Grève du personnel de la chaîne publique tchèque contre les changements de financement


Principaux renseignements

  • Les employés de la chaîne publique tchèque se mettent en grève pour s’opposer aux changements proposés par le gouvernement en matière de financement.
  • Le remplacement de la redevance par le budget de l’État menace l’indépendance éditoriale et des centaines d’emplois.
  • Les journalistes craignent que ce changement financier ne permette un contrôle politique sur la source d’information la plus fiable du pays.

Les employés de la chaîne publique tchèque ont entamé une grève lundi. C’est pour exprimer leur opposition aux changements proposés en matière de financement par le gouvernement de droite d’Andrej Babiš. Des centaines de membres du personnel y participent. Cependant, Jan Moláček, journaliste de télévision et membre du comité de grève, a souligné qu’ils avaient l’intention de maintenir un certain niveau d’accès à l’information pour le public. Les citoyens ne sont pas responsables de ce conflit. De Volkskrant rapporte ça.

Projet de modification du financement

Le gouvernement actuel, composé du parti populiste ANO d’Andrej Babiš et de deux partenaires d’extrême droite, cherche à remplacer le système actuel de redevance par un financement direct issu du budget de l’État. Actuellement, les ménages et les entreprises versent une somme mensuelle, environ 8,50 euros pour les particuliers, qui est directement reversée au radiodiffuseur. Le gouvernement a l’intention de finaliser cette transition d’ici le 1ᵉʳ janvier 2027, une fois que la proposition aura été adoptée par le Parlement et signée par le président.

Justification du gouvernement et risques économiques

Le Premier ministre Babiš défend cette mesure en affirmant que la redevance forfaitaire est injuste pour les personnes à faibles revenus et impopulaire auprès du public. Cependant, son projet entraînerait probablement une baisse de 15 pour cent des recettes. Ça pourrait se traduire par la suppression de 300 à 500 emplois sur un effectif total de 2 900 personnes. Babiš fait valoir que de tels modèles de financement sont courants dans d’autres pays européens. Il insiste sur le fait qu’il n’y a aucune intention de compromettre l’autonomie du diffuseur.

Inquiétudes concernant la liberté de la presse

À l’inverse, les journalistes y voient une attaque délibérée contre la liberté de la presse. Moláček fait valoir que le système actuel a préservé l’indépendance éditoriale depuis la fin du communisme en 1989. Il met en garde contre le fait que la nouvelle proposition ne prévoit pas les protections juridiques existant dans d’autres pays. Il estime que le véritable objectif est d’exercer un contrôle politique sur la couverture de l’actualité.

Cette tension s’inscrit dans un climat plus général d’agitation en République tchèque. Des manifestations massives ont récemment eu lieu pour lutter contre l’érosion de la démocratie et les tendances pro-russes perçues du gouvernement. Babiš lui-même a des antécédents conflictuels avec les médias. Il critique fréquemment les journalistes qui traitent de son empire commercial et de ses conflits d’intérêts potentiels.

Avertissements internationaux

Reporters sans frontières (RSF) a souligné la gravité de la situation. Il recense treize agressions publiques contre la presse depuis décembre. Pavol Szalai, de RSF, a qualifié ces changements de financement de « chantage économique », suggérant que le contrôle du gouvernement sur les finances conduit inévitablement à une ingérence politique.

Une institution de confiance menacée

Malgré ces pressions, la chaîne publique reste très bien considérée : une étude de l’Institut Reuters de 2025 montre qu’elle est la source médiatique la plus fiable du pays, plébiscitée par 59 pour cent de la population. Alors que d’autres pays d’Europe centrale comme la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie ont vu leurs médias publics pris d’assaut par les populistes, la chaîne tchèque était restée un cas à part en matière d’indépendance, un statut que Moláček craint de voir désormais menacé de manière immédiate.

(mv)

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