En Belgique, en fin d’entraînement, l’armée ne tire plus mais… crie

Lors de leurs entraînements sur le terrain, dans des villages des environs d’Arlon, les militaires belges réalisent leurs exercices de simulation de combat urbain avec des balles à blanc. Quand il faut partir en mission dans un pays étranger, les munitions ne manquent pas. Mais, lorsqu’il s’agit d’entraînement, la situation est autre, écrit Thomas Casavecchia dans Le Soir.

Durant ces manœuvres, les militaires plus expérimentés jouent le rôle des djihadistes tandis que les autres, plus jeunes, sont censés sécuriser, par exemple, un village. Mais, dans les méandres des bourgs arlonais dont la configuration est semblable aux villages d’Irak ou d’Afrique, au lieu des coups de fusil, il n’est pas rare d’entendre les cris des soldats belges imitant les détonations. La raison ? La pénurie de balles. Lors d’un exercice militaire durant lequel deux camps s’affrontent, les soldats sont souvent obligés de crier à cause du manque de munition malgré le fait que leurs armes sont de très bonne facture, explique le lieutenant-colonel Manuel Monin dans Le Soir. Si les soldats sont obligés d’hurler pour signifier qu’ils sont en train de tirer, c’est parce qu’en fin d’exercice, ils disposent de moins de balles et font donc preuve d’économie.

En ce qui concerne les armes, c’est la même chose. Les troupes belges, lorsqu’elles s’entraînent, ne dispose pas de suffisamment de matériel pour les équiper adéquatement. Dès lors, certains soldats bénéficieront d’un fusil pourvu d’une lunette de visée, les autres, non. Par contre, lors des missions réelles, les armes équipées de ces dispositifs ne manquent pas.

Manuel Monin, lieutenant-colonel du bataillon léger 12/13ème de ligne a Langland, dans le sud du Luxembourg, pointe également le fait que l’on réclame souvent aux forces belges de se spécialiser et de trouve leur niche. Mais selon lui, il est impossible de se spécialiser davantage. « Nous sommes excellents dans nos missions, mais nous n’avons plus beaucoup de polyvalence (possible) », précise le militaire qui ajoute qu’il est nécessaire de se demander ce que doit être l’armée belge du futur.

Manuel Monin estime que bien que l’armée de terre belge soit l’assurance tous risques du pays, « les trois prochaines années s’annoncent mal ». Actuellement, les troupes sont encore en mesure d’assurer leurs entraînements et leurs missions mais en 2019, la situation pourrait être différente à cause des problèmes de budget et restructurations fréquents depuis la chute du mur de Berlin, explique le journaliste du Soir. Sur 547 employés de la Défense à ses ordres, le lieutenant-colonel ne serait capable d’en mobiliser que 327 au lieu de 502 car certains sont trop âgés ou manquent de condition physique. Les contingents sont réduits mais suffisants, explique-t-il.

Un des problèmes se situe au niveau du renouvellement annuel des effectifs. Les jeunes candidats qui souhaitent intégrer les rangs de l’armée de terre ne manquent pas mais les deux derniers gouvernements ont limité les recrutements.«  Comme dans d’autres secteurs, la pyramide des âges évolue, et rien n’est fait pour contrer ces changements », explique Manuel Monin.

En outre, au début du mois, Steven Vandeput, ministre de la Défense nationale avait indiqué que plus de 50% des effectifs civils et militaires actuellement employés par le ministère de la Défense partiront à la retraite dans les dix prochaines années.

L’armée belge se heurte ainsi à des problèmes de renouvellement de ses effectifs alors que pour beaucoup de jeunes, « perdus avec la conjoncture économique et sociale actuelle », l’armée peut être une porte d’entrée vers la société d’aujourd’hui, conclut le lieutenant-colonel.  

 

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