L’embargo sur le pétrole russe n’est plus qu’une question de temps, pourtant les marchés restent relativement calmes: pourquoi ?

Avec le soutien de l’Allemagne, l’embargo sur le pétrole russe se rapproche à grands pas. Pour trouver un accord, l’UE songe à mettre en place des exceptions pour les deux pays qui bloquent : la Hongrie et la Slovaquie. Pourtant, les cours des barils de Brent et WTI restent étonnamment calmes.

À 107 dollars le baril de Brent et 104 dollars le baril de WTI, en baisse ce mardi, on ne peut pas dire que les cours du pétrole explosent devant les nuages noirs qui s’amoncèlent. Pourtant, un accord sur un embargo du pétrole russe semble de plus en plus proche.

La Commission européenne devrait proposer ce mercredi un embargo, mais il sera sans doute progressif et ne sera pleinement effectif qu’à la fin de l’année. Les 27 devront se positionner sur l’accord après le discous attendu demain de la présidente Ursula von der Leyen. Face à la menace de la Hongrie de faire capoter le tout, l’UE devrait proposer des exceptions pour le pays de Viktor Orban et pour la Slovaquie, confirment plusieurs diplomates européens. Ces deux pays ne possèdent ni les ports ni les infrastructures pour trouver des alternatives au pétrole russe, dont ils dépendent beaucoup.

Pour le reste, il semble y avoir une certaine unanimité suite au soutien de l’Allemagne, dont le ministre de l’Économie, Robert Habeck, a confirmé ce lundi que Berlin était prête à se passer du pétrole russe.

Mais le ministre a tenu à mettre en garde l’UE et ses citoyens: « Il est inconcevable que les sanctions n’aient pas de conséquences sur notre propre économie et sur les prix dans nos pays. En tant qu’Européens, nous sommes prêts à supporter [la pression économique] afin d’aider l’Ukraine. Mais il est impossible que cela n’ait pas un coût pour nous. »

Pétrole vs. gaz

Pourtant, actuellement, si le prix du baril reste élevé, il n’explose pas ces derniers jours. La raison, outre cet embargo progressif, c’est que le marché s’attend à ce que l’UE trouve des alternatives. « Il est plus simple d’aller chercher du pétrole ailleurs que du gaz », explique l’expert en énergie James Waddell, interrogé par CNBC. « Il y a des possibilités à court terme pour reconfigurer le marché mondial du pétrole », argumente-t-il, pour expliquer la situation actuelle. Se passer du pétrole russe ne serait pas un si « grand coup » porté au marché.

Dans les faits, les capitales européennes ont déjà commencé à se détourner du pétrole russe. L’Allemagne, à titre d’exemple, a diminué ses importations de 35 à 12% au cours des dernières semaines. Rappelons qu’avant la crise, l’UE importait 20 à 25% de son pétrole depuis la Russie contre 40 à 50% pour le gaz.

L’UE compte beaucoup sur le GNL pour se passer du gaz naturel russe, mais la construction d’infrastructures et de terminaux GNL prend plusieurs années. C’est pourquoi le gaz ne fera pas partie des sanctions européennes avant un bon moment.

Mais l’UE devait néanmoins répondre suite à la décision de la Russie de couper le gaz à la Pologne et à la Bulgarie. C’est ce qu’elle va probablement faire avec cet embargo sur le pétrole.

Coûts

Un embargo sur le pétrole va faire mal à l’économie russe. Les recettes d’exportation de pétrole vers l’Europe représentaient 11 % du PIB de la Russie en 2021, avant l’explosion des prix. La Russie serait alors contrainte de vendre une partie de ces 2,5 millions de barils quotidiens à perte, l’Inde et la Chine ne pouvant en absorber plus d’un million, selon les analystes. Pour une économie russe qui devrait déjà se contracter de 10% cette année, le coup porté à la Russie sera très dur et mettra cette fois sans aucun doute Vladimir Poutine sous pression.

Côté européen, Barclays prévoit toutefois une hausse des cours du pétrole de 40% suite à l’embargo. Même si des alternatives existent, l’offre de pétrole diminuera très certainement, faisant grimper son prix, à plus long terme.

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