Procureur général de l’UE : la lutte contre la corruption se heurte à une résistance interne


Principaux renseignements

  • Le Parquet européen (EPPO) se heurte à une forte résistance interne de la part des institutions de l’UE lorsqu’il enquête sur des affaires de fraude et de corruption.
  • En raison d’une lutte contre la fraude faible au sein de l’UE, des milliards d’euros de crimes financiers passent inaperçus, révélant un problème structurel.
  • Le manque de ressources et la désinformation compliquent le travail de l’EPPO contre la fraude et la corruption dans l’UE.

L’Europe est confrontée à un défi de taille dans la lutte contre la fraude et la corruption. La procureure générale du continent, Laura Kövesi, estime que si la création d’un procureur indépendant a constitué un obstacle, le véritable obstacle réside dans la réticence des institutions européennes à soutenir pleinement ses efforts. Elle le dit dans une interview accordée à Euractiv.

Résistance interne

Kövesi, qui a récemment achevé son mandat de six ans, a supervisé l’ouverture de plus de 3 600 dossiers et le gel de plus d’un milliard d’euros provenant d’organisations criminelles. Malgré ces succès, elle s’est heurtée à une résistance au sein même du système de l’UE. Par exemple, un haut fonctionnaire de la Commission européenne a un jour exhorté Kövesi à minimiser l’ampleur de la corruption mise au jour par son bureau.

Kövesi a fermement rejeté cette demande, soulignant l’indépendance de son bureau et son mandat d’enquêter sur toutes les affaires. Cet incident illustre le problème central auquel Kövesi a été confrontée : les systèmes institutionnels au sein de l’UE entravent souvent un contrôle efficace.

Mécanismes insuffisants

Bien qu’il existe de nombreux organismes chargés de prévenir la fraude et de contrôler les dépenses, Kövesi estime que ces mécanismes sont insuffisants dans la pratique. Son rapport annuel, qui estimait à 67 milliards d’euros le montant des fraudes et des crimes financiers présumés, rappelle de manière frappante l’ampleur du problème.

Les limites du système sont particulièrement évidentes en Grèce, où les règles constitutionnelles protègent les politiciens de tout contrôle. Malgré les éloges reçus pour avoir poursuivi des affaires de corruption, le Parquet européen (EPPO) s’est heurté à des obstacles juridiques l’empêchant de mener des enquêtes approfondies sur des actes répréhensibles présumés commis par des personnalités politiques.

Batailles juridiques

Kövesi a également dû faire face à l’opposition de la Cour des comptes européenne (CCE), qui s’est opposée à l’examen par le parquet en invoquant l’immunité. Cela a conduit Kövesi à engager une action en justice contre la CCE, soulignant le principe selon lequel aucune institution ne devrait être au-dessus des lois.

De plus, le Parquet européen est confronté à des contraintes chroniques en matière de ressources dans toute l’UE. Malgré la prévalence de la fraude douanière et à la TVA en Belgique, le bureau de Mme Kövesi n’a initialement reçu que deux procureurs délégués au lieu des huit demandés. Ce manque de soutien de la part des États membres prolonge les enquêtes et nuit à leur efficacité.

Campagnes de désinformation

Kövesi a également abordé le problème croissant des campagnes de désinformation visant des enquêtes très médiatisées. Bien que moins violentes que les intimidations qu’elle a subies en Roumanie, ces attaques modernes visent à discréditer les procureurs alors qu’ils sont tenus au secret professionnel.

Face à la résistance sur plusieurs fronts, Kövesi n’a cessé de faire entendre sa voix. Elle a écrit à la Commission, a fait part publiquement de ses préoccupations lors d’auditions parlementaires et dans les médias, et a même menacé d’intenter une action en justice contre l’institution même chargée de soutenir son bureau.

Appels à l’action

Kövesi fait valoir que la réponse de l’UE consiste souvent en des rapports, des audits et des études qui n’apportent que peu de changements tangibles. Elle critique la tendance à privilégier des processus internes interminables plutôt que des mesures concrètes pour s’attaquer aux problèmes systémiques qui entravent la lutte contre la fraude et la corruption.

En fin de compte, le mandat de Kövesi met en évidence les défis complexes liés à la mise en œuvre de la responsabilité au sein de l’UE. Si elle laisse derrière elle un bilan positif en matière de détection et de poursuite des crimes financiers, son expérience souligne la nécessité d’un soutien institutionnel plus solide et d’un engagement en faveur de la transparence et de la justice à tous les niveaux.

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