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Bernard Rentier : ‘L’immunité collective ? On connait les personnes à risques, il faudrait de gros moyens pour les protéger’

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Crise du coronavirus

16/10/2020 | Redactie | 7 min de lecture

Nous avons interrogé Bernard Rentier, virologue et ex-recteur de l’Université de Liège, à propos de l’immunité collective. Un temps évoquée en Suède, cette stratégie ne semble désormais plus pertinente. L’OMS la rejette, mais le débat vit toujours. Nous sommes aussi revenus sur la polémique qui poursuit le Liégeois. Il faisait partie des ‘rassuristes’ avant que la 2e vague ne déferle sur le pays.

En août dernier, Bernard Rentier dénonçait des chiffres ‘alarmistes’ de Sciensano qui annonçaient ‘une deuxième vague qu’on ne voyait pas venir’. Aujourd’hui vivement critiqué pour des propos qui ont donné du grain à moudre à tous ceux qui minimisent l’importance de l’épidémie et les ravages qu’elle peut faire, le virologue tient à pondérer. ‘C’est l’affaire des hôpitaux. Les hôpitaux savent quelle est leur capacité et ils savent quand ça devient critique. Et quand ça devient critique, il faut alors évidemment prendre des mesures. Mais je ne crois pas non plus à la réalité pratique d’un confinement jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. Parce qu’alors : jusque quand ? Le confinement n’est jamais une solution politique. Ça peut être une solution momentanée à un problème de gestion sanitaire, mais politiquement et à long terme ce n’est pas réaliste, ce n’est pas possible. On ne peut pas mettre tout le monde en prison ! Ça ne va pas, ce n’est pas dans ce sens-là qu’il faut aller à mon avis. Il faut aller vers une éducation à la prise de précautions.’

Immunité collective : est-ce qu’il faut laisser les gens tomber malades ?

L’immunité collective, c’est un concept qui a été prôné en Suède, aux États-Unis, ou encore au Royaume-Uni où on a rapidement changé de stratégie au printemps dernier face au taux de mortalité qui ravageait l’Europe comme l’Amérique. Pourtant aujourd’hui, le discours revient au coeur des débats. Pendant que l’OMS affirme que ça n’a jamais, dans l’histoire, été une stratégie pour répondre à une épidémie, la Suède qui était prise en exemple déchante aussi face à la résurgence des cas. Mais pour Bernard Rentier, le coronavirus qu’on connaît aujourd’hui présente une particularité à prendre en considération. ‘Si on laisse faire les choses, il y aura un pourcentage de morts, des malades graves et parfois avec des conséquences qui peuvent durer. Ce n’est pas de la rigolade, c’est très sérieux. Mais on sait que ce virus-ci ne tue qu’une catégorie particulière de personnes qu’on appelle « à risques », c’est-à-dire des personnes qui ont un certain âge et/ou des maladies préalables comme le diabète. Quand le virus arrive chez ces gens déjà affaiblis, il crée un tel désordre chez sa victime que la réponse immunologique excessive tue le patient. Ce n’est pas le virus en lui-même qui tue le patient. Le virus endommage un certain nombre de choses, dans les voies respiratoires, etc. Mais il crée surtout une réponse immunitaire extrêmement violente chez certaines personnes. Mais chez la majorité des gens, la réponse immunitaire est classique : on se défend contre le virus et puis on est immunisé.’

Du coup, ne serait-ce pas un devoir citoyen de protéger les plus faibles en limitant les contaminations ? L’immunité collective ne serait-elle pas un scénario meurtrier pour toutes ces personnes qui réagissent plus violemment au nouveau Coronavirus ? ‘Absolument ! On ne peut en aucun cas promouvoir une politique d’immunisation collective comme ça a été fait en Angleterre ! Ça doit nécessairement s’accompagner d’une hyper-protection de la population à risque. Et on a une chance avec ce virus-ci : on sait définir, identifier cette population à risque. Sachant ça, il faut évidemment mettre des moyens, peut-être exorbitants, pour protéger ces personnes en particulier. On ne peut pas les mettre dans un ghetto, on ne peut pas les mettre sous cloche sans s’en occuper, mais on peut très bien réfléchir à une stratégie de protection des personnes à risques et relâcher beaucoup plus le reste en laissant remonter le nombre de cas, le nombre de personnes positives’, en comptant donc que cette part plus solide de la société puisse développer des défenses à long terme contre la Covid-19.

Confinement : indispensable ou artificiel ?

Bernard Rentier rappelait cette semaine sur son blog sa position vis-à-vis du confinement : il était selon lui indispensable en mars dernier, mais reste un phénomène artificiel qui ne peut résoudre le problème à long terme. Aujourd’hui pourtant, les bruits de couloir annoncent de plus en plus un retour en lockdown, ou presque, avec notamment des couvre-feux qui se mettent petit à petit en place… Alors aujourd’hui, connaissant les derniers chiffres d’hospitalisations (2.000 patients Covid en hôpital le 16 octobre) et de décès clairement inquiétants (49 les dernières 24 heures), le confinement redeviendrait-il indispensable, ou reste-t-il artificiel, selon Bernard Rentier ? ‘Par principe, je pense que le confinement n’est pas une solution à long terme. Au mois de mars, c’était indispensable parce qu’on n’était pas préparé. Aujourd’hui le personnel soignant est sur les genoux, mais pour le moment, on  n’est pas au stade qu’on a connu au printemps, d’autant qu’on arrive maintenant à sauver des gens qui sont en soins intensifs, ce qui n’était pas le cas avant.’ Mais malgré le fait que toute une série de mesures sanitaires aient été mises en place depuis le printemps, des mesures qu’une partie non négligeable de la population respecte, malgré cela, le nombre d’hospitalisations et de personnes en soins intensifs continue d’augmenter vers un niveau critique qu’on n’avait plus connu depuis avril dernier… À l’heure qu’il est, la vigilance reste donc, plus que jamais, un devoir citoyen et sanitaire.

Source: BusinessAM


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