Le terme « robotaxi » sera-t-il le mot-clé de 2026 ? La course mondiale au lancement de services commerciaux de robotaxis s’accélère rapidement, d’autant plus que plusieurs grands acteurs du secteur ont annoncé qu’ils prévoient de déployer ces services dès l’année prochaine dans de nombreuses villes européennes et américaines. Selon les experts, cette évolution pourrait représenter l’une des plus grandes révolutions de l’histoire de la mobilité. Il n’existe donc pas de meilleur moment pour examiner de près la technologie qui rend ce succès possible.
Bien que le déploiement à grande échelle reste à venir, les bases sont déjà posées. Des services de taxis autonomes fonctionnent déjà dans quelques villes américaines, comme San Francisco ou Austin, au Texas. Ces premières opérations fournissent des données d’une valeur inestimable et constituent le fondement du déploiement massif attendu dans les années à venir.
L’un des projets les plus attendus est un partenariat d’envergure qui prépare une flotte de fourgonnettes entièrement électriques et autonomes, avec pour objectif de lancer un service de ride-pooling à Hambourg dès le début de 2026.
Disponibilité permanente
Il est déjà clair que les robotaxis ont un immense potentiel. L’absence de chauffeur permet de réduire considérablement les coûts d’exploitation — même si des investissements technologiques majeurs restent nécessaires. On estime que les consommateurs ne commenceront réellement à payer moins pour une course en robotaxi qu’à partir de 2030.
Les véhicules autonomes (AV) — comme on les appelle souvent — ne tombent jamais malades et n’ont pas besoin de pauses, de vacances ou de temps de repos. Les robotaxis peuvent donc fonctionner toute l’année, jour et nuit, sauf lorsqu’ils doivent recharger, ravitailler ou passer en maintenance. Si certains débats persistent, une étude récente publiée dans *Nature* montre que les AV sont impliqués dans moins d’accidents que les conducteurs humains, sauf dans des conditions de faible luminosité ou sur des routes fortement sinueuses. Ils sont donc moins souvent immobilisés en atelier, ce qui augmente encore leur disponibilité.
La route vers 2026 comporte néanmoins des obstacles. Outre les défis technologiques liés à la navigation dans des environnements urbains complexes, les gestionnaires de flotte doivent affronter une réglementation exigeante ainsi que la tâche cruciale de gagner la confiance du public. Obtenir l’autorisation des municipalités et convaincre les passagers de monter pour la première fois dans un véhicule sans chauffeur représentent encore deux freins majeurs à une adoption généralisée.
Télématique : visibilité opérationnelle essentielle
Un robotaxi n’est pas seulement un concept innovant, mais également un concentré de technologie. La technologie qui permet au véhicule de se déplacer de manière autonome et sécurisée en ville est évidemment cruciale, mais la télématique joue un rôle tout aussi important en tant que véritable centre opérationnel. Elle constitue le lien numérique permettant à un centre de contrôle de surveiller presque en temps réel l’état de chaque véhicule : localisation, performances, diagnostics.
Comme aucun conducteur n’est présent pour vérifier les alertes, écouter d’éventuels bruits suspects ou valider un itinéraire, l’accès à des données approfondies sur le véhicule devient essentiel. Grâce à une connectivité permanente, les systèmes télématiques avancés peuvent collecter et transmettre en continu les données opérationnelles et diagnostiques vers un centre de contrôle pour analyse. Cela fournit aux opérateurs des informations cruciales en direct, telles que l’état du véhicule ou les conditions de conduite.
Bien plus qu’un simple planificateur d’itinéraire
Un système de conduite autonome (ADS) planifie et exécute les trajets à l’aide des capteurs embarqués, des cartes disponibles et des logiciels et services cloud de l’opérateur. Contrairement aux taxis traditionnels, qui reposent sur l’expérience du conducteur, un ADS utilise sa perception, ses cartes et les données de trafic pour calculer des itinéraires efficaces. Les données opérationnelles dérivées de la télématique — par exemple l’état de la flotte ou la disponibilité des bornes de recharge — permettent des décisions à l’échelle du parc. Cette optimisation devient encore plus performante lorsque les données télématiques et opérationnelles de l’ensemble de la flotte sont analysées par le centre de contrôle afin d’identifier des tendances globales qui contribuent à réduire les congestions et à maximiser l’efficacité.
La télématique ne se limite pas à la visibilité opérationnelle. Comme les véhicules électriques constituent l’épine dorsale de nombreuses flottes autonomes, les exploitants s’appuient sur les données télématiques pour une gestion optimale des batteries, en surveillant attentivement le niveau de charge et l’autonomie afin de garantir un déploiement efficace et de minimiser les temps d’immobilisation. Tout aussi essentielle est la surveillance à distance de la santé du véhicule. Grâce à la télématique, les robotaxis peuvent transmettre eux-mêmes une multitude d’informations, du diagnostique à l’usure des freins. Alors que l’ADS garantit une conduite fluide et optimisée, les données télématiques fournissent une preuve objective, réduisant ainsi l’usure des composants. Ce suivi numérique continu permet aux opérateurs d’effectuer une maintenance proactive basée sur les données réelles d’utilisation, ce qui diminue les pannes inattendues et prolonge la durée de vie des véhicules.
En exploitant les données de chaque trajet, cycle de batterie et contrôle système, les opérateurs peuvent, grâce à la télématique, gérer une flotte plus sûre, plus durable et plus fiable — le tout sans conducteur derrière le volant.
Impact imprévisible
Si la tendance actuelle se poursuit, nous verrons apparaître de plus en plus de robotaxis dans les grandes villes du monde dans les années à venir. Les prévisions des analystes concernant le chiffre d’affaires du secteur — passant de 1,7 milliard de dollars en 2022 à 118,6 milliards en 2031 — attireront sans aucun doute de nouveaux acteurs, entraînant une hausse de l’offre et une baisse des prix. L’impact que cela aura sur notre manière de nous déplacer reste incertain, mais le potentiel est immense.
Cette technologie n’offre pas seulement une nouvelle façon de se déplacer, elle pourrait également contribuer à la création de villes plus intelligentes. Les vastes jeux de données générés par ces flottes peuvent fournir des informations précieuses aux urbanistes, en les aidant à identifier les zones de congestion et à orienter la conception des infrastructures futures. Une chose est certaine : les systèmes autonomes, les plateformes de gestion robustes et la télématique avancée seront au cœur de l’interprétation et de l’exploitation des données opérationnelles à grande échelle.
Ralf Urlings, Partner Account Manager chez Geotab

