« Si l’Occident ne prend pas ses précautions, la Chine imposera au monde ses standards pour la crypto »

Le célèbre économiste Mohamed El-Erian sonne l’alerte: la Chine a pris les devants sur d’autres puissances économiques en adoptant plus largement la technologie blockchain, ce qui aura des retombées négatives pour le reste du monde. Le chief eco du groupe d’assurances Allianz a par ailleurs confié qu’il avait acheté du bitcoin il y a quelques années mais avait commis une erreur en choisissant mal le moment pour vendre ses cryptomonnaies.

Pourquoi est-ce important ?

Mohamed El-Erian estime que les gouvernements occidentaux devraient prendre la « révolution crypto » plus au sérieux.

Sans en révéler le montant exact, Mohamed El-Erian a révélé qu’il avait acheté du bitcoin en plein « crypto winter » de 2018 (période historique où les cours s’étaient effondrés après une hausse vertigineuse). À cette époque, la plus grande monnaie numérique du monde avait plongé en dessous de 4.000 $ après un rallye qui l’avait propulsée à un sommet de plus de 19.000 $.

« Je me suis senti obligé de l’acheter et je l’ai fait », a déclaré l’économiste vedette sur CNBC. « J’avais l’impression de l’avoir anticipé. J’avais, à ce niveau, un point d’entrée. »

Il a ensuite conservé sa position en BTC jusqu’à la fin de l’année dernière, lorsque le bitcoin a de nouveau atteint le niveau des 19.000 $. C’était évidemment sans savoir que, quelques mois plus tard, le cryptomonnaie allait poursuivre son ascension, atteignant plusieurs pics sans précédent au-dessus de 60.000 $.

En général, a souligné Mohamed El-Erian, les investisseurs restent trop concentrés sur la certaine somme d’argent qu’ils estiment pouvoir acheter ou vendre. Il a malheureusement commis la même erreur.

Actifs volatils

Le bitcoin s’échange actuellement juste en dessous des 60.000$. La cryptomonnaie a atteint un nouveau record de plus de 68.000 $ la semaine dernière. Les analystes attribuaient cette progression aux craintes d’inflation et au lancement d’un premier produit d’investissement lié au BTC sur la Bourse américaine du Nasdaq. Pendant ce temps, la blockchain Bitcoin a connu une mise à niveau majeure au cours du week-end, Taproot, qui apporte des améliorations techniques en termes de capacités et de fonctionnalités (avec des smart contracts notamment).

Au niveau des cryptomonnaies, celles de Bitcoin et de ses plus petits concurrents – dont Ethereum et Solana – demeurent des actifs notoirement volatils. Le prix du BTC a diminué de moitié lorsque les régulateurs chinois ont intensifié leur répression contre le minage et le trading de cryptomonnaie.

« Vous ne voulez vraiment pas me poser de questions sur les valorisations parce que je ne comprends pas très bien pourquoi 60.000 $ est le bon niveau par opposition à 68.000 $ », a ironisé El-Erian.

Quand acheter à nouveau

Le célèbre économiste répartit les investisseurs de Bitcoin en trois catégories : les « fondamentalistes » qui sont là pour le long terme, les investisseurs professionnels qui souhaitent diversifier leurs portefeuilles et les « spéculateurs » qui font du day trading.

El-Eriana déclaré qu’il ne se sentirait pas à l’aise d’acheter à nouveau du bitcoin tant que le marché n’aura pas « évacué » certains spéculateurs. Les deux premiers types d’investisseurs, dit-il, sont « des fondamentaux à long terme vraiment solides pour ce marché ».

Les conditions préalables les plus importantes pour les investissements crypto sont « la technologie sous-jacente et le modèle. Et ces deux choses seront très influentes dans un avenir proche. »

Une monnaie mondiale? « Jamais »

Comme le noyau dur des adeptes du Bitcoin, El-Erian pense que la cryptomonnaie est une « force hautement perturbatrice ». Mais il ne pense pas qu’il deviendra jamais une « monnaie mondiale » pour rivaliser avec le dollar américain.

« Je pense que (le bitcoin) existera toujours dans l’écosystème, mais il ne deviendra pas une monnaie mondiale », a-t-il assuré. « Il ne remplacera pas le dollar. »

La Chine pionnière

El-Erian a ensuite averti que la Chine était en train de devancer les États-Unis et d’autres pays occidentaux pour tout ce qui touche aux monnaies numériques et aux technologies blockchain. Cela résonne malheureusement avec l’analyse de la Banque d’investissement européenne (BEI).

« Les entreprises et gouvernements en Europe sous-investissent considérablement dans la blockchain par rapport à d’autres régions de premier plan. Il est devenu évident que l’UE peine à traduire son excellence scientifique en application commerciale et succès économique », déplorait la BEI dans une étude parue en juin dernier.

Alors que la deuxième économie mondiale a largement interdit les activités liées à la crypto, elle a des plans ambitieux pour émettre sa propre monnaie numérique de banque centrale (CBDC): le yuan numérique. Le géant d’Asie de l’Est aimerait également appliquer la technologie blockchain qui prend en charge de nombreuses cryptomonnaies à d’autres domaines, tels que la propriété intellectuelle.

« Si l’Occident ne fait pas attention, la Chine établira les normes pour le monde » , a affirmé El-Erian.

Régulation : mieux vaut tôt que tard

Contrairement aux crypto-sceptiques, l’ancien PDG de Pimco ne pense pas que Bitcoin puisse « être réglementé et disparaître ».

Avec de plus en plus d’investisseurs traditionnels qui sautent dans le train de la crypto, Mohamed El-Erian pense que l’industrie du bitcoin devrait s’impliquer avec les régulateurs le plus tôt possible. Cela aidera à éviter les obstacles réglementaires auxquels sont confrontés les géants de l’Internet comme Amazon, Google et Meta, la société-mère de Facebook fraîchement rebaptisée.

« Quand je parle aux gens de l’industrie crypto, je leur explique qu’ils portent la responsabilité de ne pas répéter l’erreur des Big Tech », a déclaré El-Erian. « La grande erreur des Big Tech a été de ne pas réaliser qu’ils devenaient pertinents pour le système, ils ne se sont donc pas engagés dans des discussions réglementaires préventives. »

« La crypto doit prendre au sérieux les inquiétudes concernant les paiements illégaux ; il y a des inquiétudes au sujet de la fraude ; il y a des inquiétudes quant à la stabilité », a-t-il ajouté.

Un contexte que semble avoir compris la plus grande plateforme d’actifs numériques de la planète: soudain plus catholique que le pape, Binance prêche désormais pour plus de régulation crypto à l’échelle mondiale.

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