Principaux renseignements
- Le président Donald Trump veut ouvrir les réserves pétrolières du Venezuela aux entreprises américaines pour stimuler la production intérieure et réduire les coûts pour les consommateurs.
- La reconstruction des infrastructures pétrolières délabrées du Venezuela nécessite environ 100 milliards de dollars (environ de 84 milliards d’euros) d’investissements risqués de la part des entreprises américaines.
- Le manque de sécurité et les expropriations passées empêchent les entreprises pétrolières américaines d’investir.
Le président Donald Trump a exprimé son intention de se rendre au Venezuela après avoir supervisé la destitution de l’ancien président Nicolás Maduro le mois dernier. C’est ce que rapporte BBC. Cette annonce fait suite au récent voyage du secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, qui visait à évaluer la viabilité de la réouverture du secteur pétrolier vénézuélien aux entreprises américaines, une initiative facilitée par l’adoption par l’Assemblée nationale vénézuélienne d’une loi autorisant les investissements privés et étrangers dans son industrie pétrolière.
Opportunités
Trump y voit une opportunité économique majeure pour les États-Unis, prévoyant une augmentation substantielle de la production pétrolière. Cependant, les experts s’interrogent sur la pertinence économique de cette décision pour les entreprises américaines. William Jackson, économiste chez Capital Economics, suggère que Trump vise à relancer le secteur pétrolier vénézuélien, en augmentant l’offre et en réduisant les coûts pour les consommateurs, tout en finançant potentiellement les efforts de reconstruction d’un gouvernement vénézuélien pro-américain.
Cependant, d’importants défis pratiques subsistent. La compagnie pétrolière nationale vénézuélienne, PDVSA, a été gravement appauvrie par des années de mauvaise gestion et d’exploitation des ressources par les gouvernements précédents. Si les sanctions ont joué un rôle dans ce déclin, le problème principal réside dans le manque d’investissements pour maintenir les niveaux de production. Monica de Bolle, chercheuse au Peterson Institute for International Economics, souligne la situation désastreuse de PDVSA, affirmant qu’elle nécessite une reconstruction en profondeur, voire un remplacement complet, une option politiquement controversée compte tenu de son importance symbolique pour la souveraineté du Venezuela.
Besoins d’investissement
Trump a appelé les compagnies pétrolières américaines à investir la somme colossale de 100 milliards de dollars (environ 84 milliards d’euros) dans la restauration des infrastructures délabrées du Venezuela, condition préalable à toute augmentation significative de la production. Si le Venezuela dispose de réserves de pétrole estimées à des niveaux considérables, ses exportations en 2023 ont été nettement inférieures à celles de l’Arabie saoudite, ce qui soulève des questions quant à l’étendue réelle et à l’accessibilité de ces réserves.
De plus, le pétrole brut vénézuélien est de qualité inférieure à celui de l’Arabie saoudite, ce qui pose des défis supplémentaires en matière de raffinage. Si les analystes estiment que l’impact sur les exportations pétrolières du Canada serait minime, la faisabilité globale d’une reprise vénézuélienne reste incertaine.
Manque de sécurité
L’exode de près de huit millions de Vénézuéliens à la recherche de meilleures opportunités a exacerbé la situation, notamment en entraînant la perte d’ingénieurs qualifiés essentiels au maintien des infrastructures pétrolières. Thomas Watters, expert chez S&P Global Ratings, souligne que si les entreprises américaines ont la capacité de revitaliser le secteur pétrolier vénézuélien, la viabilité économique est primordiale.
Les expériences passées en matière d’expropriation pèsent également lourdement sur les compagnies pétrolières américaines. ExxonMobil et ConocoPhillips ont été confrontées à des saisies d’actifs en 2007 après avoir refusé la demande de PDVSA d’obtenir le contrôle majoritaire. Bien qu’elles aient obtenu des dommages-intérêts substantiels devant les tribunaux internationaux, ces indemnités restent impayées, ce qui alimente les craintes des investisseurs.
Doute
L’absence de garanties de sécurité de la part de l’administration Trump aggrave encore ces préoccupations, car les groupes paramilitaires sanctionnés par l’État constituent une menace constante. Sans incitations plus fortes, les compagnies pétrolières sont peu susceptibles de se lancer dans une entreprise aussi coûteuse. Cette réticence se reflète dans l’évaluation du PDG d’ExxonMobil, Darren Woods, qui estime que le Venezuela n’est « pas investissable » dans son état actuel.
Selon de Bolle, qui critique la « vision impérialiste » de son administration à l’égard de l’Amérique latine, l’approche de Trump manque des incitations nécessaires pour attirer les investissements. Elle estime que la réticence du secteur privé constitue une précieuse protection contre une telle exploitation des ressources.
L’impact potentiel d’une augmentation de la production pétrolière vénézuélienne sur les prix mondiaux reste incertain. Les analystes soulignent le contexte géopolitique fluide et complexe qui entoure le Venezuela, mettant en garde contre toute prédiction définitive.
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