La masse mobile: les avantages et les inconvénients de l’immigration de masse

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La migration doit être bénéfique pour les émigrés, parce que si ce n’était pas le cas, ils retourneraient dans leur pays d’origine, affirme l’économiste Paul Collier dans son ouvrage : « Exodus: How Migration is Changing Our World ». Mais le vrai problème n’est pas de savoir si la migration est bonne ou mauvaise, mais plutôt : jusqu’à quand la migration continuerait d’être bénéfique, et pour qui ?

✔ Du point de vue des migrants :

Ceux qui quittent leur pays pauvre pour aller vivre dans un pays riche se mettent à gagner des salaires de pays riches, parfois 10 fois supérieurs à ceux qu’ils auraient pu gagner chez eux. Leur productivité augmente parce qu’il « se sont échappés de pays avec des modèles sociaux dysfonctionnels ». Car, à l’exception de quelques émirats pétroliers, les pays riches sont riches parce qu’ils sont bien organisés, et les pays pauvres sont pauvres parce qu’ils ne le sont pas. Un ouvrier d’usine du Nigeria produit moins dans son pays qu’il ne produirait en Nouvelle-Zélande, parce que la société qui l’entoure est dysfonctionnelle : il y a souvent des coupures d’électricité, des retards dans les livraisons et les responsables passent beaucoup de temps à négocier avec des bureaucrates corrompus. Au contraire, quand un pays riche accueille des immigrés, il leur fait bénéficier de sa bonne gouvernance et de la primauté du droit.

✔ Du point de vue des sociétés qui ont accueilli les migrants :

Collier affirme que les vagues d’immigration passées ont été bénéfiques pour eux, mais que cela pourrait changer s’ils ne prennent pas des mesures pour mieux contrôler l’immigration.

Les émigrés ont jusqu’ici souvent occupé des emplois qui apportent un complément au marché du travail du pays d’accueil, plutôt que remplacé des indigènes dans leurs postes. L’immigration a souvent conduit à une légère hausse des salaires, parce que les nouvelles idées apportées par les migrants aident les entreprises à devenir plus productives. Cependant, ils ont également eu pour effet de baisser les salaires pour les emplois les moins qualifiés, quoique que de façon très marginale.

Mais d’après Collier, l’immigration de masse menace désormais la cohésion culturelle des pays riches. La diversité apporte de la variété: les restaurants thaïlandais ou la musique congolaise en sont des exemples. Mais des groupes importants de migrants non intégrés risquent de s’accrocher aux normes culturelles qui rendaient leur pays d’origine dysfonctionnel, et de les répandre dans leur pays d’accueil. En outre, dans une société trop hétérogène, les indigènes deviennent réticents à financer un Etat-providence généreux, parce que les contribuables pensent que les bénéficiaires seront des gens différents d’eux.

✔ Du point de vue du pays d’origine des émigrés :

Ils bénéficient de la migration, dans la mesure où les émigrants envoient des idées judicieuses et des devises chez eux. La perspective de l’émigration stimule les gens à étudier et à acquérir des compétences utiles ; beaucoup d’entre eux resteront finalement au pays, où ils enrichiront le bassin de main d’œuvre. Mais les bénéfices cessent lorsque trop de gens instruits quittent leur patrie. Ainsi, la Chine, le Brésil et l’Inde ont bénéficié de l’émigration, mais pour des pays plus petits et plus pauvres, comme Haïti, qui a perdu 85% de ses citoyens éduqués, elle pose un grave problème.

Collier affirme également que les vagues migratoires passées favorisent l’accélération de l’émigration future. La migration est moins inquiétante pour les aspirants migrants s’ils savent qu’ils pourront compter sur un voisinage dans lequel ils retrouveront des compatriotes, qui leur permettront de parler leur langue, de manger la nourriture à laquelle ils sont accoutumés, et même de bénéficier d’un réseau sur lequel ils pourront s’appuyer pour trouver un emploi.

Collier s’inquiète cependant des effets des politiques de regroupement familial mises en place par de nombreux gouvernements occidentaux, dont il craint qu’elles ne favorisent une émigration inassimilable toujours plus massive.

Quelle est la justesse de son argument ? Londres, la ville la plus cosmopolite du Royaume-Uni, où la population blanche représente moins de la moitié, est de loin la ville la plus riche du pays. La population américaine est quasiment exclusivement le produit de l’immigration, et chaque nouvelle vague d’arrivants s’intègre sans problème. L’émigration a également été harmonieuse dans d’autres pays : le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ce qui suggère que les grandes vagues d’immigration sont parfaitement compatibles avec la prospérité et la cohésion sociale.

Cependant, Collier a raison lorsqu’il prétend que l’émigration massive est source de tensions dans les pays dotés d’un Etat-providence généreux. Les émigrés s’assimilent mieux aux États-Unis que dans la plupart des pays européens parce que son Etat-Providence est bien moins généreux que le leur. Dans certains pays européens, les nouveaux arrivants peuvent ne vivre que des aides sociales, ce qui suscite la colère des nationaux. Au Etats-Unis, en revanche, les immigrants doivent travailler, s’ils veulent vivre, et c’est par le travail qu’ils s’intègrent à la société américaine.

Enfin, Collier, qui se dit favorable à des Etats-Providence généreux, propose un certain nombre de règles visant à empêcher l’immigration d’en miner les avantages :

✔ Il faudrait instituer des quotas par pays de provenance en fonction de la qualité de l’intégration des migrants de même origine arrivés par le passé ;

✔ Il faudrait augmenter le nombre d’étudiants et d’immigrants qualifiés ;

✔ Il faudrait limiter le regroupement familial ;

✔ Les demandeurs d’asile en provenance de pays en guerre devraient être invités à retourner dans leur pays d’origine dès la fin des hostilités, pour aider à le reconstruire ;

✔ Les immigrés clandestins devraient avoir la possibilité d’être enregistrés comme des travailleurs « invités » et payer des impôts à ce titre, mais sans pouvoir prétendre à des prestations sociales.

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