La Wallonie et Philippe Henry (Ecolo) veulent lancer une révolution du marché de l’énergie avec le décret électricité, un loup dans la bergerie pour le PTB

Devenir acteur de la transition. C’est le mot d’ordre du ministre wallon de l’Énergie qui a présenté hier son décret électricité. Reposant sur le déploiement de compteurs communicants, il devrait entrer en vigueur en 2024 et changer complètement la perspective du citoyen par rapport à sa consommation. Mais ce décret fait déjà lever quelques sourcils.

Dans l’actualité: le ministre Philippe Henry (Ecolo) a présenté mardi les grandes lignes du décret électricité.

Le détail: ce décret place le client au centre du processus, dans un contexte de réduction de la consommation et du déploiement des énergies renouvelables.

  • Bienvenue dans l’air du marché de l’électricité 2.0. Au travers du déploiement des énergies renouvelables, les consommateurs doivent devenir des acteurs de leur consommation, mais aussi de leur production.
  • Philippe Henry et le gouvernement wallon s’essayent au délicat exercice de modernisation du marché de l’électricité qui bouleversera de nombreuses habitudes. À commencer par le déploiement de compteurs communicants dès 2023. Terminés les compteurs de jour et de nuit, il s’agit ici d’un compteur à double flux qui mesure l’électricité consommée et injectée dans le réseau.
  • Cet appareil devrait être imposé pour toute nouvelle installation d’électricité renouvelable de type panneaux solaires. Ce sera aussi le cas pour les remplacements de compteur ou en cas de nouveau raccordement.
  • Ces nouveaux compteurs changeront de facto la tarification de l’électricité telle qu’on la connait aujourd’hui. C’est là qu’entre en scène la notion de client actif: le citoyen deviendra consommateur et également producteur (comme c’est le cas des prosumeurs pour le moment). Sera considéré comme client actif celui qui : injecte de l’énergie dans le réseau, stocke ou autoconsomme.
  • Dans cette perspective, les droits des clients seront renforcés avec la possibilité de changer de fournisseur dans les 24 heures ou de conclure plusieurs contrats de fournitures à la fois.
  • L’autre grande révolution est la notion de communautés: des ménages, des entreprises ou des entités publiques pourront se regrouper en communautés pour acheter ensemble des installations renouvelables (panneaux photovoltaïques, éoliens…) et vendre cette électricité au sein de cette communauté.

L’essentiel : la question que tout le monde se pose : est-ce que le consommateur sera gagnant ?

  • Une révolution annoncée suscite forcément beaucoup de questions. La mise en place de ces compteurs et de ces communautés adaptées aux énergies renouvelables lance les bases d’une nouvelle tarification variable.
  • En effet, actuellement, on sait que les énergies renouvelables sont entravées par la capacité du réseau à absorber toutes ces énergies quand elles tournent à plein régime. Inversement, que fait-on quand il n’y a ni vent ni soleil ?
  • Les communautés sont censées pallier en partie à ces problèmes de saturation ou de manque. Une meilleure interconnexion entre les clients à une échelle locale devrait améliorer le processus de consommation et de distribution.
  • Mais cela suppose que les consommateurs devront aussi changer leurs habitudes de consommation en utilisant l’électricité quand les énergies renouvelables fonctionnent. Si tout le monde utilise l’électricité à plein pot quand il pleut et qu’il n’y a pas de vent, les bénéfices seront inexistants.
  • C’est pourquoi une tarification variable selon différents moments de la journée pourra être mise en place. Le consommateur pourra aussi limiter sa consommation d’électricité moyennant rémunération, comme incitant.
  • Nous en sommes encore au stade d’avant-projet et tous les détails pratico-pratiques doivent encore être mis sur papier et discutés. Mais dans l’opposition et principalement au PTB, on voit arriver la poutre: « Il s’agit d’un nouveau tarif de l’électricité qui changera tous les quarts d’heure et qui sera plus cher pour les ménages (…). Personne ne soupera à 15h ou ne donne le bain du bébé à 11h du matin, dénonce Germain Mugemangango, chef de file PTB au Parlement wallon. Si ce tarif est appliqué aux familles, les montants des factures vont augmenter et le montant de la facture sera incontrôlable. »
  • Le PTB y voit une dérégulation de plus en faveur de contrats variables qui s’accordent aux prix de l’énergie sur les marchés de gros: « Si ce décret est appliqué, il pourrait y avoir une hausse de 15 % sur la partie énergie de la facture, selon la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG). Par ailleurs, les ménages devront alors eux-mêmes supporter le risque de fluctuation des prix sur les marchés causé par la spéculation. C’est contraire à la direction qu’il faut prendre pour aider les ménages qui ont besoin de stabilité sur le long terme. »
  • De l’autre côté, pour l’ASBL Énergie Commune, interrogée par La Libre, ce décret ne va pas assez en profondeur. Benjamin Wilkin regrette que la Wallonie n’ait pas été aussi loin que Bruxelles en proposant des réductions sur les frais de réseaux pour les acteurs qui voudraient se connecter à ces communautés: « Beaucoup de freins et de barrières ont été mis en place. On a le sentiment que la Wallonie a eu peur de créer une nouvelle bulle, après la bulle photovoltaïque. »

