L’énorme scandale qui met à mal la volonté de la Malaisie de devenir le centre mondial du halal

De fausses viandes halal ont été écoulées sur les marchés de Kuala Lumpur (Malaisie) pendant 40 ans – Isopix

Depuis plusieurs jours, un gros scandale frappe la Malaisie. Il apparaît que des viandes non-halal auraient été fraudulusement étiquetées « halal » et vendues comme tel. L’escroquerie aurait duré 40 ans.

C’est une affaire qui secoue la communauté musulmane malaisienne et qui pourrait avoir de lourdes répercussions sur l’économie du pays. La presse locale a révélé qu’un cartel organisait l’importation de viandes non-halal et soudoyait des agents gouvernementaux pour faire entrer ces produits de contrebande en Malaisie en les étiquetant comme halal.

Réglé comme du papier à musique

L’enquête n’en étant qu’à ses prémisses, certaines zones d’ombres subsistent. Toutefois, on sait déjà que la police a déjà arrêté un suspect. On sait aussi qu’il s’agissait de viandes de cheval et de kangourou, qui étaient estampillées « viande de boeuf halal ». Des inspecteurs des agences gouvernementales malaisiennes chargés de vérifier auprès des abattoirs si ces viandes respectaient bien les normes halal étaient corrompus par le cartel avec de l’argent et/ou des faveurs sexuelles.

D’après les premiers éléments de l’enquête, révélés par le New Straits Times, les viandes non-halal provenaient d’abattoirs des quatre coins du monde: Europe (Espagne, Ukraine), Asie (Chine), Amérique du Sud (Brésil, Colombie, Bolivie) et Amérique du Nord (Canada, Mexique). À part le Brésil, tous ces pays ne font pas partie de la liste des pays autorisés par la Malaisie pour l’importation de viandes halal. Des fonctionnaires pilotant les opérations d’importations maritimes malaisiennes, eux aussi soudoyés, fermaient les yeux sur le fait que ces viandes arrivaient depuis des pays interdits.

Très bien structurée, cette fraude se serait déroulée pendant plus de 40 ans.

Incertitudes

On ne connaît pas encore la réelle ampleur du scandale. À priori, les trois plus grands fournisseurs de produits carnés de Malaisie n’auraient pas acheté ces viandes non-halal. Les producteurs s’étant fait duper par cette arnaque seraient de plus petites structures. C’est en tout cas ce qu’a annoncé le ministre malaisien du Commerce intérieur et de la Consommation, qui a tenté de rassurer une population en colère.

Attendant que toute la lumière soit faite autour de cette affaire, une association de commerçants et de marchands ambulants basée à Kuala Lumpur a demandé à ses 6.000 membres de suspendre temporairement la vente de produits à base de viande bovine

Environ 60% des Malaisiens sont musulmans. Craignant d’avoir mangé pendant des années de la viande qui n’a pas été préparée selon les préceptes de leur religion, une grande partie d’entre eux est scandalisée.

Impact économique

Si les autorités malaisiennes sont évidemment embêtées que ce scandale relgio-alimentaire suscite la colère de plus de la moitié de sa population, elles sont également préoccupées par ses éventuelles répercussions économiques.

L’agence de presse spécialisée dans l’économie Bloomberg indique que la Malaisie a pour objectif de devenir le centre économique mondial du halal. Un marché international évalué à 2,3 billions de dollars. Actuellement, le pays exporte déjà chaque année pour environ 9 milliards de dollars de produits halal (produits alimentaires, cosmétiques, pharmaceutiques), principalement vers la Chine, Singapour, les Etats-Unis et le Japon.

Le cartel mis à part, la Malaisie s’inquiète du fait que cette fraude a aussi impliqué la corruption d’agents gouvernementaux et qu’elle est passée inaperçue pendant plusieurs dizaines d’années. Elle craint de voir son image sérieusement écornée à l’international et de devoir revoir ses ambitions à la baisse.

Les autorités tentent, tant que faire se peut, de limiter la casse en affichant fermeté et promesses de clarification rapide de la situation. Le pays envisage de créer une commission royale d’enquête, qui, selon le ministre des Affaires religieuses, est le meilleur moyen d’enquêter sur la question et de répondre aux légitimes préoccupations des musulmans du pays.