Pas assez anonyme, le bitcoin: les usagers se tournent vers les privacy coins

Depuis le début du mois, sur fond de guerre et de risques de régulation des cryptomonnaies, les jetons anonymes ont le vent en poupe. Mais ils sont particulièrement volatiles, et pas trouvables sur les principales plateformes d’échange, car ils pourraient favoriser les activités illicites.

Alors que le bitcoin et d’autres cryptos deviennent de plus en plus un produit financier fiable, échangé comme des actions, mais quasi détaché de son idée initiale de « finance décentralisée », de nombreux enthousiastes de la première heure de la crypto se tournent vers les privacy coins. Ces jetons sont anonymes, et les détails des transactions sont masqués. Ce mois-ci, cette classe de cryptos a gagné du terrain, rapporte Yahoo Finance.

Les deux jetons les plus populaires, Monero et Zcash, ont gagné respectivement 7,6 et 46%, depuis le 1er mars. Sur la semaine dernière, les deux ont gagné 4.7% et 16%, selon les données de CoinMarketCap. Un indice qui suit les jetons anonymes, élaboré par la société de recherches Macro Hive, a gagné 4%. Le bitcoin, depuis le début du mois, a perdu 5%, même si c’est le retour des beaux jours depuis cette semaine.

Mais les jetons restent assez volatiles. Sur une période de cinq ans, la valeur marchande totale, c’est-à-dire la valeur totale de toutes les pièces, est passée de 100 millions de dollars à 6,8 milliards de dollars, pour Monero par exemple. Aujourd’hui, elle la valeur totale est retombée à 3,4 milliards de dollars pour cette monnaie.

Le bitcoin n’est pas anonyme

L’engouement pour ces jetons anonymes vient à un moment où le bitcoin perd de plus en plus sa fonction de crypto « anonyme » (les usagers sont en réalité renseignés via des pseudonymes). Cet engouement arrive en même temps que la guerre en Ukraine, et ce n’est pas une coïncidence : par peur que la Russie puisse contourner les sanctions via les cryptos, les dirigeants européens et américains mettent régulièrement une plus forte réglementation sur la table. Même avant la guerre, de plus en plus d’initiatives pour réguler le marché et les crypto ont vu le jour, et des personnes ayant hacké des échanges ont été jugées, par exemple.

Avec les pseudonymes du bitcoin, les transactions et portefeuilles peuvent être tracés, expliquent Aidan Arasasingham et Gerard DiPippo, du Center for Strategic and International Studies, cités par Yahoo Finance. « Si un portefeuille peut être relié à une entité ou à une personne, l’acteur peut être identifié », analysent-ils.

Or, pour différentes raisons, comme le simple principe de l’anonymat sur le web, ou le fait de cacher des activités illicites, des usagers peuvent alors préférer des jetons tout à fait anonymes.

De nombreux obstacles

Les privacy coins sont encore loin des 776 milliards de dollars de la valeur marchande du bitcoin. Est-ce qu’ils pourront un jour devenir des altcoins, des alternatives au bitcoin? De nombreux obstacles sont encore sur le chemin. La volatilité, d’abord. Mais l’anonymat même peut s’avérer comme un problème. Les principales plateformes d’échange ne reprennent pas les privacy coins, à cause leur utilisation potentielle pour blanchir des activités illégales.

Les jetons sont également moins ergonomiques. « Le problème est qu’il faut faire beaucoup de choses pour les rendre anonymes, ce qui rend l’expérience de l’utilisateur horrible et ajoute des coûts de transaction importants », explique Dave Siemer, de la société de gestion d’actifs Wave Financial. Mais selon lui, ils continueront tout de même à croître.

Le volume d’échange est aujourd’hui encore assez petit. En mars, les échanges journaliers ont rarement dépassé les 250 millions de dollars, là où pour l’altcoin Ripple ils dépassent les 1,5 milliard de dollars tous les jours.

Pour l’heure, les privacy coins ne semblent pas être des alternatives face au bitcoin. Mais si la machine régulatrice continue son avancée, de plus en plus de personnes risquent de se tourner vers les jetons anonymes.

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