Le nucléaire, l’enjeu des élections de septembre en Suède

La Suède est un des pays à l’électricité la plus verte d’Europe. Son parc est principalement composé d’hydroélectricité, d’éolien et de nucléaire et lui garantit habituellement des prix bon marché. Les différentes franges de la droite font aujourd’hui déjà campagne pour les élections, en faisant front commun pour le nucléaire.

La Suède entretient une relation quelque peu ambigüe avec l’atome. En 1980, après un référendum, elle avait décidé d’en sortir progressivement. Aujourd’hui, dans le débat européen sur la taxonomie verte, la Suède plaide pour le nucléaire (et contre le gaz). Récemment, la Suède a également pris la décision d’enfouir ses déchets radioactifs sur son propre sol.

L’atome a ainsi toujours gardé une place forte dans le débat politique. Et depuis le début de la crise des prix de l’énergie, le nucléaire s’est hissé au premier plan des débats. Le timing n’est pas anodin non plus, car dans sept mois (le 11 septembre), les Suédois doivent se rendre aux urnes. Ainsi, des affiches avec le slogan « Le gouvernement supprime les centrales nucléaires. Pour le climat, ce serait intelligent de se débarrasser du gouvernement » sont placardées dans les rues des villes, par le Parti conservateur (opposition), rapporte le Monde.

« Le nucléaire est une ligne de conflit gratifiante entre l’opposition et le gouvernement », analyse le directeur du centre de recherches suédois sur l’énergie, Markus Wrake. Le nucléaire esquisse également une coalition possible : conservateurs, libéraux, chrétiens-démocrates et extrême droite plaident pour, et espèrent même pouvoir gouverner ensemble (le gouvernement actuel est social-démocrate, et les verts ont quitté le navire en novembre de l’année dernière).

Exportations : envolées des prix de l’électricité

Le parc énergétique suédois se compose comme tel : quasi 7 GW de nucléaire, 11GW d’éolien, 16 GW d’hydroélectricité, et encore 5 GW de biomasse, selon ElectrictyMap. Le gaz n’y est que peu représenté, avec moins de 700 MW, et donc la crise des prix de l’énergie, emportée par le gaz, n’a pas eu d’impact direct sur la Suède, qui a profité de prix historiquement bas ces dernières années.

Mais l’Allemagne est elle dépendante du gaz russe et est exposée aux prix. Le pays a donc acheté de l’électricité auprès de ses partenaires européens, comme la France ou la Suède. « Parce que la Suède exporte son électricité en Allemagne notamment, où les tarifs sont élevés, cela se répercute sur les prix ici », explique Markus Wrake. Entre juin et décembre, les exportations ont même dépassé les importations tous les jours (sauf deux).

Tarifications locales

Si les habitants du sud du pays (environ 80% du pays) ont été exposés à une facture qui a doublé voire même triplé, ceux du nord du pays n’ont rien senti passer. Pour encourager les investissements, notamment dans la partie sud, le distributeur du réseau Svenska kraftnät avait instauré en 2011 quatre zones de tarification distinctes, en misant sur la fluctuation des prix. A cause de goulots d’étranglement, il est difficile de transférer l’électricité d’une région à l’autre.

Dans le nord effectivement, les éoliennes ont poussé comme des champignons (augmentant la capacité des deux régions du nord de respectivement 26 et 41%) depuis dix ans, mais dans le sud, quatre réacteurs sur dix ont été fermés. Des éoliennes ont été ajoutées, mais la production totale est la même qu’il y a dix ans. En 2020, deux réacteurs avaient été arrêtés par l’électricien Vattenfall, pour des raisons financières. La droite s’y opposait.

Consommation doublée d’ici 2045

D’ici 2045, la consommation devrait doubler, passant de 140 TWh à 310 TWh, selon une étude d’Energiföretagen, représentant du secteur. La décarbonisation de l’industrie sidérurgique devrait consommer à elle seule 82 TWh. Le transport, électrifié, comptera également pour une bonne part.

L’éolien, malgré sa capacité de 11 GW, supérieure au nucléaire, ne produit aujourd’hui que 17% du mix énergétique, contre 29% pour l’éolien, note le Monde. En 2025, la production des deux énergies devrait être égale.

Dans cette explosion de la demande, et pour atteindre la neutralité carbone, la droite mise donc sur le nucléaire, notamment sur les petits réacteurs modulaires. Carl Berlöf, spécialiste du nucléaire auprès de Energiföretagen, plaide également pour l’atome, pour au moins garder une part dans le mix énergétique, comme « garantie pour la stabilité du système et la sécurité d’approvisionnement et accompagner les investissements dans l’éolien ».

Polarisation

Martin Johansson, spécialiste du renouvelable auprès de l’Agence de l’énergie, vient donner un avis plus nuancé sur le débat. D’un côté, il dénonce une forte polarisation du débat. Polarisation qui est d’ailleurs sensible dans d’autres pays européens, en Belgique également. De l’autre côté, il regrette qu’on oppose toujours le nucléaire à l’éolien. Selon lui, il s’agit un peu d’un faux débat, car « rien n’indique que les six réacteurs encore en fonctionnement seront arrêtés avant 2040, ou même vingt ans plus tard ».

Pour le futur, il voit un énorme potentiel pour l’éolien, ainsi que le développement de capacités de stockage de l’électricité (qui est un des défis actuels du renouvelable : en cas de surplus de production, l’excédent est perdu, et ne peut être gardé pour des périodes avec moins de production) et une flexibilisation de la demande, en espérant que les consommateurs « apprennent à réagir en fonction des prix ».

Aides pour les ménages

Les ménages suédois ont également eu droit à des aides, pour faire face aux augmentations des prix de l’énergie. Une enveloppe équivalente à 570 millions d’euros est sur la table. Pour Markus Wrake, elle ne va cependant pas dans le bon sens, car plus on consomme, plus on a droit à des aides. « Cela risque d’affaiblir l’incitation à réduire ou adapter sa consommation, ce qui est très important pour la transition sur le long terme. Il serait bon de se rappeler quels sont nos objectifs sur le long terme et pourquoi
nous nous sommes engagés dans la transition énergétique en Europe ».

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