mieux faire. »
- En résumé, il s’agit du risque de défaut de paiement des prêts par les clients, entre autres. A terme, une banque pourrait faire faillite. La faillite d’une banque est un événement grave pour tout le secteur financier et toute l’économie – nous avons pu le constater à plusieurs reprises sur les deux mois écoulés.
- Pour éviter un tel effondrement, la BCE doit évaluer le risque auquel les banques sont exposées et les banques doivent montrer qu’elles ont des fonds propres assez élevés pour encaisser le coup, au cas où. Les exigences en termes de fonds propres peuvent augmenter en fonction du risque.
- 110 grandes banques européennes issues de 21 pays, représentant plus de 80% de l’union bancaire, se trouvent ainsi sous la surveillance de la BCE.
- Un échantillon représentatif de 10 banques, « présentant un niveau élevé de prêts non performants » a été sélectionné par la Cour des Comptes pour vérifier le travail de la BCE.
Les lacunes
Les détails : qu’est-ce que la BCE n’a pas fait correctement ?
- La BCE « n’utilise ses outils et ses prérogatives en matière de surveillance ni pour s’assurer que les risques recensés sont intégralement couverts par des fonds propres supplémentaires, ni pour ordonner aux banques de mieux gérer leurs risques », souligne le rapport.
- Il indique aussi que la manière dont la BCE calcule les fonds propres que les banques doivent détenir en plus du minimum réglementaire (en fonction du risque) ne « garantit pas une couverture appropriée des différents risques ». Ce calcul n’a en plus pas été fait de manière systématique auprès des banques passées au crible par la BCE.
- En d’autres mots, les banques les plus exposées aux risques ne se sont pas vues imposer des exigences (proportionnellement) plus strictes.
- Pire encore : « En fait, dans le cas des banques les plus fragiles, elle a chaque fois opté pour des exigences situées dans le bas des fourchettes prédéfinies ».
- La BCE serait ainsi « incapable à durcir les mesures prudentielles » dans le cas d’un risque élevé et dans le cas d’un contrôle faible.
- L’audit souligne aussi le manque de personnel affecté (cela concerne également les autorités nationales) et la lenteur « excessive » de la période de contrôle de 2021. Cette dernière peut avoir comme résultat des « évaluations obsolètes ».
- L’audit note des éléments positifs aussi. Les évaluations des risques et les contrôles sont « généralement de bonne qualité ». Il estime aussi que « le volume de créances douteuses héritées du passé a diminué », et que c’est en partie grâce aux actions de la BCE.
Le détail : 2021, et après ?
- Toutes ces lacunes concernent les activités d’évaluation et de contrôle de 2021, lorsque les taux étaient encore très bas. Or, l’année d’après, les taux ont commencé à augmenter rapidement et à mettre certaines banques sous pression. La question qu’il faut alors se poser est si les évaluations du risque et les contrôles ont pris en compte cet élément ou si ces lacunes ont été répétées.
- La Cour des Comptes demande en tout cas à la BCE de « faire mieux » et de « renforcer sa surveillance ».
- « La BCE doit tout mettre en œuvre pour éviter que les banques ne fassent faillite parce qu’elles ont mal géré leur risque de crédit », souligne Mihails Kozlovs, le Membre de la Cour responsable du rapport. « C’est indispensable, vu l’importance de la confiance dans le secteur bancaire et le climat économique dégradé. »