L’Inde signe une volée d’accords avec la Russie, notamment en matière de défense: une infidélité susceptible de vexer les USA

Ce lundi, l’Inde et la Russie ont signé pas moins de 28 accords et se sont engagées sur un important pacte de coopération en matière de défense. L’Inde est pourtant considérée comme une alliée des États-Unis en Asie-Pacifique. Cette « infidélité » a ses explications… et pourrait avoir ses conséquences.

À l’occasion du 21e sommet annuel Inde-Russie, Vladimir Poutine s’était déplacé en personne à New Delhi pour y rencontrer le Premier ministre indien Narendra Modi. Il n’aura pas fait le voyage pour rien. Lundi, les deux pays ont annoncé avoir conclu 28 accords dans divers secteurs et avoir signé un pacte de coopération en matière de défense d’une durée de 10 ans.

« La diversité des accords et [des protocoles d’accord] signés aujourd’hui montre la nature multiforme de notre partenariat bilatéral », s’est réjoui le ministre indien des Affaires étrangères, Harsh Vardhan Shringla.

Commerce, énergie, éducation, propriété intellectuelle ou encore science et technologie: les accords concernent effectivement de très nombreux domaines.

Qu’est-ce que cela signifie par rapport aux Etats-Unis ?

L’Inde est considérée par les Etats-Unis comme une alliée de taille dans la région de l’Asie-Pacifique. Elle est notamment considérée comme un point d’appui pour contrer l’influence croissante de leur grande rivale, la Chine, dans la région.

Dans la mesure où les relations américano-russes sont dans un état « plutôt désastreux » (dixit le porte-parole du Kremlin), cette volée d’accords peut poser question. Selon les observateurs, ce sommet Inde-Russie reflète la progressive perte de confiance de l’Inde vis-à-vis des Etats-Unis. Notamment en matière de défense.

« L’Inde s’inquiète de la fiabilité des États-Unis en tant que partenaire, non seulement dans le domaine de la défense, mais aussi en ce qui concerne la tolérance religieuse et d’autres questions en Inde », a déclaré Richard Rossow, titulaire de la chaire Wadhwani d’études de la politique américano-indienne au Center for Strategic and International Studies, sur le plateau de la CNBC.

« Bien que je pense que l’Inde a la majorité de leurs œufs dans le panier des États-Unis, si vous regardez tout autour – mais sur la défense au moins, où ils ont besoin de technologie stratégique – ils veulent s’assurer qu’ils gardent des options ouvertes », a-t-il expliqué.

De son côté, en renforçant ses liens avec l’Inde, la Russie tente de s’assurer qu’aucun pays, y compris la Chine, n’a l’hégémonie en Asie.

Les USA pourraient sanctionner l’Inde

En matière de défense, c’est loin d’être la première fois que l’Inde s’associe à la Russie, qui fait office de livreur n°1 en matière d’armement, bien que ses achats aux Etats-Unis aient augmenté. Entre 2016 et 2020, près d’un quart des exportations d’armes russes avaient l’Inde pour destination. La Russie a même commencé à lui livrer ses systèmes de défense antimissile sol-air de longue portée S-400, sur la base d’un accord signé en 2018.

« Il est important de noter que, qu’il s’agisse de nous ou de la Russie, nous menons une politique étrangère indépendante et je ne pense pas que nous devions examiner notre relation à la lumière de toute autre relation existante », a commenté le ministre des Affaires étrangères, Harsh Vardhan.

C’est le point de vue de l’Inde, mais il n’est peut-être pas partagé par les Etats-Unis. La CNBC indique que ce nouveau partenariat pourrait entraîner des sanctions de la part des États-Unis en vertu d’une loi de 2017 visant à dissuader les alliés d’acheter des armes russes. L’année dernière, Washington a sanctionné la Turquie pour son achat du système de missiles S-400.

Les experts américains se veulent toutefois relativement rassurants. La coopération russo-indienne ne devrait pas (trop) s’approfondir à l’avenir, les deux pays n’ayant que trop peu d’intérêts communs.

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