« L’idée que nous puissions fermer les robinets et mettre fin aux combustibles fossiles demain, c’est évidemment ridicule et naïf »

Le monde se dirige inlassablement vers le point de non-retour du réchauffement climatique et, pour beaucoup, c’est en grande partie parce que les efforts pour ralentir le phénomène – en privilégiant notamment les énergies vertes plutôt que fossiles – sont insuffisants. Mais tirer un trait sur ces énergies polluantes du jour au lendemain n’est tout simplement pas possible, cette pensée serait même « ridicule et naïve ».

Le PDG de la banque britannique Standard Chartered Bill Winters s’est laissé aller à quelques commentaires sur la transition écologique, durant une interview de CNBC à l’occasion du forum City Week. Sa pensée est simple : « L’idée que nous puissions fermer les robinets et mettre fin aux combustibles fossiles demain, c’est évidemment ridicule et naïf ».

L’homme n’est pas contre l’idée d’une « transition juste » vers les énergies renouvelables, mais bien contre celle qui affirme que se passer des combustibles fossiles en un claquement de doigts n’aurait aucune conséquence, si ce n’est que cela serait bénéfique pour le climat. Un tel changement entrainerait forcément de nombreux bouleversements négatifs.

Pour une « transition juste »

« Ce sont deux mots vraiment importants… ‘juste’ signifie équitable, mais aussi applicable », a-t-il indiqué. « Et transition signifie transition – cela signifie que cela prend du temps ». Fermer les robinets et mettre fin aux combustibles du jour au lendemain serait « mauvais pour les guerres, les révolutions et la vie humaine parce que vous auriez… des ravages ». « L’option de désinvestissement ultime » devait être retirée de la table, a-t-il soutenu lors de son interview.

Le concept de « transition juste » est de plus en plus utilisé dans les discussions liées au changement climatique, à l’énergie, à l’environnement, ainsi qu’à la durabilité, a souligné CNBC. Mais le sujet est complexe et ne dispose pas encore d’une définition unique. Pour Greenpeace, la transition juste est le passage « à une économie plus durable d’une manière plus équitable pour tout le monde, y compris les personnes travaillant dans des industries polluantes ».

Une tâche colossale

Le commentaire du PDG de Standard Chartered n’est pas totalement faux puisque réaliser un quelconque changement significatif dans le mix énergétique de la planète représente une tâche colossale, en raison du rôle crucial que jouent les combustibles fossiles dans les économies développées et émergentes.

Le fait est que pour entamer une transition conséquente vers un système énergétique et une économie centrée sur les énergies renouvelables et technologies à faible émission de carbone nécessiterait des investissements colossaux, mais aussi la participation de tous.

Cela transformerait en effet, et ce, de manière radicale, la façon de vivre et de travailler de milliards de personnes à travers le monde.

Un problème complexe pour Bill Winters qui se demande justement comment parvenir à le surmonter, car la transition doit être faite, mais comment ? « Comment équilibrez-vous cela ? Quel est le meilleur moyen de se rendre d’un point A à un point B tout en s’assurant que vous amenez autant d’émetteurs du monde avec vous ? » 

Une transition en douceur

Pour le PDG de Standard Chartered, la meilleure solution n’est pas de surveiller les entreprises et de les sanctionner si elles ne respectent les engagements mondiaux en matière d’efforts climatiques, car elles vont simplement se détourner de cette lutte. Il estime que la meilleure chose à faire est de leur permettre de redéployer une partie de leur capital vers des choses qui peuvent véritablement faire la différence, tout en leur permettant de continuer à exploiter les combustibles fossiles.

Autrement dit, il est en faveur d’une transition en douceur, mais n’a-t-on pas déjà dépassé le stade où nous pouvions nous permettre ce genre de laxisme? Pour les militants du climat et autres groupes de pression, si. C’est pourquoi il est crucial de mettre fin de manière brutale à l’ère des combustibles fossiles.

« Limiter le réchauffement climatique nécessitera des transitions majeures dans le secteur de l’énergie », a indiqué le GIEC dans son dernier rapport sur le réchauffement climatique. « Cela impliquera une réduction substantielle de l’utilisation des combustibles fossiles, une électrification généralisée, une efficacité énergétique améliorée et l’utilisation de combustibles alternatifs (comme l’hydrogène) ».

Plus
Marchés
My following
Marchés
BEL20