Principaux renseignements
- Le directeur du Mécanisme européen de stabilité propose d’utiliser le fonds de 430 milliards d’euros pour financer les dépenses de défense des pays de la zone euro.
- Ce plan vise à alléger la charge financière des pays qui, en raison des tensions géopolitiques, sont confrontés à une augmentation de leurs dépenses de défense.
- La proposition de Gramegna transforme le MES d’un fonds de crise en un instrument de sécurité collective européenne en réponse à l’agression russe.
Pierre Gramegna, directeur général du Mécanisme européen de stabilité (MES), a une nouvelle idée. Il souhaite utiliser les ressources de l’organisation, soit plus de 430 milliards d’euros, pour financer les dépenses de défense dans la zone euro, rapporte Reuters. Avec plus de 430 milliards d’euros à sa disposition, le MES fonctionne traditionnellement comme un fonds de crise qui apporte un soutien financier aux économies de la zone euro en difficulté.
Cependant, compte tenu des tensions géopolitiques croissantes et de l’augmentation des dépenses de défense, Gramegna propose de réaffecter ces ressources. Il prévoit l’extension des lignes de crédit spécifiquement destinées à la défense, en supprimant les conditions strictes de réforme économique généralement associées aux prêts du MES.
Allègement de la pression sur budgets nationaux
Ce changement vise à alléger la pression sur les budgets nationaux, en particulier pour les petits États de la zone euro confrontés à une augmentation significative des coûts de défense. Gramegna souligne l’importance stratégique d’utiliser tout le potentiel du MES dans le contexte géopolitique actuel. Il met en évidence le malaise croissant au sein de l’Europe concernant ses relations avec les États-Unis, alimenté par la politique étrangère affirmée et les mesures protectionnistes du président Trump.
Transformer fonds de crise
Cette proposition revêt une importance symbolique, car elle transforme un fonds de crise en un mécanisme visant à renforcer les capacités de défense européennes. La participation du MES signifierait un effort collectif pour répondre aux préoccupations en matière de sécurité face à l’agression russe. Bien que le mandat du MES ne mentionne pas explicitement la défense, Gramegna estime que l’approbation des États membres pourrait ouvrir la voie à cette utilisation innovante du fonds.
Urgence d’un renforcement de la défense européenne
L’urgence de renforcer les mesures de défense européennes s’est intensifiée depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine qui a suivi en 2022. Les menaces de sanctions commerciales proférées par Trump à l’encontre des pays refusant de renoncer à leurs revendications territoriales soulignent encore davantage la nécessité pour l’Europe de rechercher d’autres solutions en matière de sécurité.
La proposition de Gramegna fait écho à une suggestion antérieure de l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta. Il avait plaidé en faveur d’une « ligne de soutien à la défense » avec des prêts à faible taux d’intérêt, pouvant atteindre 2 pour cent du PIB d’un pays. L’aide d’urgence de 240 milliards d’euros accordée par le MES dans le cadre de la crise pandémique sert de précédent. Ce dispositif était destiné à soutenir les dépenses de santé.
Soutien aux États baltes
Les États baltes comme la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie devraient bénéficier considérablement d’un tel soutien. Ces pays ont considérablement augmenté leurs dépenses de défense depuis l’invasion russe en Ukraine, atteignant environ 5 pour cent de leur PIB. Ils sont confrontés à une pression financière considérable en raison des emprunts importants contractés pour financer ces dépenses.
Le soutien du MES serait similaire au mécanisme de prêt SAFE de l’UE pour les projets de défense. Dans ce cadre, l’UE emprunte des fonds collectivement et les prête au prix coûtant aux États membres. Cette approche pourrait apporter un soulagement crucial aux pays limitrophes de la Russie et de la Biélorussie, qui ont connu une recrudescence des actes de sabotage attribués à la Russie. (jv)
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