La fin de la main d’oeuvre chinoise pas chère

En 2010, en fournissant un cinquième de la production mondiale, la Chine a dépassé les Etats Unis et elle est devenue la première puissance manufacturière au monde. Mais du fait de l’augmentation du prix des terrains, des coûts liés aux règlementations environnementales ou de sécurité, des augmentations d’impôts, et surtout, de l’augmentation des charges salariales, les coûts de production flambent. La banque d’investissement Standard Chartered a récemment publié les données d’une enquête sur 200 entreprises manufacturières de Hong Kong établies dans le Delta de la rivière de la Perle, qui indique que les salaires ont déjà augmenté de 10% cette année. Chez Foxconn, le sous-traitant d’Apple, les salaires ont augmenté entre 16% et 25% le mois dernier. Lorsque la Chambre de commerce américaine de Shanghai a demandé à ses membres quelles étaient leurs préoccupations les plus importantes, 91% ont cité l’augmentation des coûts ; la corruption et la contrefaçon arrivaient loin derrière. L’époque de la main d’œuvre chinoise pas chère parvient à sa fin.

Comment les donneurs d’ordre pourront y faire face ? Certains envisagent de se déplacer dans  les autres pays d’Asie, comme le Vietnam. Mais la côte chinoise conserve ses indéniables atouts :

1/ la proximité avec le marché domestique, qui est énorme. Aucun autre pays au monde n’offre un marché plus vaste, composé de consommateurs avides d’acheter et dont le pouvoir d’achat est en constante progression ;

2/ La productivité des ouvriers chinois progresse aussi vite que les salaires. En fait, l’augmentation de la productivité est ce qui justifie ces augmentations de salaires.

3/ La Chine est énorme, et elle offre un bassin d’emploi conséquent et flexible qui permet de s’adapter aisément à des demandes saisonnières (les décorations du sapin et les cadeaux de Noël, par exemple)

4/ La chaîne d’approvisionnement chinoise est élaborée et très souple, bien plus efficace que dans les pays environnants. Selon Dwight Nordstrom de Pacific Resources International, une société de consultance en manufacture, la chaîne d’approvisionnement chinoise est tellement performante pour les industries électroniques que la Chine devrait encore se maintenir comme le poids-lourd du marché sur les 10 à 20 prochaines années.

Cependant, certains industriels  qui étaient basés sur les régions côtières partent s’installer en Chine intérieure, où les salaires sont censés être inférieurs. Mais ils ne le sont pas tant que cela : le différentiel ne serait même pas de 10%, comme Huawei, une société chinoise de télécoms, en a fait l’expérience. Et ce transfert n’est pas gratuit : les nouvelles lois du travail prévoient des indemnisations en cas de fermeture de site. Les coûts de transport des produits fabriqués peuvent être plus élevés que sur la côte. En outre, les cadres réclament des compensations pour aller s’installer en Chine intérieure. Le plus souvent, les industriels qui décident d’y ouvrir une unité le font pour se rapprocher de leurs consommateurs.

Mais ce dont les entreprises chinoises ont le plus besoin pour conserver leur leadership, c’est d’adopter une stratégie à l’allemande et d’innover. Certaines, comme Huawei, qui a déposé plus de demandes de brevets que n’importe quelle autre société en 2008, l’ont déjà compris. Bien que ce type d’entreprise soit encore trop rare, il attire les jeunes talents. Chaque année, des vagues de  « tortues de mer », c’est-à-dire des Chinois qui sont partis étudier ailleurs, et ont parfois collaboré dans des entreprises étrangères, rentrent au pays, avec, dans leurs bagages, les savoir-faire et les idées qu’ils ont appris à la Silicon Valley, à Stanford ou au MIT.

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