Principaux renseignements
- Mohamed Alabbar mène un investissement de 20 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros) visant à construire des pôles résidentiels et commerciaux à travers la Syrie.
- Les citoyens locaux détiendront la majorité des parts afin d’empêcher toute exploitation étrangère et de favoriser la stabilité.
- Les pays du Golfe tirent parti des changements politiques pour retrouver une influence économique et géopolitique.
Mohamed Alabbar est un promoteur immobilier de premier plan originaire de Dubaï, qui, avec la société Emaar, a notamment supervisé la construction du Burj Khalifa. Il est aujourd’hui à la tête d’un vaste projet d’investissement en Syrie, d’une valeur d’environ 20 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros). C’est ce qu’il a déclaré lors d’un entretien avec Bloomberg.
Son projet prévoit la construction de vastes pôles résidentiels et commerciaux, comprenant des complexes touristiques, des hôpitaux, des écoles et des espaces de bureaux, situés à Damas et le long de la côte de Lattaquié. Ce plan ambitieux intervient alors que les pays du Golfe recommencent à se tourner vers la Syrie, considérant la reconstruction du pays comme une opportunité stratégique pour obtenir à la fois des gains économiques et une stabilité géopolitique.
Confiance des investisseurs
L’évolution de la confiance des investisseurs s’explique en partie par un climat politique en mutation. Les États-Unis se sont engagés à lever les sanctions et à réexaminer le statut de la Syrie en tant qu’État soutenant le terrorisme, tandis que le président Donald Trump a noué des contacts avec le nouveau dirigeant syrien, Ahmed al-Sharaa.
En conséquence, une vague d’investissements dans les infrastructures afflue depuis les Émirats arabes unis, le Qatar et l’Arabie saoudite, ciblant les aéroports et les ports maritimes. Alabbar note que pendant un demi-siècle, l’absence d’un gouvernement accueillant a dissuadé les investisseurs arabes, malgré les atouts naturels de la Syrie dans les domaines de l’industrie et du tourisme.
Un modèle de propriété collaborative
Pour mener à bien ces projets, Alabbar a l’intention de créer une nouvelle entité détenue conjointement par l’État syrien, des investisseurs privés du Golfe et des citoyens syriens. Bien que sa société basée à Abou Dhabi, Eagle Hills, soit l’investisseur principal, il insiste sur le fait que les ressortissants syriens doivent détenir la majorité des parts afin de garantir que la population locale en tire profit et d’éviter toute perception d’exploitation étrangère.
Le gouvernement syrien devrait fournir les terrains nécessaires à ces aménagements.
Moyen-Orient
Cette offensive économique s’inscrit dans le cadre d’une stratégie régionale plus large. Des responsables des Émirats arabes unis, dont le ministre du Commerce Thani Al Zeyoudi, ont souligné le potentiel de la Syrie à jouer un rôle de catalyseur pour la reprise au Moyen-Orient. D’autres investissements majeurs sont déjà en cours, tels que la modernisation du port de Tartous par DP World, d’un montant de 800 millions de dollars, et l’acquisition par AD Ports Group d’une participation dans le terminal de Lattaquié.
Par ailleurs, la banque qatarie QNB faciliterait l’octroi de prêts s’élevant à plusieurs milliards pour des infrastructures énergétiques et aéronautiques, tandis que le groupe français TotalEnergies explore des opportunités dans le domaine de l’énergie offshore.
Risques
Cependant, cette initiative comporte des risques considérables. La Syrie se remet encore d’une guerre civile brutale qui s’est achevée en 2024 avec la chute du régime d’Assad, laissant le pays aux prises avec une extrême pauvreté, des tensions sectaires et l’insécurité alimentaire. Des experts comme Joshua Landis suggèrent que, bien que les États du Golfe souhaitent soustraire la Syrie à l’influence iranienne, la création de biens immobiliers de luxe pourrait susciter du ressentiment au sein d’une population qui a désespérément besoin de logements de base.
En réponse à ces préoccupations sociales, Alabbar propose des modèles de financement de logements abordables, tels que la consécration d’une partie du projet à des logements à bas prix ou l’affectation d’une commission prélevée sur chaque vente de bien de luxe à un fonds de reconstruction destiné aux plus démunis. L’ancien vice-Premier ministre syrien Abdallah Al Dardari a souligné que le pays avait besoin de centaines de milliers de logements abordables chaque année.
Malgré l’instabilité sécuritaire persistante et les attentats occasionnels dans la capitale, Alabbar reste fidèle à son calendrier et entretient une communication fréquente avec le président al-Sharaa et les ministres du gouvernement. Il considère cette instabilité comme un risque gérable, inhérent à toute activité au Moyen-Orient, et parie que l’attrait du retour des expatriés syriens et la relance du tourisme l’emporteront sur les dangers. (fc)
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

