Le tissu intelligent sensible comme une peau, l’avenir des vaisseaux spatiaux ?

Dans le calendrier de l’indispensable ravitaillement que nécessite la Station spatiale internationale se trouvera bientôt une livraison très spéciale : courant février, les scientifiques qui peuplent l’ISS devraient recevoir deux tonnes de fret convoyées par une capsule Cygnus NG-17, du groupe Northrop Grumman Innovation Systems. Et parmi cette cargaison, de très importants bouts de tissu.

Plus précisément, l’ISS recevra une paire d’échantillons de textiles électroniques dotés de capteurs de chocs et de vibrations. Ceux-ci devront être placés à l’extérieur de la station orbitale par un bras robot, tandis que, sur Terre, un centre de contrôle étudiera comment ils vont réagir à un tel traitement. L’idée n’est bien sûr pas de mettre au point des vêtements résistants au vide spatial, du moins pas encore, mais de collecter des données en temps réel sur l’évolution des conditions dans l’espace, tout en recueillant, avec un peu de chance, des échantillons de poussière spatiale. Les capteurs dans le tissu seront même capables de détecter les micro-impacts prometteurs. Une sorte de pêche à la ligne dans le vide qui doit durer six mois. Si le système fonctionne comme prévu, nous pourrons même détecter jusqu’à 20 impacts de micrométéorites sur la surface de 10 cm sur 10 cm du tissu, et toute donnée intéressante qui sera transmise à la Terre en temps réel.

Des vaisseaux recouverts d’un drap blanc

L’objectif de cette expérience est de tester la résistance de ce tissu sur de longues durées d’exposition au vide spatial. Non pas qu’ils soient d’une technologie si novatrice eux-mêmes : les parois extérieures de l’ISS, qui a déjà 20 ans, sont enveloppées d’un textile d’ingénierie qui donne à la station sa couleur blanche. Appelé tissu Beta, ce tissu recouvre la coque métallique de la station et protège le vaisseau spatial contre la surchauffe et l’érosion. Le tissu Beta se retrouve également à l’extérieur des combinaisons spatiales de l’ère Apollo et des habitats gonflables de nouvelle génération de Bigelow Aerospace.

Une seconde peau sensible comme une vraie

Mais ce qui est neuf avec cette expérience, c’est que ces tissus pourraient devenir une véritable seconde peau. Parcourus de capteurs électroniques en guise de système nerveux, ceux-ci seraient capables de détecter le moindre défaut dans les défenses d’un vaisseau spatial, trahi par exemple par un changement dans la température extérieure.

« Imaginez que le tissu protecteur qui recouvre un vaisseau spatial puisse faire office d’expérience astrophysique, sans pour autant ajouter une masse, un volume ou des besoins énergétiques excessifs. Et si cette peau intelligente pouvait également mesurer les dommages cumulatifs causés par les débris spatiaux orbitaux et les micrométéorites trop petits pour être repérés par un radar ? Les textiles sensibles des combinaisons spatiales pressurisées pourraient-ils donner aux astronautes le sens du toucher, comme si le tissu était leur propre peau ? Dans chaque cas, les tissus électroniques sensibles aux vibrations et aux charges pourraient servir de technologie de base », s’enthousiasme-t-on sur le site spécialisé IEEE Spectrum. Car de là à imaginer tous les usages futurs de cette future « peau spatiale » il n’y a en effet qu’un pas.

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