Un oligarque ukrainien juif a-t-il fait peindre des croix gammées en Ukraine pour faire le jeu de Poutine ?

Dès le début de l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine a justifié l’intervention russe en expliquant qu’elle visait à « dénazifier » le pays. Pour servir son propos, un oligarque ukrainien aurait été poussé à engager des petites mains pour peindre des svastikas en Ukraine, et notamment à Kiev.

L’information a été révélée par le magazine américain Rolling Stone, qui dit s’être basé sur de « multiples sources », dont des rapports des services de renseignement américains. Pavel Fuks, l’un des Ukrainiens les plus riches, aurait participé à un complot visant à prouver que l’Ukraine était infestée de (néo)nazis.

L’homme d’affaires aurait ainsi payé des « voyous de rue » les mois précédant l’invasion pour que ceux-ci peignent des croix gammées en Ukraine. Montant octroyé pour chaque basse besogne effectuée: de 500 à 1500 dollars .

Parmi les différentes personnes qui accusent Pavel Fuks d’avoir participé à cette opération, on retrouve un de ses amis, l’ancien kickboxeur ukrainien Oleg Plyush. L’oligarque lui en aurait parlé directement. Plyush indique qu’il connait également deux des personnes engagées pour peindre les svastikas.

D’après lui, Fuks lui a dit qu’il n’avait « pas d’autre choix » que de mettre en œuvre le plan s’il voulait rester en affaires dans la région. Il aurait même évoqué une « mission obligatoire ». On ne sait toutefois pas de qui provenait exactement les pressions mises sur les épaules du businessman.

Ces croix gammées auraient donc été dessinées pour donner plus de poids à un des arguments phares utilisés par Vladimir Poutine pour justifier « l’opération militaire spéciale » menée par la Russie en Ukraine. A savoir « dénazifier » le pays.

« Son argent est essentiellement lié à la Russie »

L’affaire est d’autant plus surprenante que Fuks est lui-même juif. Il a même contribué à financer le Centre de commémoration de l’Holocauste de Babi Yar. Le bâtiment a d’ailleurs été endommagé suite aux attaques menées par les forces russes sur la capitale ukrainienne.

Fuks, né à Kharkiv, a fait fortune dans les secteurs bancaire et immobilier, principalement en Russie. Son parcours récent est plus mystérieux. On pense « qu’il est soutenu par la Russie et qu’il est impliqué dans des affaires obscures et peu transparentes liées d’une manière ou d’une autre aux intérêts russes », a confié un ancien cadre supérieur du géant ukrainien de l’énergie, Neftogaz, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat.

Après y avoir fait fortune, Fuks a toutefois déclaré avoir vendu ses entreprises en Russie et être retourné en Ukraine en 2014 à la recherche de nouvelles opportunités. Il a aussi été accusé de traîner d’énormes dettes et a été l’objet d’allégations de fraude, ce qu’il a toujours nié. En 2018, la Russie l’a personnellement sanctionné, au même titre que plusieurs centaines d’autres hommes politiques et businessmen ukrainiens. L’homme d’affaires avait entamé des procédures pour obtenir la nationalité russe il y a quelques années. En 2021, il a annoncé y renoncer.

« Fuks est largement considéré par beaucoup à Kiev comme étant fondamentalement un gangster et, malgré ses démentis au cours des trois dernières années, son argent est essentiellement lié à la Russie », a assuré Vladislav Davidzon, auteur d’un livre sur l’Ukraine et chercheur non résident à l’Atlantic Center. « Sa réputation en Ukraine est actuellement terrible ».

Actuellement, personne ne sait où Fuks se trouve. Ni son avocat américain ni lui n’ont réagi aux accusations parues dans Rolling Stone.

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