Dans un de nos pays voisins, l’argent liquide est toujours le roi

Alors que les banques, les grandes entreprises technologiques et les projets innovants recherchent intensivement de nouveaux systèmes de paiement pour l’avenir, le consommateur allemand continue à montrer une préférence étonnante pour le mode de paiement traditionnel. Cela ressort entre autres d’un rapport de la Réserve fédérale des Etats-Unis sur le mode de paiement dans 7 grandes économies qui précise que l’Allemagne reste l’un des marchés où l’argent liquide a encore une place très importante.

Différentes raisons peuvent expliquer cette préférence pour un système de paiement du passé, mais selon Matt Philips, spécialiste de l’économie auprès du magazine Quartz, on doit surtout regarder du côté du passé monétaire mouvementé du pays.

Dans ce rapport, on apprend que le porte-monnaie moyen du consommateur allemand contient 123 dollars en monnaie et billets. Ce montant est presque deux fois plus élevé qu’en Australie, qu’en France, qu’aux Etats-Unis et qu’aux Pays-Bas. En Allemagne, presque 80% de toutes les transactions se règlent encore en liquide, contre moins de 50% aux Etats-Unis.

En outre, l’argent liquide reste encore en Allemagne le mode de paiement le plus fréquent pour les transactions importantes. Le rapport ne fournit pas d’explication concrète à ce comportement divergent , mais par contre, un certain nombre de suppositions sont évoquées.

« Du rapport, on peut déduire que les consommateurs allemands pensent avoir un meilleur contrôle sur leur budget et leurs dépenses en utilisant l’argent liquide » explique Matt Philips. « Un coup d’œil au porte-monnaie donnerait une indication directe sur le volume des dépenses et sur le budget restant ».

Selon certains observateurs, les consommateurs allemands accorderaient beaucoup d’importance à cette indication et préféreraient donc l’usage de l’argent liquide. D’autres suggèrent par contre que les Allemands préfèrent le caractère anonyme de l’argent liquide conformément à leur volonté d’une protection stricte de la vie privée.

D’après Matt Philips, on ne peut cependant pas passer à côté de l’histoire monétaire tumultueuse de l’Allemagne pour expliquer ce phénomène. « Pendant la République de Weimar, en 1923, l’Allemagne a été confrontée à une hyperinflation alimentée par les paiements de montants de réparations de guerre imposés au pays », ajoute-t-il.

« Mais après la deuxième guerre mondiale, le reichsmark a connu une crise profonde et lors du passage au nouveau mark, les Allemands ont vu plus de 90% de leurs économies partir en fumée, même si après coup on a considéré cette mesure comme l’amorce de la relance économique de l’Allemagne ».

« Une étude a montré qu’une hyperinflation fait une impression durable sur la population concernée », explique Philips. « Les personnes dans le pays qui ont connu une crise bancaire préfèrent sensiblement garder leurs réserves financières en liquide plutôt qu’ouvrir un compte d’épargne ».

« En réalité, le vrai problème, ce n’est pas que les Allemands aiment l’argent liquide. Ils ont en fait une aversion pour les dettes. Les niveaux d’endettement des consommateurs allemands sont remarquablement bas. La méfiance profonde pour les prêts hypothécaires est une des raisons pour laquelle l’Allemagne affiche sur le plan de l’accès à la propriété un des chiffres les plus bas parmi les pays développés ».

Les chiffres montrent en outre qu’il y a 3 ans, seulement 33% des Allemands disposaient d’une carte de crédit qui de plus est à peine utilisée. L’an passé, en Allemagne, il y a eu à peine 18% de transactions par carte de crédit, contre 50% en France et 59% en Grande-Bretagne.

« La préférence nationale pour le liquide semble le pendant de la crainte des dettes, ce qui peut être interprété comme un doute profondément enraciné quant à l’avenir. Cela a peut-être à voir avec le fait que durant le siècle passé, l’Allemagne a presque sans arrêt dû compter avec des scénarios catastrophes ».

 

 

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