Principaux renseignements
- Le Japon prévoit de déployer des systèmes de missiles sol-air sur l’île de Yonaguni d’ici cinq ans afin de contrer l’activité militaire chinoise en mer de Chine orientale.
- Cette décision marque un durcissement de la position du Japon envers la Chine, en particulier en ce qui concerne Taïwan.
- La Chine demeure le principal partenaire économique du Japon, ce qui rend l’arbitrage entre les intérêts militaires et la stabilité économique particulièrement délicat.
Le ministre japonais de la Défense, Shinjirō Koizumi, a récemment annoncé le déploiement de missiles sol-air sur l’île de Yonaguni d’ici cinq ans. Cette décision s’inscrit dans une posture plus assertive du Japon face à la Chine. Le commentateur politique Einar Tangen a déclaré à Al Jazeera que les tensions régionales allaient encore s’intensifier selon les prévisions.
Importance stratégique de Yonaguni
L’île de Yonaguni, située à environ 110 kilomètres à l’est de Taïwan, sert de avant-poste stratégique au Japon en raison de sa proximité avec le territoire contesté. L’île fait partie de la chaîne des Ryukyu et a connu un développement accru de ses infrastructures militaires ces dernières années. Si des plans visant à renforcer les défenses de Yonaguni ont été annoncés en 2022, c’est la première fois qu’une date limite concrète est fixée pour le déploiement.
Escalade des tensions avec la Chine
Cette décision fait suite aux déclarations controversées de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi en novembre dernier, suggérant la volonté du Japon d’intervenir militairement en cas de crise à Taïwan. Ce revirement par rapport à l’ambiguïté de longue date du Japon sur la question a encore tendu les relations avec la Chine, qui considère Taïwan comme une partie intégrante de son territoire. Pékin a réagi par des condamnations et des mesures économiques visant le Japon.
Certains analystes perçoivent ce déploiement de missiles comme s’inscrivant dans une tendance plus large initiée sous le mandat de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe. La réinterprétation controversée de la constitution pacifiste du Japon par Abe en 2014 a permis une autodéfense collective limitée, élargissant ainsi le rôle des Forces d’autodéfense japonaises. Les mesures prises par la suite, notamment la surveillance côtière à Yonaguni et le déploiement de missiles sur l’île d’Ishigaki, ont progressivement réorienté les priorités du Japon en matière de défense vers la lutte contre l’activité militaire chinoise en mer de Chine orientale.
Le moment choisi par le Japon pour faire cette annonce est significatif, car il coïncide avec une fenêtre d’opportunité qui semble se réduire pour renforcer ses capacités militaires sans conséquences graves. Les experts suggèrent que les capacités croissantes de la Chine obligent le Japon à prendre des mesures décisives pour établir des positions avancées avant que sa capacité à le faire ne diminue. En outre, la pression exercée par les États-Unis sur leurs alliés pour qu’ils assument une plus grande responsabilité en matière de sécurité régionale a probablement influencé la décision du Japon.
Réaction attendue de la Chine
Pékin a déjà restreint les exportations vers vingt entreprises japonaises impliquées dans la « remilitarisation », et d’autres sanctions visant les secteurs civils, susceptibles d’avoir un impact sur des industries cruciales telles que la construction automobile, ne sont pas exclues.
L’interdépendance complexe entre le Japon et la Chine complique la situation. Malgré les tensions croissantes, la Chine reste le premier partenaire commercial du Japon, représentant une part importante de ses exportations et importations. En fin de compte, Tokyo pourrait être confronté à un choix difficile entre le maintien de ses liens économiques avec Pékin et la poursuite de ses objectifs en matière de sécurité.
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