Le monde du (télé)travail selon Zuckerberg aura d’énormes implications sociétales

Mark Zuckerberg, CEO et fondateur de Facebook.

‘La prochaine étape – avec effet immédiat – est d’ouvrir tous nos emplois aux personnes qui travaillent à domicile. Partout. C’est logique, parce qu’en ce moment, tout le monde travaille à distance. Malgré cela, nous continuons à recruter des personnes qui vivent à proximité de notre bureau, même s’il n’est pas ouvert. Nous allons donc aussi commencer à recruter des personnes qui vivent loin d’ici’.

C’est ce qu’a déclaré Mark Zuckerberg, le CEO de Facebook, dans une interview accordée à The Verge. La semaine dernière, on a appris que des entreprises comme Twitter et Square (complètement), mais aussi Facebook, Spotify et Google (partiellement) offraient désormais à leur personnel la possibilité de continuer à travailler à domicile.

La crise du Covid-19 a en effet fait mûrir les esprits et affaibli l’opposition au télétravail. LinkedIn a enregistré une augmentation de 28% du nombre d’offres d’emploi contenant le terme ‘télétravail’ au cours du mois dernier. Le nombre de personnes qui ont cherché ‘travailler à distance’ ou ‘depuis la maison’ a également augmenté de 42%. Selon certaines prévisions, plus d’un milliard d’emplois pourraient être réalisés en utilisant uniquement une connexion Internet d’ici 2035.

Si les gens commencent à travailler massivement et de façon permanente depuis chez eux, beaucoup finiront par quitter les villes hors de prix pour aller vivre dans des zones rurales moins chères. Cela aura à son tour un impact majeur sur les déplacements domicile-travail et l’immobilier. Mais également sur toutes les activités qui gravitent autour des lieux de travail: bureaux, mais aussi cafés, restaurants et supermarchés.

Recrutement à distance

Mais le monde que Mark Zuckerberg esquisse dans son interview à The Verge revêt également des implications qui sont d’un tout autre ordre.

Avec le ‘recrutement à distance’, tous les emplois disponibles chez Facebook ne seront plus accessibles aux seules personnes vivant dans la Silicon Valley et ses environs – Facebook payait jusqu’à récemment une prime de recrutement de 15.000 dollars pour que ses nouveaux employés puissent s’installer près du bureau – mais à tout le monde. Les conséquences pour le marché du travail sont tout bonnement impossibles à prévoir.

Un monde nouveau

De nombreux économistes ont déjà prévenu que la crise du coronavirus allait donner naissance à un monde nouveau. Et dans ce monde-là, les emplois bien rémunérés seront exercés à distance par une classe privilégiée et limitée de travailleurs issus de l’enseignement supérieur, peu importe où ils se trouvent sur la planète. Pour le même poste chez Facebook, un informaticien de la Silicon Valley doit désormais rivaliser avec des concurrents hautement qualifiés en Chine ou en Inde, sans que ceux-ci n’aient à se délocaliser.

Mais à l’autre bout du spectre se trouvent les emplois locaux, moins bien payés, peu qualifiés et non compétitifs. Ces tâches sont effectuées par des personnes qui ne peuvent pas travailler à distance. Ce sont souvent les emplois qui se sont révélés être ‘essentiels’ durant la crise du Covid-19. Pensez aux livreurs de colis ou de repas, au personnel hospitalier, aux chauffeurs, aux ouvriers d’usine, etc.

L’un des plus grands défis de la décennie à venir et de la suivante sera de parvenir à concilier ces deux mondes sans accroître les inégalités déjà existantes.