Le secteur spatial ukrainien, un butin précieux pour les Russes, mais une opportunité à saisir pour l’Europe ?

Quand l’URSS s’est désagrégée, elle a laissé derrière elle une industrie aérospatiale inestimable, qui n’avait certes pas remporté la course à la Lune mais qui pouvait certainement tenir son rang face à son équivalente américaine. Or, toutes ces installations ne sont pas revenues à la Fédération de Russie quand l’empire soviétique s’est étiolé : l’Ukraine aussi en a hérité une part non négligeable. Et ce secteur spatial ukrainien se retrouve plongé dans la guerre.

L’industrie spatiale de l’Ukraine n’a sans doute pas l’ampleur de la NASA, mais elle n’en représente pas moins un potentiel industriel non négligeable. Au total, l’agence spatiale ukrainienne et les entreprises spatiales publiques, dont le producteur d’engins et de composants spatiaux Yuzhmash, le bureau de conception de technologies spatiales Yuzhnoe et l’usine radio de Kiev, fournissent 16.000 emplois selon Space News, qui s’est entretenu avec Volodymyr Usov, cofondateur de la startup Kurs Orbital et ancien directeur de l’agence spatiale du pays.

Des bases spatiales qui pourraient devenir des buts de guerre

Un secteur spatial qui a toutefois déjà été amputé de ses infrastructures en Crimée, occupée par la Russie depuis 2014. Les autorités russes avaient dévoilé des plans visant à remettre en état le NIP-16, une installation spatiale soviétique située en Crimée dotée d’un centre de communication avec des équipages en orbite, et à la réintégrer dans le réseau du pays. Celui-ci semble toujours aux mains de l’armée russe.

Or Volodymyr Usov craint que le reste de l’industrie spatiale de son pays ne soit à son tour perçu comme un objectif de guerre par Moscou: « À Dnipro, Yuzhmash et Yuzhnoye n’ont pas été bombardés ou visés par des attaques de missiles jusqu’à présent. L’une des raisons possibles est que le plan de la Russie est de les prendre dans le cadre de son invasion, et qu’elle a donc l’intention de garder ces installations intactes. « En raison des attaques russes dans la région de Dnipro, ces installations ne fonctionnent pas à pleine capacité, et elles ont été contraintes d’interrompre les travaux sur leurs projets. Mais une part de leurs employés assure la poursuite des opérations. »

Incarner un partenaire prometteur pour l’UE

L’industrie spatiale ukrainienne est déjà impliquée dans diverses collaborations avec des pays d’Europe occidentale, en Italie et au Royaume-Uni par exemple. Face au risque que la Russie fasse main basse sur son savoir-faire, les responsables ukrainiens vont valoir leur résilience face à l’invasion comme un argument pour paraître indispensables aux futures ambitions spatiales de l’Union européenne. « L’invasion actuelle a démontré que l’Europe ne peut pas dépendre de la Russie et de ses lanceurs Soyouz pour couvrir ses besoins », estime Usov. « Si les États membres de l’Union européenne veulent maintenir leur propre constellation de satellites, ils doivent effectuer des lancements depuis leur propre territoire. »

À lui seul, Volodymyr Usov représente à la fois Kurs Orbital, qui travaille sur des lanceurs réutilisables capables d’atteindre différents niveaux d’orbite terrestre, mais aussi Orbit Boy, une startup consacrée à l’envoi de microsatellites par avion à haute altitude, et qui se positionne clairement comme une option intéressante pour les pays de l’UE.

« La semaine dernière, nous avons rencontré des représentants de l’Agence spatiale polonaise à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Nous voulons coopérer avec la Pologne sur une fusée à propergol solide. Nous avons également établi une collaboration avec des partenaires italiens, et nous souhaitons utiliser une base militaire abandonnée à Comiso, en Sicile. Nous procéderons au lancement à partir de là », avance Usov. Celui-ci estime que, une fois la guerre terminée et l’Ukraine en voie de faire partie de l’UE, le secteur spatial privé d’Ukraine connaitra un développement rapide au sein d’un réseau de partenariats européens.

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