Ailleurs: le FMI est sévère avec la Belgique

  • Le FMI a rendu son rapport sur l’inflation, la croissance et les finances publiques. Ses prévisions prévoient notamment une inflation record de 8% sur l’ensemble de 2022. C’est bien sûr la crise en Ukraine et son incidence sur les prix de l’énergie qui est en la principale cause. Mais c’est nettement plus que la moyenne de nos trois principaux partenaires commerciaux: à savoir la France (4,1%), l’Allemagne (5,5%) et les Pays-Bas (5,5%).
  • Voilà de quoi ne pas rassurer les organisations patronales qui s’inquiètent de la spirale salaires-prix qui fait baisser la compétitivité des entreprises belges.
  • Depuis plusieurs mois maintenant, le patronat remet en cause l’indexation automatique des salaires qui n’existe pas chez nos voisins. Cette tension salariale devrait se traduire bientôt par un affrontement politique au sein de la Vivaldi, avec les syndicats qui font pression dans l’autre sens pour abroger la loi de 1996 qui limite l’augmentation des salaires (hors indexation).
  • La FEB rappelle que la Banque Nationale de Belgique a mis en lumière une hausse des coûts salariaux de 13% en trois ans, soit 20 milliards d’euros. Mais un saut d’index est inenvisageable sous ce gouvernement, ont rappelé récemment le PS et Ecolo. La FEB, à tout le moins, « attend des actions préventives urgentes dès maintenant pour éviter que la compétitivité des entreprises ne soit encore plus ébranlée. Agissons ensemble – gouvernement et partenaires sociaux – avant qu’il ne soit trop tard », réagit Pieter Timmermans, CEO de la FEB.
  • La perspective de croissance est retombée à 2,1% du PIB contre une estimation antérieure de 3,1%. Un chiffre qu’atteindraient toujours la France et les Pays-Bas. En 2023, la croissance belge ne devrait pas dépasser les 1,4%. La BNB n’est guère beaucoup plus optimiste avec 2,4% en 2022 et 1,5% en 2023.
  • Cette baisse de croissance affecte les finances publiques. Le FMI prévoit qu’en 2027, la Belgique aura le plus gros déficit de l’Union européenne. Seule la Roumanie serait plus dans le rouge. À savoir 5,4% contre 0,8 pour les Pays-Bas par exemple ou même 3,3% pour la France.

Avenir: l’allocation universelle fait son chemin.

  • Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, donnait une conférence-débat hier à Charleroi dans le cadre du processus Belgium 2030. Ce processus doit déboucher d’ici l’automne sur de nouvelles mesures qui doivent elles-mêmes structurer le nouveau programme du MR.
  • Parmi ces nouvelles mesures, il y a le revenu universel ou revenu de base, une idée qui trotte dans la tête du président libéral depuis plusieurs années. Le revenu universel a cette particularité qu’il s’agit d’une idée transpartisane.
  • Mais son application n’est certainement pas la même partout. En résumé, les libéraux et particulièrement le MR y voient une solution pour maintenir la sécurité sociale dans un système viable qui verrait un revenu garanti pour tous (plus de 18 ans) contre la suppression des traditionnelles allocations: chômage, allocations familiales ou aides à l’emploi.
  • Ce n’est bien sûr pas la vision défendue par la gauche qui y voit davantage un complément plus qu’un revenu de substitution. Une aide pour faire face aux besoins, quels que soient les coups durs.
  • Dans le premier cas, le MR voit donc un revenu de base plus élevé « de 1000 euros » pour remplacer toutes les autres aides sociales (mis à part le handicap ou soins de santé). Ce revenu constituerait aussi la base d’une nouvelle pension, qui pourrait être complétée par du privé ou du public.
  • Rien n’est encore fixé bien sûr au sein même du MR, mais on peut imaginer un revenu de base qui serait additionné aux salaires, ce qui récompenserait le travail et responsabiliserait l’individu, tout en diminuant une partie de la bureaucratie. Plusieurs idées qui peuvent plaire aux libéraux.
  • Par le passé, Ecolo avait déjà proposé une allocation universelle, mais plus humble, pour les 18-26 ans. Elle était comprise entre 460 et 600 euros, uniquement contre la suppression des allocations familiales.
  • Difficile de mettre tout le monde d’accord d’autant que du côté du PS, dont le président s’est déjà positionné auparavant en faveur du revenu de base, on revoit quelque peu ses positions. Le revenu universel pourrait être un cheval de Troie qui remettrait en cause la sécurité sociale. On s’en méfie.
  • Mais avant de mettre tous les partis d’accord, les libéraux devront se mettre d’accord entre eux. Le président du MR a prévu d’autres conférences-débats autour de différentes thématiques qui sortent un peu des poncifs habituels: les crypto-monnaies, le métavers, une micro-taxe sur les transactions financières, le marché des quotas CO2, le rapport au travail ou plus traditionnellement le rôle de l’État.
  • C’est que le président du MR a des idées beaucoup moins arrêtées que ce qu’il peut laisser apparaitre dans ses nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Cette stratégie-là vise à appuyer les marqueurs du parti libéral, en se différenciant des autres, toujours dans une logique et une perspective électorale à court terme. GLB est dans la logique de l’affrontement.
  • À plus long terme, le jeune président veut refonder le programme de son parti et l’inscrire dans une nouvelle réalité. Sa volonté est de voir aboutir ce programme à l’horizon 2030, pour les 200 ans de la Belgique.
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