« Risque de black-out dans les années à venir en raison du manque de personnel dans les centrales nucléaires »

Un tiers à près de la moitié des 2 000 employés des centrales nucléaires de Doel et de Tihange prévoient de quitter Engie Electrabel avant 2025 si le gouvernement fédéral confirme la sortie du nucléaire cette année-là. Un tel débrayage augmente le risque d’un black-out dans les années à venir, prévient une plateforme de citoyens inquiets, qui comprend certains experts nucléaires d’Engie.

Un groupe anonyme de « citoyens bien informés » issus de divers secteurs, dont l’industrie nucléaire elle-même, a pris la peine de faire sa propre analyse d’une sortie complète du nucléaire à partir de 2025. Cette sortie du nucléaire est le plan légalement envisagé que le gouvernement fédéral confirmera ou non dans les semaines à venir.

Pour ce faire, ils ont utilisé les informations publiquement disponibles du gestionnaire de réseau Elia et de l’autorité fédérale de contrôle nucléaire AFCN, entre autres. « Il s’agissait d’un travail bénévole auquel nous avons consacré de nombreuses soirées », déclare le porte-parole Pierre Pirson, actif dans le secteur financier et également président de la Confédération nationale des cadres (CNC).

« Pas de plan A »

La conclusion de la plate-forme des citoyens est largement similaire à ce que les partis N-VA et MR proclament : le gouvernement fédéral sous-estime la probabilité d’un black-out (problèmes d’approvisionnement qui conduisent à l’arrêt localisé de l’alimentation électrique) à partir de 2025. Les centrales disponibles ne seront pas en mesure de compenser la perte des centrales nucléaires de Doel et Tihange. « Il n’y a pas de plan A, et encore moins de plan B », disent-ils.

« Les possibilités d’importer de l’électricité des pays voisins sont fortement surestimées, surtout lorsqu’il s’agit des périodes de pointe en hiver », explique M. Pirson. « Et puis il faut tenir compte du fait que la demande d’électricité va fortement augmenter en raison de l’essor de la voiture électrique et des besoins des nouveaux centres de données et autres installations énergivores dans notre pays. »

Emplois

La plate-forme des citoyens est également très préoccupée par la perte éventuelle d’emplois parmi les quelque 2 000 membres du personnel des centrales nucléaires de Doel et de Tihange. Cela pourrait conduire la Belgique à devoir fermer tous les réacteurs avant même 2025, car les normes de sécurité strictes ne pourraient plus être respectées en raison du manque de personnel.

Une enquête menée par la CNC et les syndicats montre qu’une grande partie du personnel souhaite quitter la société d’exploitation Engie Electrabel avant même 2025, si la sortie du nucléaire venait à être définitive. Parmi les cadres, le chiffre est de 47% (56% à Tihange et 40% à Doel). À Doel, 32 % des membres de l’ACV (CSC) et 23 % des membres de l’ACLVB (CGSLB) envisagent un tel départ.

« Le risque de fermetures d’usines et d’actions sociales antérieures ne peut être exclu », conclut la plateforme de citoyens. « Une partie du personnel se sent trahie. Ils n’ont jamais cru à l’arrêt et sont conscients du problème imminent de capacité. Une nouvelle enquête est en cours, mais la réponse prévisible est un taux de départ trop élevé. »

Engie, cependant, a garanti la semaine dernière la sécurité de l’emploi pour les plus de 45 ans jusqu’à la fin de leur carrière et promet également des efforts financiers pour les jeunes travailleurs. Toutefois, il reste à voir si ces jeunes travailleurs resteront à bord. Les recruteurs pourraient faire appel à eux pour des projets d’énergie nucléaire dans les pays voisins.

« Il s’agit de personnel spécialisé qui est certifié pour trois ans. Il n’est pas facile de trouver un remplaçant pour ces personnes, surtout compte tenu de l’étroitesse du marché du travail », explique M. Pirson.

Des citoyens

La plate-forme des citoyens est consciente qu’elle n’est qu’une voix parmi d’autres dans le débat.

« Mais nous voulions quand même faire cet effort et partager nos résultats avec les citoyens », déclare M. Pirson. « Il s’agit de l’avenir de nos enfants, car l’énergie fait fonctionner toute la société. Je ne veux pas avoir à dire en 2025 : « Je savais qu’il y aurait des coupures de courant, mais je n’ai rien fait. »

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