Les histoires d’Halloween ne vous effraient pas du tout ? Sans le savoir, vous êtes peut-être atteint d’aphantasie

Outre les traditionnels films d’horreur et les parades nocturnes costumées, ce week-end d’Halloween est également propice à se raconter des histoires effrayantes entre amis, dans la pénombre. Il est toutefois possible que vous frissonniez (au moins un peu) à l’occasion des deux premières activités et que vous restiez de marbre devant la troisième. Vous pourriez alors « souffrir » d’aphantasie, un syndrome encore très peu exploré par la science.

Dans un article publié sur le site The Conversation, principalement alimenté par des chercheurs désireux de faire connaître le fruit de leur travail à un public plus large, Rebecca Keogh, chercheuse en sciences cognitives à la Macquarie University (Sydney), s’épanche sur un syndrome encore relativement méconnu: l’aphantasie.

La période d’Halloween se prête particulièrement bien à la découverte de ce syndrome qui toucherait entre 1 et 4% de la population mondiale. Des estimations relativement incertaines, dans la mesure où la communauté scientifique ne s’y intéresse que depuis peu. Le terme « aphantasie » n’a d’ailleurs été créé qu’en 2015.

Une expérience vaut mieux qu’un long discours

Pour illustrer ce qu’est l’aphantasie, Rebecca Keogh a mené une expérience. Elle a demandé à des personnes de s’asseoir dans le noir et de lire des histoires courtes potentiellement effrayantes. Celles-ci n’avaient pas trait à du paranormal, mais plutôt à des peurs assez répandues. Les participants ont ainsi été confrontés à des récits dans lesquels ils se retrouvaient poursuivis par un requin ou recouverts d’araignées.

Avant d’entamer leurs lectures, les participants se sont vus placer de petites électrodes sur les doigts. Celles-ci ont permis de mesurer leur niveau de transpiration.

Résultat: les chercheurs ont identifié de légères augmentations de transpiration chez bon nombre des personnes. Mais quelques participants n’ont pas sué d’un millilitre. Ils ne sont pas moins couards pour autant. Car, par la suite, tout le monde a été confronté à des images effrayantes. Et là, les personnes non-effrayées précédemment ont tout autant transpiré que les autres.

En réalité, les personnes qui n’ont pas eu peur à la lecture des histoires effrayantes sont vraisemblablement atteintes d’aphantasie.

Difficultés à créer des images mentales

Vous l’aurez sans doute compris: l’aphantasie est un syndrome qui se traduit par de grosses difficultés (voire par une impossibilité) à visualiser dans sa tête des mots lus ou entendus. Malgré tous les efforts qu’elles déploient, les personnes qui en sont atteintes ne voient rien, ou presque, dans leur esprit.

« Très peu de travaux ont été réalisés pour mesurer l’activité neuronale des personnes atteintes d’aphantasie afin de nous donner une idée précise de la raison pour laquelle elles ne peuvent pas visualiser d’images », écrit Rebecca Keogh.

Les quelques études sur le sujet montrent que la connexion entre le lobe frontal (qui contient le cortex préfrontal, siège du langage et du raisonnement) et le lobe occipital (où se situe le cortex visuel) du cerveau est liée à la visualisation des images. Chez les personnes atteintes d’aphantasie, la connexion entre ces deux régions est plus faible.

C’est grave, docteur ?

A priori, être atteint d’aphantasie n’est pas vraiment handicapant. Les personnes atteintes rapportent simplement que leurs souvenirs personnels (souvenirs autobiographiques) sont moins vifs et détaillés que ceux des personnes ayant une imagerie visuelle efficace.

Il se pourrait même que ce syndrome ait un effet positif. Les personnes atteintes d’aphantasie pourraient être moins susceptibles de développer des troubles associés aux souvenirs de peur, comme le syndrome de stress post-traumatique (SSPT).

Des recherches supplémentaires sont toutefois encore bien nécessaires pour faire toute la lumière sur ce syndrome.

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