Principaux renseignements
- La Commission européenne prévoit d’allouer 150 milliards d’euros à des projets de défense et spatiaux pour la période 2028-2034.
- De nouvelles interprétations juridiques permettent désormais au budget de l’UE de financer des achats militaires au titre de la politique industrielle.
- L’autonomie favorise le recours à des composants d’origine européenne afin de réduire la dépendance vis-à-vis de l’étranger.
La Commission européenne propose une réorientation majeure de son cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034, les dépenses de défense devant atteindre environ 150 milliards d’euros. Cette stratégie consiste à regrouper diverses initiatives sectorielles de petite envergure au sein d’outils financiers plus larges et plus polyvalents.
Le Fonds européen pour la compétitivité (FEC) constituera l’un des principaux vecteurs de cet investissement. Il devrait gérer environ 131 milliards d’euros afin de soutenir les projets de défense et spatiaux les plus viables sur le plan économique et les plus innovants.
Changement dans le droit de l’UE
Cette évolution budgétaire marque une rupture avec la période antérieure à 2022, durant laquelle une interprétation stricte du traité sur l’Union européenne empêchait le budget de l’UE de financer des opérations militaires ou l’acquisition d’équipements. À cette époque, le Fonds européen de défense se concentrait exclusivement sur la recherche et le développement, tandis que les achats proprement dits et l’aide militaire — comme le soutien à l’Ukraine — étaient gérés par le biais de mécanismes hors budget tels que la Facilité européenne pour la paix (EPF) et l’instrument de prêt SAFE.
Cependant, l’invasion russe de l’Ukraine a conduit à une réinterprétation du droit de l’Union européenne, permettant de considérer les dépenses de défense comme une composante du développement du marché intérieur et de la politique industrielle. Ce changement a ouvert la voie à des initiatives financées par le budget telles que l’EDIRPA et l’ASAP.
Infrastructures
Au-delà de l’ECF, la Commission suggère aux États membres d’utiliser les plans de partenariat nationaux et régionaux (NRPP) pour investir dans des infrastructures à double usage. Cela permettrait d’utiliser des fonds habituellement réservés à l’agriculture ou à la croissance régionale pour la protection civile, par exemple pour construire des abris ou sécuriser des infrastructures vitales. Malgré ces plans, des tensions politiques persistent.
Le Parlement européen a demandé 25 milliards d’euros supplémentaires, tandis qu’un groupe d’États membres « frugaux », dont l’Allemagne et les Pays-Bas, fait pression en faveur de réductions budgétaires globales qui pourraient menacer ces dotations en matière de défense.
En quête d’autonomie
L’objectif stratégique qui sous-tend cette augmentation des financements est de réduire la dépendance européenne vis-à-vis des fournisseurs militaires non européens et de renforcer l’autonomie stratégique face à l’agression russe et aux fluctuations du soutien américain. Pour y parvenir, l’UE donnera la priorité aux projets qui font preuve de coopération transfrontalière et utilisent des composants d’origine européenne.
Si le Fonds européen de défense perdurera, avec des formalités administratives allégées et une participation accrue des PME, il ne sera plus le principal moteur des dépenses de défense.
Préoccupations industrielles
Les détracteurs font valoir que cette approche de politique industrielle profite principalement aux pays disposant déjà d’un secteur de la défense bien établi, ce qui risque de priver de ressources les États membres du flanc est — qui sont confrontés aux menaces immédiates les plus graves. Par conséquent, ces pays tiennent à préserver le financement du NRPP, plus accessible que les subventions compétitives de l’ECF.
Prêts ou obligations
À l’avenir, il est possible que l’UE revienne à un emprunt commun ou à des « obligations de défense » si les États membres jugent les emprunts individuels via le SAFE trop contraignants. Afin d’éviter une fragmentation accrue du secteur, la Commission est susceptible d’imposer des exigences de coopération plus strictes pour les futurs financements.
Compte tenu du risque d’instabilité politique après les élections de 2027 dans les principaux États membres, Bruxelles tente de finaliser ces accords budgétaires d’ici la fin de l’année en cours. (fc)
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