FedEx n’existe que parce qu’en 1973, son CEO a misé ses derniers $ 5000 à Las Vegas …

Fred Smith, le CEO du groupe de logistique américain Federal Express (Fedex), a autrefois misé ce qui restait de la trésorerie de l’entreprise sur… les tables de poker de Las Vegas, lorsque la société était au bord de la faillite, pour la sauver, rapporte le site Priceonomics.

A l’origine, Fred Smith était pilote à l’aéroport de New Haven, et il avait appris de ses collègues qui volaient pour des sociétés comme IBM et Xerox que ces entreprises étaient confrontées à des défis majeurs pour le transport de leurs pièces détachées. A cette époque, les compagnies aériennes, qui étaient très réglementées, s’intéressaient surtout au transport de passagers.

Smith a réalisé ainsi qu’il y avait une opportunité à développer une activité de fret aérien indépendante du transport de passagers, et que cette indépendance était même la condition de la rentabilité de cette activité. Après avoir obtenu son diplôme à l’Université de Yale, Smith avait été pilote au Vietnam, et il avait vu comment l’armée américaine gérait ses opérations de logistique. Au début des années septante, il a levé un modeste capital pour la fondation de Fedex.

L’objectif de l’entreprise, créer une plateforme internationale de transit pour les marchandises, était très ambitieux, et très gourmand en capitaux. A un certain point de la vie de l’entreprise, après plusieurs années d’opérations, il ne restait plus que 5.000 dollars dans la trésorerie. Or, chaque lundi, les sociétés d’approvisionnement en carburant exigeaient d’être payées d’avance pour la semaine, et à ce moment-là, le montant avait atteint 24.000 dollars. Les recettes de la semaine ne parvenaient plus à couvrir les coûts et les avions risquaient d’être cloués au sol.

Roger Frock, le responsable de l’exploitation chez FedEx, raconte qu’il était rentré chez lui à la fin de cette semaine en se demandant si la société existerait encore le lundi suivant. Mais à son retour au bureau ce lundi-là, il avait eu la surprise de découvrir un montant de 32.000 dollars sur le compte de la société. En discutant avec Smith, il avait appris que celui-ci avait pris un avion pour Las Vegas au cours du weekend, et qu’il avait gagné la somme de 27.000 dollars au casino.

Smith avait espéré pouvoir lever des fonds pour renflouer la trésorerie de Fedex, et il avait rencontré le conseil d’administration de General Dynamics dans ce but. Mais celui-ci avait refusé de lui consentir un prêt. Suite à cet échec, et plutôt que de rentrer chez lui, il avait décidé de jouer le tout pour le tout, si l’on peut dire, et d’emporter les 5.000 dollars qui restaient sur la trésorerie de l’entreprise pour les jouer sur les tables de poker de Las Vegas. « Quelle différence cela pouvait-il bien faire ? Sans les fonds pour les compagnies d’approvisionnement en carburant, nous n’aurions pas pu faire voler nos avions, de toute façon », avait-il dit à Frock lorsque celui-ci lui, outré, avait témoigné sa stupéfaction.

Malgré son apparente désinvolture, Smith n’avait pas fait ce choix à la légère, et il savait qu’en engageant l’avenir de son entreprise, dans laquelle il avait investi une grande part de sa fortune personnelle, c’était aussi sur sa carrière qu’il misait.

Mais sa témérité lui avait porté chance, et elle a permis à la société de tenir une semaine de plus. La patience des employés, qui avaient accepté de ne pas encaisser leurs chèques de salaire immédiatement, et la bonne réputation que Fedex a acquise auprès de ses investisseurs a fait le reste : elle a pu poursuivre ses activités quelques mois de plus, avant de pouvoir lever 24,5 millions de dollars de capitaux, et d’obtenir un crédit supplémentaire de 27,5 millions de dollars. Aujourd’hui, Fedex vaut 45 milliards de dollars.

Le pari de Fred Smith est devenu une légende pour la « Corporate America », même si l’on ne connait pas tous les détails de cette histoire. Smith et son aventure à Las Vegas sont devenus l’exemple même du chef d’entreprise américain qui emploie tous les moyens pour réaliser son rêve.

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François Normand
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