La Turquie souhaite étendre le pacte de La Mecque


Principaux renseignements

  • La Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont formé une alliance de défense collective afin d’assurer leur sécurité mutuelle.
  • Ce pacte réduit la dépendance vis-à-vis des puissances hégémoniques extérieures afin de favoriser l’autonomie régionale.
  • De futures extensions pourraient inclure l’Égypte afin de lier la stabilité sécuritaire à la prospérité économique.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a donné, lors d’une interview, des précisions sur l’Accord de défense commun de La Mecque. Cette alliance stratégique entre la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan a été signée vendredi à La Mecque. Bien que ce pacte ait été conclu dans un contexte d’instabilité régionale considérable, Fidan a souligné que cet accord était de nature purement défensive. Il a précisé que cette alliance ne visait aucun pays en particulier et a réfuté les allégations selon lesquelles elle constituerait un instrument d’agression contre l’Iran. Au contraire, ce pacte repose sur le principe de la défense collective, à l’instar de l’article 5 de l’OTAN, selon lequel une attaque contre un État membre est considérée comme une attaque contre l’ensemble des membres, ce qui nécessite une réponse commune.

Autonomie stratégique et stabilité régionale

La Turquie a négocié cet accord pendant plusieurs années, bien avant les conflits actuels, anticipant un changement dans les priorités des États-Unis en matière de sécurité régionale. Fidan a fait remarquer que les pays participants ne sont pas expansionnistes et se concentrent principalement sur leur développement interne et la sécurité de leurs frontières. Il a affirmé que la création d’un cadre de sécurité structuré permettrait à la région de réduire sa dépendance vis-à-vis des puissances hégémoniques extérieures. Selon lui, celles-ci aggravent souvent les tensions locales au lieu de les résoudre.

Diversification des partenariats

Pour l’avenir, le gouvernement turc considère cette alliance comme une structure faîtière flexible qui pourrait, à terme, englober davantage de pays. Fidan a notamment cité l’Égypte comme un futur membre probable. Il a fait remarquer que les deux pays coopèrent déjà comme s’ils étaient des alliés officiels, seuls quelques petits obstacles techniques subsistant encore. Cet élargissement s’inscrit dans la stratégie plus large du président turc Recep Erdoğan visant à diversifier les partenariats de la Turquie au-delà des relations traditionnelles, tout en maintenant son engagement envers l’OTAN.

Lier la sécurité à la prospérité économique

Outre la coopération militaire, Ankara considère cette architecture de sécurité comme une condition préalable à l’intégration économique et à la prospérité sociale à long terme. Fidan a comparé cette vision au développement de la Communauté économique européenne et a suggéré que la stabilité devait précéder la croissance économique. Il estime que la Turquie peut jouer le rôle d’un pont stratégique, capable, à long terme, d’harmoniser les architectures de sécurité entre l’Europe et le Moyen-Orient.

Une appropriation régionale

Ce pacte rappelle le concept d’« OTAN musulmane » que Necmettin Erbakan défendait à l’époque. Ce dernier aspirait à une unité militaire et économique entre les États islamiques afin de faire face aux pressions extérieures. En favorisant la « prise en main régionale » en matière de sécurité, la Turquie cherche à remplacer les politiques dictées par l’étranger par son propre système de stabilité et de confiance mutuelle. (ev)

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