Internet fait-il de nous des abrutis?

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Aucune étude à l’heure actuelle n’explique le récent phénomène du Harlem Shake, écrit le quotidien espagnol ABC.es. Chaque jour, des milliers d’utilisateurs réalisent cette danse dans des lieux communs, à demi-nu ou affublés des costumes les plus loufoques, et publient ensuite sur Youtube leurs prestations. Ces dernières récoltent en quelques jours des milliers de visites d’autres utilisateurs et deviennent ainsi virales.

Les chiffres témoignent de l’ampleur de cette mode encore : sur YouTube, vous trouverez plus de 40.000 versions du Harlem Shake pour un total de plus de 27 millions de visites. Ce même internet est apparu en février 2013 sur YouTube. Le néologisme de mème a été inventé par le biologiste et éthologiste britannique Richard Dawkins. Selon sa définition, il s’agit de toute entité culturelle qu’un observateur pourrait considérer comme un réplicateur. Le même est une unité de transmission culturelle ou unité d’imitation, un concept qui sert à dénommer un phénomène sans sens précis qui se multiplie sur Internet, explique ABC. Il peut s’agir d’un dessin, d’une phrase ou d’une vidéo comme dans le cas du Harlem Shake.

« L’humain a toujours ressenti le besoin d’imiter », explique le psychologue Javier Urralo qui précise qu’avec Internet, ce mimétisme menace de se répliquer à l’infini. Selon le chercheur de l’Université Polytechnique de Madrid, Antonio Ferrero, l’apparition de ce type de phénomène sur Internet n’est pas neuve. Par contre, ce qui l’est, c’est sa répercussion à chaque fois plus importante. « Pourquoi est-ce que les choses plus absurdes récoltent-elles tant de succès sur le réseau ? » « Internet nous rend-il chaque jour un peu plus stupide », s’interroge Ferrero.

Le neuroscientifique allemand Manfred Spitzer étudie les effets d’Internet sur l’esprit humain depuis des années. Dans son livre « Digitale Demenz », il explique que le développement cérébral des enfants qui passent trop de temps sur Internet, s’altère et pâtît de carences qu’il ne pourra jamais surmonter.

Pour Nicholas G. Carr, écrivain américain spécialisé en technologie, Internet et plus précisément Google constitue une entrave à la concentration. Carr étudie dans son livre « The Shallows: What the Internet Is Doing to Our Brains » les effets d’Internet sur la connaissance. Pour Carr, Internet nous a privés de la capacité intellectuelle d’approfondissement des choses et de maintien de l’attention. Nous sommes des êtres de plus en plus disparates, explique-t-il.

Le monde scientifique a également pointé ces dernières années les modifications morphologiques du cerveau et plus particulièrement de notre système nerveux lorsque nous sommes en contact avec Internet. Le chercheur espagnol de l’Université Complutense de Madrid, Fernando Sáez Vacas, a développé le concept de « noormorfosis digital » selon lequel nos structures mentales changent et s’adaptent à un « nouvel entourage social ».

Enfin, pour d’autres experts comme le professeur de journalisme électronique de l’Université Miguel Hernández, Internet nous rend au contraire plus intelligents : « Il est certain que notre façon de traiter l’information a évolué, nous passons d’un site à l’autre rapidement. Mais Internet nous offre également une possibilité de lecture deux fois plus rapide. Nous pouvons soit lire juste un résumé d’article, soit aller en profondeur », conclut le chercheur.

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