Des mesures d’assainissement pour payer la facture des intérêts

Ces derniers jours, les mesures d’austérité du gouvernement flamand ont suscité une avalanche de réactions négatives, et les éventuelles mesures d’austérité envisagées par le gouvernement fédéral sont déjà rejetées d’emblée dans certains milieux. Vendredi, les syndicats manifesteront contre toutes les mesures d’austérité envisagées (et proposeront en alternative 20 milliards d’euros de taxes supplémentaires) et lundi, les services publics se mettront en grève contre d’éventuelles mesures d’austérité dans le secteur public. Presque toute tentative visant à remettre un peu les finances publiques sur la bonne voie se heurte à des protestations. Dans De Standaard, le titre de l’éditorial de lundi était sans détour : « Pourquoi faisons-nous des économies, au juste ? »

La nécessité de remettre d’urgence un peu d’ordre dans les budgets a pourtant été une nouvelle fois mise en évidence ces dernières semaines. Sur les marchés financiers, les taux d’intérêt ont continué à grimper fortement. Le taux d’intérêt belge à 10 ans a grimpé la semaine dernière à près de 4,5 pour cent, son plus haut niveau depuis 2012. Curieusement, l’impact de la hausse des taux d’intérêt sur notre situation budgétaire ne semble pas encore être pleinement pris en compte.

Une facture d’intérêts de plusieurs milliards

Selon les dernières prévisions du Bureau du Plan (datant de juin), les charges d’intérêts annuelles sur la dette publique totale seraient, en 2029, supérieures de 6,4 milliards à leur niveau actuel. D’ici 2031, cela représenterait déjà 11 milliards d’intérêts supplémentaires. Cela reposait sur l’hypothèse d’un taux d’intérêt à 10 ans redescendant à 3,2 pour cent. Si les taux d’intérêt actuels se maintiennent, cette facture sera bien sûr encore beaucoup plus élevée. Une hausse d’un pour cent des taux d’intérêt se traduirait, à vitesse de croisière, par plus de 7 milliards de charges d’intérêts supplémentaires. L’effort budgétaire de 10 milliards que le gouvernement fédéral tente de mettre en place ne suffira finalement même pas à couvrir cette facture d’intérêts plus élevée.

Ces jongleries avec les milliards devraient clairement montrer à quel point nous dépendons aujourd’hui de l’évolution des marchés financiers. Pour y remédier, nous devons de toute urgence remettre de l’ordre dans nos finances publiques. Sinon, de plus en plus de milliards devront être consacrés à la facture d’intérêts. Et ce sont bien sûr des milliards que nous ne pourrons pas utiliser pour mener des politiques utiles. De plus, nous sommes aujourd’hui trop vulnérables à de nouveaux chocs sur les taux d’intérêt.

Scénarios catastrophes pour les taux d’intérêt

La hausse des taux d’intérêt observée ces derniers mois s’inscrit dans une tendance internationale, alimentée notamment par les risques croissants d’inflation, la forte demande de capitaux liée à la course à l’IA et les besoins de financement importants des pouvoirs publics. Dans les pays où les finances publiques sont fragiles, les taux d’intérêt sont soumis à une pression encore plus forte, surtout lorsque la situation politique suscite des interrogations. C’est certainement le cas en France, où les taux d’intérêt ont grimpé à près de 5 pour cent la semaine dernière.

Il est facile d’imaginer un scénario catastrophe pour les taux d’intérêt français. Une nouvelle escalade au Moyen-Orient, combinée à un hiver rigoureux, pourrait faire grimper les prix de l’énergie et l’inflation. À cela pourrait s’ajouter la confirmation que l’élection présidentielle française d’avril se résumera à un duel entre l’extrême droite (Le Pen) et l’extrême gauche (Mélenchon). Aucun des deux n’a de plan crédible pour les finances publiques (pour employer un euphémisme). Dans une telle situation, les taux d’intérêt en France pourraient encore grimper considérablement.

La Belgique est mieux lotie que la France, mais ne peut se permettre aucune bêtise

Historiquement, les taux d’intérêt belges évoluent assez étroitement en parallèle avec ceux de la France. Cela s’est également confirmé ces derniers mois, même si les taux français sont encore davantage sous pression en raison d’une situation politique plus difficile. Sur le plan financier et économique, la Belgique est clairement mieux lotie que la France. Notre position d’investissement internationale nette, c’est-à-dire la différence entre l’ensemble des actifs et des passifs d’un pays vis-à-vis du reste du monde, est stable et nettement positive (+60 pour cent du PIB). Celle de la France est négative (-30 pour cent) et continue de se détériorer. Mais en période de crise aiguë, on risque vite de l’oublier. Ce fut également le cas en 2011, lorsque les taux d’intérêt avaient bondi chez nous en raison des incertitudes quant à la stabilité politique.

Les leçons devraient être claires. Nous devons maîtriser nos finances publiques (à tous les niveaux) pour éviter de devoir bientôt trouver chaque année des milliards supplémentaires rien que pour payer la facture des intérêts. Et en attendant, nous ferions bien d’affirmer aussi clairement que possible que nous ne sommes pas la France. Ce que nous ne pouvons absolument pas nous permettre, c’est l’incertitude liée à la situation politique. Espérons que tous les acteurs concernés soient suffisamment conscientes qu’il n’y a pas de place pour l’opportunisme politique.

Bart Van Craeynest
Économiste en chef chez Voka et auteur de « België kan beter »

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