Combien coûte réellement un avion de combat moderne ? Du F-35 à l’Eurofighter


Principaux renseignements

  • Tant en matière d’acquisition que d’entretien, il existe de grandes différences entre les avions de combat disponibles.
  • Le coût total du cycle de vie des avions de combat dépasse largement le prix catalogue initial.
  • Les capacités de furtivité font grimper les coûts opérationnels à des niveaux extrêmement élevés.

Le coût réel d’un avion de chasse moderne dépasse de loin le prix d’achat initial. Si un seul appareil peut coûter des dizaines de millions d’euros, l’engagement financier global inclut les armements, la formation des pilotes, les infrastructures, les pièces de rechange et l’entretien à long terme. Par conséquent, la dépense totale dépasse souvent largement le prix d’achat initial.

F-35 : relativement abordable à l’achat, coûteux à l’entretien

Le F-35 Lightning II américain représente le summum de la technologie aéronautique, avec ses capacités de furtivité et ses capteurs sophistiqués permettant le partage de données. Si son coût d’acquisition est devenu plus compétitif — le F-35A conventionnel étant évalué à environ 82,5 millions de dollars (71 millions d’euros) dans les contrats précédents —, le coût total de production, moteurs compris, atteint généralement environ 105 millions de dollars.

Le véritable fardeau financier réside toutefois dans son entretien. Des rapports récents du GAO indiquent que les coûts totaux du cycle de vie du programme américain ont grimpé à 1 580 milliards de dollars, dépassant de loin les prévisions antérieures. Les dépenses opérationnelles annuelles par avion sont désormais estimées à 6,6 millions de dollars (5,7 millions d’euros), un chiffre nettement supérieur à l’objectif initial de 4,1 millions. Sur la durée de vie estimée d’un F-35, comprise entre 30 et 40 ans, cela représente donc rapidement environ 250 millions de dollars supplémentaires en coûts d’exploitation, en plus du prix d’achat.

F-16 : moins cher, mais ce n’est plus une affaire

En revanche, le F-16 Fighting Falcon est depuis longtemps considéré comme une option économique. Cependant, les dernières versions Block 70/72 sont bien plus coûteuses que leurs prédécesseurs en raison de l’intégration de radars AESA et d’une électronique modernisée. À titre d’exemple, un contrat bulgare portant sur huit avions s’est élevé à 1,3 milliard de dollars. Bien que cela représente en moyenne plus de 160 millions de dollars par unité, ce chiffre inclut l’ensemble des prestations de soutien.

Le principal attrait du F-16 réside toujours dans son réseau mondial de maintenance bien établi et ses coûts d’exploitation inférieurs à ceux du F-35, ce qui en fait un choix idéal pour les pays qui privilégient la souveraineté de leur espace aérien plutôt que la furtivité.

Les alternatives européennes ne sont pas forcément moins chères

L’Europe propose plusieurs alternatives haut de gamme. Le Rafale français de Dassault est un avion multirôle polyvalent capable d’assurer la dissuasion nucléaire et de mener des frappes au sol. Un contrat serbe de 2024 portant sur douze appareils a coûté 2,7 milliards d’euros, soit une moyenne de 225 millions d’euros par unité en incluant les services de soutien. Bien qu’il ne dispose pas de la furtivité du F-35, il assure à la France une indépendance stratégique en matière de production et de mises à niveau.

De même, l’Eurofighter Typhoon — une coentreprise entre le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne — nécessite des investissements considérables pour une modernisation continue. Une récente acquisition espagnole de 25 avions a dépassé plus de 4 milliards d’euros, soit au moins 160 millions d’euros par avion si l’on divise le montant total par le nombre d’appareils. Cela illustre le coût élevé du maintien d’une base industrielle européenne souveraine.

Gripen : peu coûteux à l’usage, mais son achat reste onéreux

Le JAS 39 Gripen suédois est présenté comme une alternative allégée et efficace. Ses principaux atouts sont ses faibles besoins en maintenance et sa capacité à opérer à partir de pistes improvisées.

Malgré cela, le Gripen E/F de dernière génération reste coûteux. Une commande colombienne portant sur 17 avions a atteint 3,1 milliards d’euros. Cela représente environ 182 millions d’euros par appareil, si l’on tient compte de la valeur totale du contrat. La véritable valeur économique du Gripen réside dans sa logistique, car il a été conçu pour nécessiter un personnel au sol réduit et permettre des rotations rapides, offrant ainsi des économies significatives à long terme aux forces aériennes de petite taille.

Difficile de comparer

En fin de compte, il est difficile de comparer les avions de chasse, car les prix communiqués confondent souvent le coût de la cellule avec celui de l’ensemble des programmes d’acquisition. Le facteur le plus déterminant est le coût total de possession sur plusieurs décennies.

Un avion moins cher nécessitant des réparations constantes peut s’avérer plus onéreux qu’un appareil haut de gamme offrant une grande fiabilité. Les responsables militaires doivent donc mettre en balance l’investissement initial avec l’utilité opérationnelle de l’appareil et le coût à long terme du maintien d’une flotte en état de vol. (fc)

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