Principaux renseignements
- L’Allemagne investira jusqu’en 2029 500 milliards d’euros dans ses forces armées, un montant qui changera considérablement les rapports de force en Europe.
- La France s’inquiète d’être potentiellement éclipsée sur les plans militaire et industriel par une Allemagne réarmée.
- Tout en saluant l’engagement de l’Allemagne en matière de défense, les autres nations européennes s’interrogent sur les conséquences potentielles du rôle croissant de l’Allemagne sur le continent.
Si l’engagement de l’Allemagne à dépasser les objectifs de dépenses de défense de l’OTAN en investissant plus de 500 milliards d’euros dans ses forces armées d’ici 2029 est salué, certaines capitales européennes restent préoccupées par la résurgence de la domination militaire allemande. Ce malaise est accentué par la popularité croissante d’un parti nationaliste d’extrême droite en Allemagne, qui soulève des questions sur la stabilité future d’un gouvernement pro-européen.
Inquiétude française face à la diminution de son influence
La France, qui possède l’une des armées les plus puissantes d’Europe et la seule capacité nucléaire indigène, est confrontée à une réaction complexe face au réarmement de l’Allemagne. Elle se réjouit que l’Allemagne contribue enfin davantage à la défense, mais s’inquiète également de l’ombre que pourraient faire peser les immenses capacités financières de l’Allemagne sur l’industrie de défense française.
Les responsables français expriment un sentiment général de malaise face à la puissance militaire croissante de l’Allemagne et à l’influence politique qui l’accompagne. Ils craignent d’être marginalisés à mesure que l’Allemagne s’affirme sur la scène européenne. Ce sentiment est exacerbé par les vulnérabilités internes de la France, qui sont perçues comme affaiblissant son influence géopolitique
Claudia Major, du German Marshall Fund, souligne que l’Allemagne s’est historiquement contentée d’un rôle secondaire en politique malgré sa puissance économique. Cependant, le fait que l’Allemagne assume désormais un leadership à la fois économique et militaire perturbe l’équilibre établi et crée des tensions pour la France. Elle suggère que les inquiétudes françaises reflètent davantage leurs propres défis internes que des intentions intrinsèquement agressives de la part de l’Allemagne.
Dépenses de défense sans précédent
Les dépenses de défense accélérées de l’Allemagne, facilitées par l’assouplissement des limites d’emprunt, dépassent celles de la plupart des autres pays européens. Si des pays comme la Pologne et les États nordiques augmentent également leurs investissements militaires, rares sont ceux qui peuvent rivaliser avec l’Allemagne en termes d’ampleur et de rapidité. Les puissances européennes traditionnelles en matière de défense, comme la France, l’Italie et l’Espagne, n’ont pas la capacité budgétaire nécessaire pour procéder à une expansion similaire.
Malgré les inquiétudes, l’Allemagne met l’accent sur sa coordination étroite avec ses alliés et son intégration dans les cadres internationaux. Le secrétaire général de l’OTAN salue l’engagement de l’Allemagne en faveur de la sécurité collective, soulignant son leadership par l’exemple.
Tensions dans la coopération en matière de défense
Cependant, des tensions persistent dans certains domaines de la coopération en matière de défense. La France s’est sentie exclue de l’initiative allemande « European Sky Shield » pour la défense antimissile, et la décision ultérieure d’acheter des avions de combat F-35 fabriqués aux États-Unis plutôt que des alternatives européennes a exacerbé ces frustrations.
Le Future Combat Air System (FCAS), le projet de défense le plus ambitieux d’Europe, risque d’échouer en raison de désaccords entre les partenaires industriels français et allemands sur la répartition des parts de production.
Rôle croissant de l’Allemagne en Europe et au sein de l’OTAN
Le renforcement des capacités militaires de l’Allemagne lui confère une influence accrue au sein de l’Union Européenne et de l’OTAN. Les propositions visant à accroître le rôle de l’Agence européenne de défense et les suggestions légères concernant un futur commandant suprême allié européen allemand soulignent ce changement dans la dynamique du pouvoir.
La Pologne, tout en observant de près l’ascension de l’Allemagne, se montre plus préoccupée par la réticence allemande à s’armer que par la menace potentielle que représente la Bundeswehr.
L’Allemagne est bien placée sur le plan industriel et économique pour fournir des « facilitateurs stratégiques » essentiels tels que la défense aérienne et antimissile, le renseignement spatial et la logistique, des capacités qui dépendent actuellement fortement des États-Unis. Les généraux allemands au sein de l’OTAN soulignent l’importance de la collaboration avec les principaux alliés européens pour accélérer le développement et la mise à disposition de ces ressources essentielles.
Politique intérieure
Cependant, le paysage politique intérieur allemand suscite des inquiétudes en Europe. La popularité croissante du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne soulève des inquiétudes quant aux conséquences potentielles d’une prise de contrôle du gouvernement, ce qui suscite des inquiétudes quant à l’orientation future de la puissance militaire allemande. (fc)
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici!

