L’UE envisage le retour du glyphosate: « 99% des travaux scientifiques sur le sujet ont été snobés »

Le glyphosate n’a pas fini de faire parler de lui. Des scandales sur sa toxicité, jugée cancérigène, éclatent régulièrement. L’autorisation actuelle de l’Union européenne pour l’herbicide controversé tient jusqu’en 2022. Un dossier de réintroduction, sur cinq ans, est donc en cours.

Pourquoi est-ce important ?

En 2015, l'OMS a classé le glyphosate comme "probablement cancérigène". En 2021, une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) français a indiqué une "présomption moyenne" de lien entre le pesticide et le cancer, si une personne y est exposée. Aux Etats-Unis, en 2019, Monsanto, qui développe le glyphosate, a été condamné à dédommager une personne qui a développé un cancer suite à l'exposition au produit, à hauteur de 80 millions de dollars. Monsanto est souvent accusé de lobbying agressif et ses représentants ont été interdits dans les institutions européennes. L'entreprise est souvent accusée de payer pour des études bidon qui nient l'effet cancérigène du produit, mais cette accusation vaut également pour les contre-expertises.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) mènent des consultations publiques jusqu’au 22 novembre. Après, elles doivent se prononcer sur les risques pour la santé humaine. La décision de l’UE concernant la réautorisation se base sur une expertise du groupe d’évaluation du glyphosate (Assessment Group on Glyphosate, AGG), un organe de la Commission européenne représenté par la France, la Hongrie, la Suède et les Pays-Bas.

Générations Futures, une association de défense de l’environnement, a passé au peigne fin le rapport de l’AGG présenté en juin qui présente le glyphosate comme « répondant aux critères d’approbation » et nie les risques de toxicité. Dans un rapport publié mardi, elle indique avoir trouvé de nombreuses failles, rapporte Euractiv.

  • Sur les dix dernières années, 7188 études scientifiques ont été publiées dans des revues scientifiques. Pour la bibliographie de son rapport, AGG en a exclu d’emblée 6644, soit 92%, que le groupe n’a pas trouvé pertinentes.
  • Ensuite, seules 211 ont été retenues comme « utiles pour l’évaluation », soit 3%. Sur ces études restantes, d’autres ont été écartées pour être peu fiables ou « fiables avec restriction » et seules 30 ont été retenues pour le rapport, soit 0,4% des études scientifiques disponibles sur le sujet. Et au final, pas une seule n’a été identifiée comme « étude-clé » pour définir une dose sûre.
  • Pour l’association, le procédé de sélection pose problème. Les travaux ont été écartés à cause de leur titre et de leur résumé, même si elles étaient pertinentes. Elles étaient jugées sur leur fiabilité, mais ce critère n’est pas expliqué de manière transparente.
  • Après les études scientifiques, le groupe se focalise aussi sur les études industrielles. Si aucune étude scientifique n’est réellement prise en compte pour l’évaluation finale, les études industrielles le sont bien plus.
  • Les études industrielles représentent des failles: le nombre de cellules analysées est insuffisant dans toutes les études. L’exposition de la moelle osseuse n’a été prouvée dans aucune étude, alors qu’il faut pouvoir montrer qu’une moelle osseuse a été exposée au produit pour voir si les cellules ont été touchées. Les données historiques des laboratoires sont manquantes pour 6/10 des études, et insuffisantes pour 3/10. Ces critères sont pourtant nécessaires pour qu’une étude sur la toxicité soit jugée acceptable par l’OCDE.

Pour conclure, l’association estime que les évaluateurs ont « tout fait pour que le minimum d’études de la littérature soit considéré, que les études de la littérature soient jugées moins fiables que celles fournies par les industriels, et que les défauts des études de l’industrie soient occultés ».

Le glyphosate est un sujet qui revient souvent sur la table de négociations de l’Union européenne. Avec ses potentiels risques, et ses potentiels bénéfices économiques, il a de nombreux adversaires et de forts défenseurs. D’ici la fin de l’autorisation d’utilisation, de nombreuses réactions sont encore à attendre.

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