Une taxe sur les riches? D’abord le bon diagnostic, ensuite le bon remède

Nous nous dirigeons vers une grave récession économique, conséquence de l’inflation et du manque de croissance économique. Comme l’ont largement rapporté tous les médias, ce sont maintenant les classes moyennes inférieures et les jeunes qui vont se partager les coups. Entre-temps, les partis gouvernementaux actuels de la coalition Vivaldi lancent une série de propositions visant à collecter l’argent auprès des riches. Cependant, tout commence par un diagnostic correct.

La douleur économique est réelle

Quelques chiffres précis, recueillis par Ive Marx et Jeroen Horemans de l’UAntwerpen. La classe moyenne inférieure a du mal à garder la tête hors de l’eau. Il ne s’agit pas de personnes présentant un « risque de pauvreté » classique – chômeurs, inactifs, retraités – mais de compatriotes ayant un emploi. Ensemble, nous parlons de 650.000 Belges actifs.

Deux remèdes : croissance économique ou/et redistribution

Il y a deux remèdes pour contrer cette pauvreté croissante : plus de croissance économique, le remède de tout économiste libéral vertueux, ce qui fait augmenter le gâteau. L’alternative est que le gâteau reste le même ou diminue et que certains d’entre nous – en l’occurrence les super-riches – donnent quelques miettes à un autre groupe de la société, la recette préconisée par tous les économistes de gauche.

Impôt 1 : un « impôt sur les riches », sur la richesse des « grands rentiers » (redistribution)

Selon le grand économiste français Thomas Picketty – le nouveau Karl Marx selon les ultra-libéraux – les « grands rentiers », ceux qui ont hérité du capital, sont le plus gros problème. Cette situation contraste avec celle des « petits rentiers », les nouveaux riches, qui ont fait fortune grâce à l’esprit d’entreprise et qui donnent souvent plus à la charité.

L’économiste « rockstar » Thomas Picketty, qui préconise depuis longtemps de taxer beaucoup plus lourdement le capital. (crédit: Haley/SIPA)

La première solution consiste donc à taxer le capital des « grands rentiers » ou riches endormis, qui ne contribuent en rien à la croissance économique, pensez aux grands patrimoines immobiliers qui gagnent aujourd’hui deux fois plus en augmentant leur loyer.

Taxe 2 : une taxe de monopole (redistribution)

Cela signifie-t-il que les grandes entreprises existantes ne devraient pas payer leur part ? Peut-être, mais il faut alors valoriser les bonnes entreprises et surtout les bons secteurs. Seuls les monopoles et les oligopoles devraient être taxés, car ils ont le pouvoir de fixer les prix pour garantir leurs bénéfices, aussi appelé pricing power.

Le pouvoir de fixation des prix – de loin le plus grand problème actuel si l’on veut s’attaquer à l’inflation, mais dont on ne parle pas assez – accélérera encore l’inflation. L’annonce faite par Telenet la semaine dernière a été lourde de conséquences. À la mi-juin, tous les prix des abonnements augmenteront considérablement. Détail lapidaire : le plafond de rémunération des administrateurs indépendants sera supprimé, ce qui leur sera favorable.

D’autre part, il existe aujourd’hui de nombreuses petites entreprises – dans le secteur de l’ameublement, de la construction et du vin, pour n’en citer que quelques-uns – qui n’ont aucun pouvoir de fixation des prix parce que les concurrents sont beaucoup plus nombreux. Ils opèrent sur un marché que les économistes appellent « concurrence parfaite », où il y a de multiples demandeurs et de nombreux fournisseurs. Toutes ces entreprises ont des marges très faibles. La plupart d’entre elles sont à peine rentables et c’est très logique. Ils ont trop de concurrents. Et des accords sur les prix, une technique dont les oligopoles sont devenus les maîtres, n’y existent pas, sciemment ou non.

Les 4 structures de marché qui constituent la base de toute analyse concurrentielle (crédit: corporate institute)

Il faut s’attaquer à l’augmentation éhontée des oligopoles qui maintient les bénéfices à un niveau élevé – et qui est aussi la principale raison pour laquelle les investisseurs sont encore motivés à rester sur le marché boursier. Il ne s’agit pas que des entreprises du secteur de l’énergie qui réalisent aujourd’hui des bénéfices monstrueux, mais aussi les entreprises technologiques et les entreprises de secteurs tels que l’alimentation et la distribution, qui doivent aussi apporter leur contribution. Nous n’avons pas encore vu le début des augmentations de prix d’entreprises comme Unilever, Procter and Gamble ou Netflix.

La concentration, et avec elle les profits, augmentent à toute allure. (crédit: The Economist )

En outre, le travail de l’autorité européenne de la concurrence pour tenter de démanteler les monopoles est crucial, car les grandes entreprises continueront à utiliser ce « pouvoir de fixation des prix ».

Impôt négatif 3 : une prime aux bénéfices pour les entreprises de croissance

Ce dernier point est encore plus important si l’on considère la solution à plus long terme. Il ne s’agit alors pas de redistribution, mais de stimulation de la croissance économique. La croissance économique n’est possible que si la créativité et les idées nouvelles existent, et c’est là que le bât blesse. Après tout, la croissance économique dépend essentiellement de la croissance de la productivité, qui est principalement le résultat de l’innovation. Ce sont généralement les petites entreprises qui lancent les innovations et, dans cette économie où règnent les monopoles, il leur est très difficile, voire impossible, de percer.

Il s’agit donc d’une véritable solution deus ex machina. Aujourd’hui, il existe de nombreuses petites entreprises qui proposent de bonnes idées, mais n’ont jamais leur chance sur le marché. Les barrières à l’entrée et le gigantisme des entreprises existantes font qu’il y a trop peu de capitaux et trop peu de temps pour que les bonnes idées percent. Il faut parfois s’engager sur le long terme, car changer le comportement des consommateurs prend beaucoup de temps. La très lente percée des voitures électriques, qui n’a vraiment démarré qu’il y a deux ans, en est un bon exemple. La première Tesla électrique a été construite en 2008.

Bien sûr, il n’est pas facile de juger si une idée est bonne ou non, mais nous pouvons imaginer quelque chose à ce sujet aujourd’hui. Les entreprises qui travaillent sur des solutions pour réduire le CO2, les entreprises qui réduisent le gaspillage alimentaire, etc. Au lieu d’être taxées, ces entreprises devraient recevoir un cadeau.

Si ces entreprises parviennent à faire des bénéfices, ce qui est extrêmement difficile pour une entreprise en phase de démarrage ou de croissance, alors elles doivent être encouragées plutôt que taxées. Si elles réalisent des bénéfices – un véritable miracle pour les entreprises proposant des solutions innovantes – elles devraient recevoir une prime de résultat pendant les premières années. Elles ne devraient alors PAS payer d’impôts, car elles auront prouvé non seulement qu’elles apportent une valeur ajoutée, mais aussi qu’il existe un véritable modèle économique.

Il s’agit d’entreprises que nos confrères de Trends appellent des « gazelles » : des entreprises dotées de solides entrepreneurs dans les secteurs d’avenir, qui apportent une valeur ajoutée au monde et à la société et qui peuvent ensuite en bénéficier eux-mêmes. Bien sûr, nous parlons d’entreprises qui ont moins de 10 ou 15 ans.


Xavier Verellen est un auteur et un entrepreneur. Son récent livre « Top athletes are CEOs », qui montre que le leadership fait la différence entre les champions et les super champions, est en vente au Standaard Boekhandel ou en ligne sur https://topsporterszijnceos.businessam.be/.

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