Le grand secret de la monnaie suisse

À la mi-décembre, les banquiers centraux de nombreux pays se réuniront pour décider des taux d’intérêt. En Suisse, les taux d’intérêt bas sont susceptibles d’augmenter moins rapidement qu’en Europe ou aux États-Unis, par exemple. Avec un franc fort, le pays dispose déjà d’une bonne arme contre l’inflation.

Dans le monde entier, les banques centrales s’efforcent de maîtriser une inflation élevée. À cet égard, la banque centrale suisse (BNS) fait de plus en plus figure d’exception. Alors que les taux directeurs sont en hausse dans de nombreux pays, la BNS a adopté une approche prudente ces derniers temps. En juin, la banque a été assez précoce avec une hausse des taux de 0,5 %. Et en septembre, elle a même suivi avec une hausse de 0,75 pour cent. Mais le taux actuel de 0,5 % est bien inférieur aux 2 % de la zone euro et aux 4 % des États-Unis.

Taux idiosyncratique de la BNS

Les réunions des banques centrales d’Europe, des États-Unis, de Suisse et de Grande-Bretagne, entre autres, sont prévues à la mi-décembre. Il y a de fortes chances que la hausse des taux suisses soit alors moins importante que celle de la Banque centrale européenne ou de la Réserve fédérale, par exemple. La clé de la politique divergente de la BNS doit être recherchée sur le marché des changes. Le franc suisse y a augmenté de 5 % par rapport à l’euro depuis le début du mois de juin. Par rapport au printemps 2021, ce gain s’élève même à plus de 12 %. Une monnaie plus chère freine automatiquement l’inflation. En effet, tous les produits et services étrangers deviennent moins chers lorsqu’ils sont convertis dans leur propre devise.

La monnaie comme inhibiteur d’inflation

En Europe, nous avons en fait souffert de l’effet inverse pendant une grande partie de l’année. L’augmentation du prix du dollar a entraîné une hausse du coût de toutes sortes de biens importés négociés dans la monnaie américaine. Cela n’a fait qu’attiser le feu de l’inflation. Mais alors que celle-ci a atteint plus de 10 % en Belgique en début de semaine, l’inflation en Suisse est inférieure à 3 %. Il faut être juste : cette faible inflation n’est pas entièrement due à la force du franc. La Suisse dépend de l’hydroélectricité et des centrales nucléaires pour plus de 90 % de son approvisionnement en énergie. En conséquence, le pays a relativement peu souffert de la flambée des prix du gaz naturel.

Un pas en arrière

Récemment, cependant, le franc suisse a fait un pas en arrière. Le monde monétaire semble donc se préparer à ce que les taux d’intérêt augmentent moins dans ce pays que dans la zone euro. Il reste à voir si la BNS se laissera aussi facilement dépouiller de son arme contre l’inflation. Dans le passé, la banque est régulièrement intervenue sur les marchés des devises pour éviter que le franc ne devienne si cher que la position concurrentielle des entreprises suisses se détériore fortement. Ces derniers temps, la BNS est de plus en plus encline à donner un coup de pouce à la monnaie. D’autre part, un important facteur de soutien au franc semble en train de disparaître. La monnaie suisse est considérée comme une valeur refuge en période d’incertitude. Récemment, les marchés financiers semblent bénéficier d’un nouveau souffle. Si ce mouvement se poursuit, il sera très difficile pour la BNS de maintenir le franc à flot.


Joost Derks est un spécialiste des devises chez iBanFirst. Il a plus de 20 ans d’expérience dans le monde de la monnaie. Cette chronique reflète son opinion personnelle et ne constitue pas un conseil professionnel (d’investissement).

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