Les prochaines présidentielles sud-coréennes à l’ombre de la question des sous-marins nucléaires ?

Les Coréens du Sud voteront pour les présidentielles le 9 mars 2022. Et, comme lors de la campagne de 2017, la question de l’armement nucléaire du pays s’est imposée sur la table. Jusqu’ici, les USA ont toujours mis un veto sur cet enjeu, mais la flotte et le gouvernement de Corée du Sud sont plutôt en faveur de l’adoption d’au moins un sous-marin nucléaire afin de se protéger des velléités belliqueuses du Nord.

Les accords AUKUS tiendront-ils de la boite de Pandore qu’on vient d’ouvrir ? C’est un risque réel : en s’engageant à aider l’Australie à développer une flotte de sous-marins nucléaires, les États-Unis (et le Royaume-Uni) ont créé un dangereux précédent dans la zone indo-pacifique. En autorisant ainsi une nation à entrer dans le club très fermé des possesseurs de ce genre d’arme ultime, le président Biden fait se poser une question à de nombreux gouvernements de la région : « Et pourquoi pas nous ? » Or, si les ennemis proclamés des USA, comme la Corée du Nord, y voient une raison évidente de continuer à développer ce genre de programme, certains alliés de l’Amérique pourraient faire de même comme, au hasard, la Corée du Sud.

Bouclier sous-marin contre les velléités du Nord

Le sud de la péninsule est théoriquement sous le joug -et l’égide- du traité bilatéral de défense entre la Corée du Sud et les États-Unis, qui interdit tout transfert de technologies nucléaires à la Corée du Sud, ainsi qu’une autorisation de Washington pour toute vente d’uranium enrichi.

Mais toujours sous la menace du frère ennemi du nord, le pays a déjà tenté de s’affranchir de ce traité ; en 2004, un projet secret pour développer un sous-marin à propulsion nucléaire a été abandonné après des fuites dans la presse. Et pas plus tard qu’en 2019, un groupe de travail s’est penché sur la perspective d’acquérir à long terme deux engins de ce genre. Car ceux-ci semblent, pour l’état-major coréen, de plus en plus nécessaire à la défense du pays: « Un sous-marin à propulsion nucléaire est considéré comme le moyen le plus efficace pour détecter et détruire les sous-marins nord-coréens armés de missiles mer-sol balistiques stratégiques car il est capable de mener des opérations sous l’eau pendant une période plus longue », avait alors expliqué l’amiral Sim Seung-seob, le chef des opérations navales de la marine sud-coréenne. « Nous reconnaissons l’utilité et la nécessité d’un sous-marin à propulsion nucléaire, car il s’agit d’une force de dissuasion utile pour réagir simultanément à la Corée du Nord et aux pays voisins. »

Des élections marquées du sceau atomique

Or, l’année prochaine, la péninsule vote lors d’élections présidentielles, et c’est traditionnellement une période où ce genre d’enjeu redevient un débat public. Le président coréen actuelle Moon Jae-in s’était déclaré en faveur d’un changement de paradigme: « Il est temps d’acheter un sous-marin nucléaire » déclarait-il durant sa campagne de 2017. Celui-ci ne se représentera pas, mais le candidat du même Parti Démocrate au pouvoir, Lee Jae-myung, s’est lui aussi positionné en faveur d’un renforcement de la marine par l’atome et a assuré qu’il demanderait l’aide du savoir-faire américain pour y parvenir.

Un savoir-faire que l’Oncle Sam devrait logiquement refuser, mais le retour de ce débat militaro-industriel ne correspond pas seulement à l’élection présidentielle coréenne : le gouvernement de Séoul a annoncé la construction d’un prototype d’un réacteur nucléaire de poche qui fera partie d’un futur complexe de recherche sur l’énergie atomique – le plus grand de Corée du Sud. Le réacteur modulaire, qui devrait être achevé d’ici 2027, serait similaire à ceux qui alimentent les navires de haute mer tels que les brise-glace et les porte-conteneurs. Mais il pourrait aussi très bien avoir un usage militaire, alertent des experts de l’énergie atomique.

D’autant que, étrange coïncidence, le pays a aussi annoncé qu’il allait renforcer sa flotte de six sous-marins supplémentaires. Les trois premiers seront équipés de batteries lithium-ion. Les sources d’énergie des trois autres sous-marins de 4 000 tonnes n’ont pas été révélées, mais il est de notoriété publique que les amiraux et au moins une partie du gouvernement aimeraient les voir marqués du sceau atomique.

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