Francken (N-VA) souhaite une coopération de l’OTAN autour du Groenland : « Les divisions font le jeu de la Russie »


Principaux renseignements

  • Le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) souhaite que l’OTAN agisse de manière concertée autour du Groenland afin d’éviter que les divisions ne profitent à la Russie.
  • Donald Trump garde le Groenland dans son viseur et le qualifie d’important sur le plan psychologique pour les États-Unis.
  • La Belgique est confrontée à des choix difficiles entre solidarité stratégique et coûts élevés de défense.

Le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) a déclaré dans une récente interview accordée à VTM NIEUWS que la Belgique souhaitait participer à une initiative visant à mieux protéger le Groenland contre l’influence russe et chinoise.

La raison est claire : président Donald Trump avait précédemment déclaré que les États-Unis pourraient envahir militairement le Groenland, craignant que la Russie ou la Chine n’y prennent pied. Lors de discussions avec les ambassadeurs américains en Belgique et à l’OTAN, Francken a souligné la nécessité d’une présence renforcée de l’OTAN, mais a ajouté qu’une intervention militaire au Groenland n’était pas une option : « Le Groenland n’est pas le Venezuela ou l’Iran. On ne peut pas y intervenir militairement, sinon cela finira très mal. »

Membres de l’OTAN pas toujours alignés

Francken voit une issue dans un renforcement de la présence de l’OTAN au Groenland et dans ses environs, ce qui permettrait de faire clairement comprendre à la Russie et à la Chine que la région fait partie de l’alliance. Il estime que cela est crucial pour la stabilité de la région arctique, qui prend de plus en plus d’importance sur le plan géopolitique en raison de la fonte des calottes polaires.

Mais cette ambition soulève d’importantes réserves. Les États membres de l’OTAN ont des objectifs stratégiques et des capacités financières différents, ce qui complique la prise de décision collective. La question du Groenland en est une parfaite illustration : Trump a fait savoir qu’il souhaitait éventuellement acheter le Groenland, voire l’annexer militairement, tandis que le Danemark et le Groenland s’y opposent farouchement, craignant pour l’autonomie de l’île et la survie de l’OTAN. Ce type de tensions montre que l’alliance reste vulnérable lorsque les intérêts nationaux ne sont pas totalement alignés.

La menace des États-Unis reste d’actualité. Dans une récente interview, président Donald Trump a souligné qu’il était « psychologiquement important » pour lui que les États-Unis aient une influence claire sur le Groenland et qu’il souhaitait éventuellement utiliser cette région comme base stratégique. Il a ajouté que la propriété de l’île offrait certains avantages que l’on ne pouvait obtenir uniquement par des accords. Bien qu’il ait déclaré que le déploiement de troupes américaines ne serait probablement pas nécessaire, il a laissé entendre que des renforts militaires pourraient être déployés si cela s’avérait nécessaire.

Dans quelle mesure la contribution de la Belgique est-elle réaliste ?

En outre, la question se pose de savoir si la Belgique est économiquement en mesure de respecter ses engagements. Le budget de la défense est mesuré en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), et les récentes perspectives économiques montrent que la Belgique pourra investir moins que prévu initialement dans les années à venir. Les investissements prévus dans le domaine de la défense diminueront de 83 millions d’euros d’ici 2029 en raison d’une croissance économique plus lente que prévu.

Il y a quelques mois, l’économiste Gert Peersman a averti dans une interview accordée à la VRT que l’objectif de l’OTAN de consacrer 5 pour cent du PIB à la défense – soit environ 6 000 euros par ménage et par an – n’était guère réaliste, surtout dans un pays fortement endetté et confronté au vieillissement de sa population. Même une norme ajustée de 3,5 pour cent pour la « défense dure » plus 1,5 pour cent pour les infrastructures reste une charge importante pour le contribuable belge.

Le projet de protection du Groenland semble logique sur le plan stratégique : l’alliance doit empêcher la Russie ou la Chine d’exercer une influence dans la région arctique, et la Belgique souhaite faire preuve de solidarité. Dans la pratique, cependant, cette initiative est mise à mal par les tensions internes au sein de l’OTAN, les contraintes économiques et les conséquences financières pour les citoyens. La Belgique ne peut contribuer que si elle utilise ses ressources avec prudence, mais il n’est pas certain qu’une présence renforcée de l’OTAN au Groenland et dans ses environs se concrétise, ni quelle sera son efficacité.

« Car alors Poutine boira du champagne à Moscou »

Le dossier du Groenland est donc non seulement un test pour les équilibres géopolitiques dans la région arctique, mais aussi pour la cohérence interne de l’OTAN et la volonté de la Belgique d’en supporter la charge financière. L’ambition politique se heurte ici à la réalité : la solidarité et la responsabilité internationale sont coûteuses et complexes, et la question est de savoir si la Belgique peut réellement payer ce prix sans faire d’importants sacrifices sociaux et économiques. Si les pays membres de l’OTAN ne sont pas sur la même longueur d’onde, le risque évoqué par le ministre Francken pourrait bien se concrétiser : « Travaillons ensemble et évitons de nous attaquer ou de nous critiquer publiquement, car alors Poutine boira du champagne à Moscou. »

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