Après la Fed, la BCE appuie elle aussi sur le bouton « pause » : « Le conflit au Moyen-Orient aura un impact significatif sur l’inflation à court terme »

Les dirigeants de la Réserve fédérale ont décidé hier de maintenir les taux d’intérêt inchangés. Aujourd’hui, c’était au tour des banquiers centraux européens. Tout comme leurs homologues américains, ils ont (une nouvelle fois) décidé de marquer une pause.


Principaux renseignements

  • Le taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE) reste bloqué à 2 pour cent. La Fed avait déjà laissé ses taux inchangés hier.
  • L’escalade du conflit au Moyen-Orient fait grimper les prix de l’énergie, ce qui augmente le risque d’une nouvelle accélération de l’inflation dans la zone euro. Actuellement, celle-ci reste encore en dessous de l’objectif de la banque centrale.
  • Les marchés s’attendent à ce que l’institution monétaire relève ses taux cet été. Il y a peu, ils tablaient encore sur une nouvelle baisse des taux en 2026.

À la une : Malgré les inquiétudes concernant l’impact de la guerre en Iran sur l’inflation dans la zone euro, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, et son équipe ont décidé d’attendre de voir comment la situation évolue avant de modifier les taux d’intérêt.

  • En appuyant à nouveau sur le bouton « pause », le taux de dépôt – la rémunération que les banques perçoivent pour les excédents de dépôts d’épargne qu’elles placent auprès de la banque centrale – reste bloqué à 2 pour cent.
  • La BCE souhaite encore attendre de voir comment la situation en Iran évolue. « La guerre au Moyen-Orient a considérablement accru l’incertitude quant aux perspectives, ce qui engendre des risques à la hausse pour l’inflation et des risques à la baisse pour la croissance économique », peut-on lire dans un communiqué de presse. « Le conflit aura un impact significatif sur l’inflation à court terme en raison de la hausse des prix de l’énergie. »
  • Cela est apparu une nouvelle fois de manière cruelle cette semaine, lorsque Israël a bombardé le plus grand gisement de gaz au monde. L’Iran a réagi en attaquant au Qatar le principal site d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). Résultat : le prix du gaz TTF néerlandais, référence pour les prix du gaz en Europe, s’établit à 62,6 euros. Cela représente une hausse de 14,4 pour cent. Jeudi matin, peu après les attaques, le prix du gaz avait même brièvement bondi de 30 pour cent.
    • Les prix du pétrole sont également à un niveau élevé. Le prix du baril de Brent a brièvement frôlé la barre des 115 dollars jeudi.
    • La BCE ajoute que les effets à « moyen terme dépendront de l’intensité et de la durée du conflit, ainsi que de la répercussion des prix de l’énergie sur les prix à la consommation et l’économie ». La banque centrale note par ailleurs que les membres du conseil d’administration sont bien placés pour faire face à cette incertitude.
  • Entre-temps, l’inflation dans la zone euro a de nouveau pris de l’ampleur en février. Elle est passée de manière inattendue de 1,7 pour cent à 1,9 pour cent entre janvier et février. Malgré cette hausse, le taux d’inflation reste toutefois inférieur à l’objectif de la BCE, fixé à 2 pour cent (à moyen terme).

Prévisions d’inflation plus élevées de la BCE

Autre point : compte tenu des tensions géopolitiques, la BCE a revu ses prévisions d’inflation à la hausse.

  • Les responsables de la banque centrale tablent désormais sur une inflation de 2,6 pour cent en 2026 et de 2 pour cent en 2027. L’année suivante, la dépréciation monétaire devrait légèrement augmenter pour atteindre 2,1 pour cent.
  • Selon la BCE, l’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, s’établira en moyenne à 2,3 pour cent en 2026, 2,2 pour cent en 2027 et 2,1 pour cent en 2028.
  • Par ailleurs, la croissance économique devrait s’établir en moyenne à 0,9 pour cent en 2026, 1,3 pour cent en 2027 et 1,4 pour cent en 2028.
    • « Cela représente également une révision à la baisse, notamment pour 2026, et reflète les répercussions mondiales de la guerre sur les marchés des matières premières, les revenus réels et la confiance », indique-t-on. « Dans le même temps, le faible taux de chômage, la solidité des bilans du secteur privé et les dépenses publiques en matière de défense et d’infrastructures devraient continuer à soutenir la croissance. »

Une hausse des taux d’intérêt plus tard dans l’année ?

Perspectives : si l’inflation reprend de la vigueur, la probabilité que la BCE relève ses taux d’intérêt augmente.

  • Carsten Brzeski, économiste chez ING, avait déjà fait remarquer avant la décision sur les taux que, compte tenu de la récente hausse des prix du pétrole et de l’escalade du conflit au Moyen-Orient, toute discussion sur une baisse des taux était désormais hors de question.
  • Les marchés ont entre-temps radicalement revu leurs prévisions. Alors qu’on spéculait auparavant sur de nouvelles baisses de taux, ils tablent désormais sur une hausse des taux cet été.
  • Les économistes, en revanche, s’attendent à un statu quo en 2026, comme le révèle un récent sondage de Bloomberg. Beaucoup estiment qu’il est encore trop tôt pour déterminer toutes les conséquences économiques de la guerre. Ils sont toutefois convaincus que le prochain changement de taux sera une hausse.

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