Un paradoxe : la demande d’argent n’a jamais autant dépassé l’offre, mais son prix continue à chuter

Un rapport fait état d’un déficit record entre la demande et l’offre de l’argent, ce qui devrait théoriquement faire augmenter les prix sur le marché. Mais c’est le contraire qui est vrai : les prix sont en baisse. Pourquoi ?

Pourquoi est-ce important ?

L'or et l'argent, habituellement des valeurs refuge par rapport aux incertitudes économiques, comme l'inflation, la récession ou les conflits, n'accomplissent pas leur rôle cette année.

Dans l’actu : Un rapport sur l’évolution du marché de l’argent en 2022.

  • Selon le Silver Institute, la demande d’argent devrait atteindre 1,21 milliard d’onces (une once équivalant à environ 30 grammes). C’est une augmentation de 16% par rapport à 2021.
  • L’offre devrait cependant atteindre 1,017 milliard d’onces (+2%), ce qui crée un déficit de 194 millions d’onces. C’est plus du triple du déficit constaté en 2021, et le plus fort déficit depuis des décennies, note le rapport que Reuters a pu consulter.
  • La forte demande vient de l’industrie automobile, comme il y a de plus en plus de composants électroniques dans les véhicules, de l’industrie des panneaux solaires (10% du total de la demande), du secteur des bijoux et de l’argenterie et encore du côté des fabricants de lingots et de pièces. Sur le marché indien, la demande a également explosé, doublant en taille.
  • Aussi, la quantité d’argent gardé dans des coffres-forts, gérés par les deux bourses compétentes, la London Bullion Market Association et le COMEX de New York, a baissé de 25% (370 millions d’onces) depuis le début de l’année.

L’essentiel : Pourquoi des prix bas ?

  • Une demande qui dépasse l’offre, un scénario rêvé pour un envol du prix. Mais le prix de l’argent souffre du dollar fort et des taux de rendement élevé des obligations américaines, que les investisseurs préfèrent.
  • Un autre élément qui pèse sur le prix est le fait qu’il y a encore de l’argent qui est disponible, malgré la forte demande et la baisse des réserves dans les coffres-forts. « Vous avez encore des stocks importants », confirme Philip Newman de Metal Focus, qui a réalisé l’étude avec le Silver Institute, à Reuters.
  • En mars, l’once d’argent se négociait à 26 dollars. Aujourd’hui, elle est à 21 dollars, soit une baisse de près de 20%. En 2011, elle avait connu un pic à près de 50 dollars, avant de redescendre lentement vers les 15 dollars. Avec la pandémie, l’argent a eu le vent en poupe, remontant à près de 30 dollars.
    • L’argent ne correspond ainsi pas à son statut de valeur refuge, cette année. Le métal précieux, tout comme l’or, brille normalement en temps de crise.

À l’avenir : Légère chute de la demande. Et les prix ?

  • Newman s’attend à ce que la demande chute en 2023. Elle devrait rester élevée, mais ne plus atteindre les niveaux de 2022, tout comme les déficits.
  • Et qu’en est-il des prix ? Il pourrait y avoir une amélioration, comme l’inflation devrait baisser, la Fed revoir les taux d’intérêt à la baisse, et les taux de rendement des obligations et le dollar perdre en attractivité. C’est en tout cas ce que pensent des analystes pour le prix de l’or.
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