Les commandes de superpétroliers explosent alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran modifient les routes pétrolières


Principaux renseignements

  • Les tensions géopolitiques ont déclenché un investissement record de 20 milliards de dollars (17,4 milliards d’euros) dans les superpétroliers.
  • L’allongement des routes maritimes vers l’Asie entraîne une demande considérable de superpétroliers.
  • Le vieillissement des navires alimente désormais une flotte parallèle en pleine expansion et non réglementée.

Les tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Iran ont entraîné une forte augmentation des acquisitions de superpétroliers, marquant ainsi l’investissement le plus important dans ce secteur depuis un quart de siècle.

Avec des dépenses dépassant les 20 milliards de dollars (17,4 milliards d’euros), les armateurs ont acquis cette année plus du double de très grands pétroliers (VLCC) par rapport à 2025. Les chiffres de Signal Group indiquent que 217 de ces navires gigantesques – chacun capable de transporter deux millions de barils de pétrole – ont été mis en service en 2026.

Tournant stratégique dans la logistique mondiale

Cette tendance à l’achat s’explique par un changement stratégique dans la logistique pétrolière mondiale. Alors que les raffineries d’Asie et d’Europe s’affranchissent de leur dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient en raison de la fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz, elles se tournent vers les sources du bassin atlantique.

Cette transition nécessite des itinéraires maritimes plus longs, ce qui renforce la conviction des investisseurs selon laquelle le transport de brut sur de longues distances restera rentable malgré la transition mondiale vers des énergies plus vertes.

Hausse des coûts 

La chaîne d’approvisionnement est encore davantage mise à rude épreuve par la nécessité de contourner les eaux dangereuses. Comme de nombreux armateurs hésitent à s’exposer au risque de frappes iraniennes dans le détroit d’Ormuz, un système de « navette » s’est mis en place : des pétroliers de plus petite taille acheminent le pétrole jusqu’au golfe d’Oman, où il est transbordé sur des superpétroliers (VLCC) de plus grande capacité.

Cette inefficacité, conjuguée aux frappes de drones qui ont endommagé un oléoduc saoudien stratégique menant à la mer Rouge, a entraîné une flambée des coûts de transport. Selon Allied Shipbroking, les prix au comptant journaliers des VLCC sont passés d’environ 132 000 dollars (115 000 euros) en février à plus de 500 000 dollars (436 000 euros). La pénurie de navires disponibles est si grave que l’achat d’un pétrolier vieux de dix ans peut désormais coûter plus cher que la mise en service d’un navire flambant neuf.

Modernisation de la flotte 

Au-delà du conflit immédiat, l’état physique de la flotte mondiale incite au renouvellement. Environ un cinquième des VLCC existants ont plus de deux décennies, ce qui nécessite un effort de modernisation après des années de stagnation du marché. Le caractère à long terme de ces investissements est évident au vu des nouveaux contrats dont la livraison est prévue jusqu’en 2030.

Économie souterraine

Parallèlement, les données de Kpler révèlent que les navires plus anciens ne sont pas démantelés. Ils sont au contraire absorbés par la « flotte fantôme », qui opère en dehors des cadres traditionnels d’assurance et de réglementation occidentaux pour transporter du pétrole soumis à des sanctions provenant de pays comme le Venezuela, l’Iran et la Russie.

(at)

Suivez également Business AM sur Google Actualités

Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

Ajoutez fr.businessam.be en tant que source préférée sur Google
Plus