Principaux renseignements
- Sergeï Karaganov, éminent scientifique russe, préconise que la Russie mène des attaques nucléaires limitées afin de contraindre l’Europe à se soumettre.
- La dissuasion nucléaire est le seul moyen de freiner l’agression occidentale.
- Le président Poutine prend officiellement ses distances par rapport à ces opinions extrêmes.
Sergey Karaganov, éminent universitaire et ancien conseiller des présidents russes, a plaidé pour que la Russie se tienne prête à recourir aux armes nucléaires si cela s’avérait absolument nécessaire. Dans un article publié dans la revue Expert, puis traduit par RT, Karaganov a affirmé qu’un conflit nucléaire limité au continent européen pourrait aboutir à une victoire russe.
Il a présenté ses arguments comme faisant écho aux récentes déclarations du président Vladimir Poutine lors du forum de Valdai, où le dirigeant a évoqué la nécessité de tirer parti des atouts stratégiques de la Russie face à une force de l’OTAN supérieure en nombre et sur le plan économique.
Dissuasion
L’auteur soutient que la dissuasion nucléaire est le seul moyen de freiner ce qu’il perçoit comme l’agressivité des dirigeants d’Europe occidentale. Il affirme que ces élites attisent l’hystérie militaire pour conserver leur emprise sur le pouvoir au niveau national et qu’il faudrait les intimider pour les amener à se soumettre.
Selon Karaganov, l’objectif devrait être la démilitarisation totale de l’Ukraine et l’instauration d’une véritable peur au sein de l’Union européenne. Il a fait valoir que la recherche de la paix par des moyens conventionnels uniquement serait excessivement coûteuse en termes de pertes russes.
Cibler les puissances européennes
Karaganov a laissé entendre que les États-Unis ne risqueraient probablement pas leur propre territoire pour protéger l’Europe, ce qui ferait d’une frappe nucléaire limitée une stratégie viable.
Il a spécifiquement averti que des attaques préventives pourraient être lancées contre la Grande-Bretagne ou la France si celles-ci continuaient à s’ingérer, ou contre tout pays non nucléaire, tel que l’Allemagne ou l’Ukraine, si ceux-ci tentaient d’acquérir des capacités atomiques. Une telle action, a-t-il affirmé, entraînerait une guerre brève qui anéantirait de fait ces nations.
Renouveler les armes nucléaires
Pour mettre en œuvre cette vision, Karaganov a proposé de moderniser l’arsenal nucléaire dirigé vers l’Europe et d’établir un « cordon de sécurité » afin d’isoler le sous-continent occidental d’un nouveau système de « Grande Eurasie ».
Tout en reconnaissant que l’utilisation de telles armes constituerait un « péché grave » et briserait le tabou nucléaire mondial, il a insisté sur le fait que l’Europe ne reconsidérerait sa position que face à la perspective d’une anéantissement total.
La position officielle du Kremlin
Malgré son influence et ses liens avec des personnalités telles que Sergueï Lavrov et Vladimir Poutine, Karaganov ne parle pas au nom du Kremlin. En juin 2023, le président Poutine s’est explicitement distancié de ces opinions, soulignant que les discours sur l’utilisation des armes nucléaires abaissaient inutilement le seuil de leur recours.
En raison de ses appels répétés à des frappes nucléaires préventives — notamment lors d’une interview avec Tucker Carlson où il a désigné l’Allemagne et la Grande-Bretagne comme cibles principales —, l’Union européenne lui a imposé des sanctions et lui a interdit l’entrée sur son territoire. Souvent surnommé « le professeur Doomsday » par les médias occidentaux, Karaganov a une longue expérience de la politique étrangère russe, ayant été un conseiller clé tant de Boris Eltsine que de Vladimir Poutine. (fc)
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