Principaux renseignements
- Poussés par la peur de passer à côté (FOMO) et leur soif de rendements élevés, les investisseurs particuliers coréens investissent de plus en plus dans les ETF à effet de levier, malgré les risques associés.
- Les ETF à effet de levier contribuent de manière disproportionnée au volume des transactions sur les ETF en Corée, ce qui témoigne de leur popularité croissante auprès des investisseurs individuels.
- Le gouvernement sud-coréen encourage activement les investissements sur le marché boursier national par le biais de politiques visant à rapatrier les fonds étrangers et à promouvoir les ETF sur des actions de premier ordre.
Dans la ville animée de Séoul, les publicités pour les fonds négociés en bourse (ETF), en particulier ceux à effet de levier, sont omniprésentes. Les investisseurs particuliers, surnommés « fourmis », sont de plus en plus attirés par ces instruments financiers complexes, désireux de tirer profit de la croissance impressionnante du marché boursier coréen après avoir manqué la hausse de 76 pour cent de l’année dernière.
Risques et préoccupations
Les ETF à effet de levier boostent les gains, mais font de même avec les pertes. Cette caractéristique pousse certains analystes à se demander si les investisseurs particuliers mesurent réellement les risques encourus. Selon ces experts, la tendance actuelle est davantage dictée par la peur de rater le coche (le fameux syndrome FOMO) que par une véritable stratégie de gestion. Un haut fonctionnaire tente de rassurer en soulignant l’expérience acquise par les Coréens sur les marchés américains, mais les doutes persistent.
Les chiffres confirment que les investisseurs particuliers apportent une nouvelle dynamique à l’économie sud-coréenne. Depuis début 2023, ils ont injecté 6 300 milliards de wons (environ 3,7 milliards d’euros) dans des actions locales et 13 000 milliards de wons (environ 7,64 milliards d’euros) dans des ETF coréens. Cet afflux a largement soutenu l’indice Kospi, en hausse de 35 pour cent cette année. Bien que ces produits risqués ne représentent qu’une fraction du capital total, ils pèsent pour près d’un cinquième des échanges sur la bourse coréenne.
Encouragement du gouvernement
Le gouvernement a activement soutenu ce retour vers les placements locaux. Il incite les citoyens à ramener leur argent des bourses mondiales pour l’investir dans des actions plutôt que dans l’immobilier, devenu inaccessible pour beaucoup de Coréens suite à l’explosion des prix. Cette volonté se traduit concrètement par l’autorisation prochaine d’ETF « leveraged single-stock ». Ce sont des fonds spéciaux qui permettent de miser avec un effet multiplicateur (un levier) sur le cours d’une seule entreprise spécifique. Ces fonds cibleront des « blue chips », c’est-à-dire des champions nationaux solides et reconnus tels que les géants technologiques Samsung et SK Hynix.
Park Sun-hong, un homme d’affaires de 45 ans, illustre cet enthousiasme. Il a vendu la moitié de ses actions américaines pour investir dans un ETF Kospi à effet de levier, un produit qui suit les performances de la bourse coréenne avec une vitesse accélérée. Il indique vouloir investir prochainement dans un potentiel ETF Samsung utilisant cette même stratégie dès qu’il sera disponible.
Succès et croissance du marché
Le succès du plan du gouvernement est visible à travers l’explosion du nombre de comptes de placement. Le mois dernier, on a dépassé les 100 millions de comptes, ce qui signifie que chaque Coréen en possède en moyenne deux. L’argent mis de côté pour acheter des actions a atteint le record de 103 000 milliards de wons (environ 60,5 milliards d’euros). De plus, les sommes empruntées par les particuliers pour spéculer plus gros en bourse n’ont jamais été aussi élevées.
Le président Lee Jae-myung rend le marché plus séduisant en changeant les règles de gestion des entreprises. Grâce à cette politique, il veut augmenter la valeur des actions coréennes, car elles valaient autrefois moins que celles des entreprises étrangères. Son gouvernement veut aussi renforcer la monnaie nationale, le won, face au dollar. Pour cela, il offre des avantages fiscaux aux personnes qui ramènent au pays l’argent gagné avec leurs actions à l’étranger.
En plus des actions du gouvernement, la forte demande mondiale de puces électroniques joue un rôle important. Comme il y a beaucoup d’argent disponible partout dans le monde pour investir, le marché coréen attire les regards. Il semble en effet plus intéressant actuellement que celui des États-Unis. (fc)
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